{"id":1232,"date":"2023-06-22T20:45:55","date_gmt":"2023-06-22T20:45:55","guid":{"rendered":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/?p=1232"},"modified":"2025-07-21T22:29:20","modified_gmt":"2025-07-21T22:29:20","slug":"subordination-des-corses-par-linstruction-publique-et-limposition-du-francais-comme-langue-nationale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/subordination-des-corses-par-linstruction-publique-et-limposition-du-francais-comme-langue-nationale\/","title":{"rendered":"Subordination des Corses par l\u2019Instruction publique et l\u2019imposition du fran\u00e7ais comme langue nationale"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"1232\" class=\"elementor elementor-1232\" data-elementor-post-type=\"post\">\n\t\t\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-fb8c330 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"fb8c330\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-bb88e2b e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"bb88e2b\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-ac4e79d elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"ac4e79d\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<h3 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\"><strong>Un plan d\u2019instruction publique sous la Restauration<\/strong><\/h3>\n<p>\u00a0 \u00a0La\u00a0<strong><em>Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Instruction publique<\/em><\/strong>\u00a0fond\u00e9e en 1803 par le pr\u00e9fet du Golo avait cess\u00e9 toute activit\u00e9 en 1810. Cette institution restaur\u00e9e en 1818 par le pr\u00e9fet De Vignolle eut comme secr\u00e9taire\u00a0<strong>Francesco Ottaviano Renucci.\u00a0<\/strong>Quant \u00e0<strong>\u00a0Salvatore Viale<\/strong>, il fut parmi ses animateurs principaux. Ces deux personnalit\u00e9s auraient pu se rencontrer et sceller l\u2019union de deux courants \u00e9galement porteurs des id\u00e9es nouvelles: le dynamisme des \u00e9lites insulaires et la mission des fonctionnaires gouvernementaux en charge de l\u2019instruction en Corse.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9loignement culturel, la disparit\u00e9 des enjeux intellectuels et politiques, sans doute aussi la m\u00e9fiance r\u00e9ciproque des individus provoqu\u00e8rent au contraire l\u2019espacement des r\u00e9unions, puis d\u00e8s 1821 l\u2019effacement d\u00e9finitif des travaux de cette soci\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Cette disparition a pu \u00e9tonner certains analystes de l\u2019histoire corse. La lecture de la correspondance du premier recteur de la Corse,\u00a0<strong>Antoine-F\u00e9lix Mourre,<\/strong>\u00a0nous informe sur les causes r\u00e9elles de l\u2019extinction d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 dont les autorit\u00e9s officielles ne pouvaient tol\u00e9rer la concurrence fond\u00e9e sur l\u2019ind\u00e9pendance culturelle et id\u00e9ologique d\u2019\u00e9lites locales.<\/p>\n<p>Ce constat s\u2019appuie sur le choix de documents d\u2019archives tir\u00e9s de l\u2019abondante correspondance \u00e9chang\u00e9e entre Mourre et les autorit\u00e9s de l\u2019\u00eele ou de Paris.<\/p>\n<p>Antoine-F\u00e9lix Mourre, le premier inspecteur d\u2019acad\u00e9mie \u00ab\u00a0charg\u00e9 des fonctions rectorales en Corse\u00a0\u00bb \u00e9tait n\u00e9 le 19 mai 1768 \u00e0 Lorgues. Il mourut le 10 septembre 1837 \u00e0 Draguignan. Son p\u00e8re \u00e9tait notaire royal et procureur. Il \u00e9tait entr\u00e9 de bonne heure dans la congr\u00e9gation des doctrinaires o\u00f9 il demeura de 1782 \u00e0 1793. Il enseigna dans divers coll\u00e8ges de province de 1783 \u00e0 1795. Nomm\u00e9 inspecteur d\u2019acad\u00e9mie, il exer\u00e7a cette fonction \u00e0 Montpellier (1815-1817) puis \u00e0 Aix-en-Provence de 1817 \u00e0 1819. En 1818 il fut charg\u00e9 d\u2019une inspection en Corse pour r\u00e9diger un plan destin\u00e9 \u00e0 r\u00e9nover l\u2019instruction dans l\u2019\u00eele. Par la suite charg\u00e9 des fonctions rectorales en Corse en 1820 et 1821. Il quittera l\u2019\u00eele en f\u00e9vrier 1822 apr\u00e8s avoir transmis ses fonctions \u00e0 Louis-Magloire Cottard, qui \u00e9tait depuis trois mois son adjoint. Recteur de l\u2019acad\u00e9mie de Grenoble jusqu\u2019au 1er octobre 1825, il assura les m\u00eames fonctions \u00e0 Aix-en-Provence jusqu\u2019au 30 septembre 1828. Il re\u00e7ut en 1829 le titre d\u2019Inspecteur g\u00e9n\u00e9ral honoraire de l\u2019Universit\u00e9 et fut fait chevalier de la L\u00e9gion d\u2019honneur. Devenu recteur d\u2019Aix, Mourre retourna en Corse en 1827, charg\u00e9 d\u2019inspection g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>\u00a0 Depuis les ann\u00e9es 1816-1817 qui marquent le renouveau de la politique scolaire en France, la Corse semble \u00eatre rest\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019effort g\u00e9n\u00e9ral. Le 14 janvier 1818 le recteur de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Aix, D\u2019Eymar, assure que tous ses inspecteurs ont refus\u00e9 de visiter la Corse qui d\u00e9pend de son administration. Le pr\u00e9fet Martin de Vignolle stimule l\u2019instruction et la vie intellectuelle. Il r\u00e9tablit la\u00a0<strong><em>Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Instruction publique de la Corse<\/em>\u00a0<\/strong>\u00e0 Bastia, fonde la<strong>\u00a0<em>Soci\u00e9t\u00e9 Centrale d\u2019Agriculture<\/em>\u00a0\u00e0 Ajaccio<\/strong>\u00a0et donne l\u2019impulsion n\u00e9cessaire au\u00a0<strong><em>Journal de la Corse<\/em><\/strong>\u00a0qui vient d\u2019\u00eatre cr\u00e9\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9fecture d\u2019Ajaccio.<\/p>\n<p>\u00a0 Le\u00a0<strong>pr\u00e9fet de Vignolle<\/strong>\u00a0et plus encore son successeur,\u00a0<strong>Claude-Fran\u00e7ois Eymard<\/strong>\u00a0(30 janvier 1820-9 janvier 1822) apport\u00e8rent leur appui aux projets de Mourre dont les avis et les recommandations inspirent toute r\u00e9flexion sur l\u2019instruction dans l\u2019\u00eele depuis la fin de l\u2019ann\u00e9e 1818. Le 19 mars 1819, la\u00a0<em>Commission Sp\u00e9ciale des Affaires de Corse<\/em>\u00a0entend diff\u00e9rents rapports sur l\u2019\u00e9tat de l\u2019instruction dans l\u2019\u00eele. Quant \u00e0 la\u00a0<em>Commission d\u2019Instruction publique<\/em>,\u00a0elle adopte le 20 ao\u00fbt 1820 un plan g\u00e9n\u00e9ral qui suit de pr\u00e8s toutes les recommandations de Mourre. On en retrouvera les \u00e9chos loin dans la p\u00e9riode et m\u00eame apr\u00e8s 1830 \u00e0 travers les documents officiels qui reproduisent souvent trait pour trait et mot pour mot les paroles du premier recteur de l\u2019\u00eele.<\/p>\n<p>\u00a0 \u00a0Dans l\u2019ensemble des mesures susceptibles de d\u00e9velopper l\u2019instruction en Corse, Mourre a privil\u00e9gi\u00e9 et port\u00e9 l\u2019accent sur la n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse de r\u00e9parer l\u2019<strong>enseignement secondaire\u00a0<\/strong>qu\u2019ila jug\u00e9 en \u00e9tat pitoyable dans les deux coll\u00e8ges communaux de Bastia et d\u2019Ajaccio. Dans le premier \u00ab\u00a0les \u00e9tudes \u00e9taient devenues presque nulles\u00a0\u00bb: exercices religieux n\u00e9glig\u00e9s, indiscipline, manque de m\u00e9thode, vacances d\u00e9mesur\u00e9es, p\u00e9dagogie d\u00e9fectueuse. Les locaux du second \u00e9taient investis par l\u2019autorit\u00e9 militaire et les professeurs \u00e9taient contraints de donner leurs cours chez eux. Le premier soin de Mourre est de donner un bureau d\u2019administration \u00e0 chacun de ces \u00e9tablissements. Un r\u00e8glement identique \u00e0 celui des coll\u00e8ges de France viendra compl\u00e9ter le dispositif. La Commission suit dans le d\u00e9tail les recommandations de Mourre et entend conformer les \u00e9tudes de ces \u00e9tablissements \u00e0 ce qu\u2019elles sont en France. Elle se d\u00e9clare en particulier vigilante sur la question de l\u2019enseignement du latin. A travers la d\u00e9finition pr\u00e9cise des limites de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019enseignement secondaire se v\u00e9rifient les dispositions des \u00e9lites lib\u00e9rales vis-\u00e0-vis de la mobilit\u00e9 sociale des individus: l\u2019emp\u00eacher ou la contenir dans l\u2019exception.<\/p>\n<p>\u00a0 C\u2019est pourtant l<strong>\u2019enseignement primaire<\/strong>\u00a0qui s\u2019affiche comme priorit\u00e9 pour le recteur Mourre et la Commission. Aux mains de desservants que l\u2019on juge pour la plupart grossiers et ignorants, ce premier enseignement est \u00e0 l\u2019abandon et de tr\u00e8s fortes rivalit\u00e9s opposent les instituteurs la\u00efques et eccl\u00e9siastiques. Les comit\u00e9s cantonaux institu\u00e9s par l\u2019ordonnance de f\u00e9vrier 1816 permettront de g\u00e9rer cette situation d\u00e9licate en influant sur le choix et la surveillance des instituteurs. Ils devront \u00eatre associ\u00e9s \u00e9troitement \u00e0 la gestion des \u00ab\u00a0localit\u00e9s\u00a0\u00bb. Impartiaux, ils \u00e9mettront \u00e0 l\u2019intention de l\u2019inspecteur un avis motiv\u00e9 sur toute demande de brevet de capacit\u00e9 \u00e0 l\u2019enseignement et d\u2019autorisation pour l\u2019ouverture d\u2019une \u00e9cole. Ils auront en outre \u00e0 exercer leur contr\u00f4le sur toutes les \u00e9coles o\u00f9 le latin est enseign\u00e9 et qui, de ce fait, ne se distinguent pas des \u00e9coles \u00e9l\u00e9mentaires (\u00e9tablissements qui hors des villes sont d\u2019un degr\u00e9 inf\u00e9rieur aux coll\u00e8ges communaux). Les mesures que propose Mourre sont adopt\u00e9es. Ce sont donc\u00a0:<\/p>\n<p><strong>1\u00b0) l\u2019organisation et la composition des\u00a0<em>comit\u00e9s cantonaux<\/em>;<\/strong><\/p>\n<p><strong>2\u00b0) l\u2019extension des \u00e9coles des\u00a0<em>fr\u00e8res de la doctrine chr\u00e9tienne<\/em>.\u00a0<\/strong>En 1806 le cardinal Fesch en a institu\u00e9 une \u00e0 Ajaccio qui compte 250 \u00e9l\u00e8ves en 1820. Une autre va s\u2019ouvrir \u00e0 Corte. Mais ces \u00e9coles co\u00fbtent 2000 francs par an et seules 5 \u00e0 6 communes peuvent soutenir une telle d\u00e9pense;<\/p>\n<p><strong>3\u00b0) l\u2019ouverture\u00a0d\u2019<em>\u00e9coles d\u2019enseignement mutuel<\/em>.<\/strong>\u00a0Avec 100 francs par an et une petite r\u00e9tribution des \u00e9l\u00e8ves on peut en cr\u00e9er une dans chaque commune un peu peupl\u00e9e. Celle qui a \u00e9t\u00e9 ouverte \u00e0 Bastia en 1818 donne de bons r\u00e9sultats. Transform\u00e9e en \u00e9cole mod\u00e8le, elle doit attirer tous les jeunes instituteurs qui viendront y apprendre la m\u00e9thode.<\/p>\n<p><strong>4\u00b0) La surveillance du dispositif sera confi\u00e9e \u00e0 un\u00a0<em>inspecteur<\/em>\u00a0qui s\u00e9journera dans l\u2019\u00eele pendant de longs mois.<\/strong><\/p>\n<p>Nomm\u00e9<strong>\u00a0inspecteur charg\u00e9 des fonctions rectorales en 1820,<\/strong>\u00a0Mourre va s\u2019attacher \u00e0 mettre en \u0153uvre la politique ainsi d\u00e9finie. Il d\u00e9veloppera les \u00e9coles des fr\u00e8res qui enseignent en fran\u00e7ais, dispensent un enseignement tr\u00e8s limit\u00e9 et une morale chr\u00e9tienne bien propre \u00e0 rendre les Corses respectueux des lois. Il entend faire passer \u00e0 8 les 4 \u00e9coles en activit\u00e9 en 1820 (Ajaccio, Bastia, Calvi, Sartene). L\u2019enseignement mutuel est moins cher et peut, par son syst\u00e8me p\u00e9dagogique, g\u00e9n\u00e9raliser la discipline en m\u00eame temps que la langue fran\u00e7aise. Mourre \u00e9labore un plan d\u2019ouverture de 30 \u00e9coles cantonales de ce type. Pour financer en partie la d\u00e9pense une souscription est lanc\u00e9e et cr\u00e9\u00e9e une\u00a0<em>Soci\u00e9t\u00e9 pour l\u2019encouragement de l\u2019instruction \u00e9l\u00e9mentaire<\/em>\u00a0\u00e0 l\u2019instar de celle de Paris: les ma\u00eetres de ces nouvelles \u00e9coles seront directement form\u00e9s par l\u2019inspecteur.\u00a0<strong>Comme l\u2019enseignement est aux mains du clerg\u00e9 corse, Mourre entend convertir les gens d\u2019\u00e9glise \u00e0 la pratique du fran\u00e7ais, en particulier par un examen auquel sera soumis tout candidat aux fonctions eccl\u00e9siastiques.<\/strong><\/p>\n<p>\u00a0 Ces dispositions repr\u00e9sentent un effort sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l\u2019histoire de l\u2019instruction publique en Corse. Trois sortes d\u2019obstacles devaient se dresser contre la volont\u00e9 de Mourre\u00a0: la hi\u00e9rarchie administrative qui entrave l\u2019action du pr\u00e9fet Eymard pourtant acquis aux intentions de Mourre; l\u2019attitude des \u00e9lites corses, pr\u00e9occup\u00e9es seulement de la r\u00e9ouverture de l\u2019Universit\u00e9 de Corte, attach\u00e9es \u00e0 leur syst\u00e8me traditionnel d\u2019enseignement\u00a0; les fins de non recevoir du minist\u00e8re hostile \u00e0 un effort financier pr\u00e9sent\u00e9 comme trop important. Voici quelques documents d\u2019archives qui \u00e9clairent non seulement cette \u00e9poque mais aussi un cheminement qui trouve bien des \u00e9chos dans la question de l\u2019identit\u00e9 culturelle de la Corse jusqu\u2019\u00e0 nos jours.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 **********************<\/p>\n<p>Ce premier document concerne la mise en place d\u2019une \u00e9preuve de langue fran\u00e7aise obligatoire pour tous les candidats aux fonctions eccl\u00e9siastiques. Le texte de la circulaire peut se lire textuellement reproduite dans un roman (<em>cf.<\/em>\u00a0J.Thiers\u00a0:\u00a0<em>Les Potirons, l\u2019inspecteur et le gecko<\/em>, Albiana, Levie, 1993, pages 115 \u00e0 118)\u00a0inspir\u00e9 par la lecture de ces documents d\u2019archives qui m\u2019avaient paru bien instructifs mais aussi\u2026 inimaginables\u00a0!<\/p>\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>INSTRUCTION PUBLIQUE<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-align-center\">NOUS Antoine-F\u00e9lix MOURRE, Inspecteur charg\u00e9 des fonctions rectorales en Corse,<\/p>\n<p class=\"has-text-align-center\">Vu la D\u00e9cision de S.Exc. le Ministre de l\u2019Int\u00e9rieur du 18 juillet 1821, portant que dans le d\u00e9partement de la Corse les \u00e9l\u00e8ves eccl\u00e9siastiques seront tenus de subir un examen sur la langue fran\u00e7aise devant une Commission qui sera \u00e9tablie par le Chef de l\u2019Instruction publique dans ce D\u00e9partement;<\/p>\n<p>Vu la Circulaire de Mgr. l\u2019Ev\u00eaque d\u2019Ajaccio du 22 ao\u00fbt 1821\u00a0;<\/p>\n<p>AVONS ARRETE ce qui suit:<\/p>\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>ARTICLE PREMIER<\/strong><\/p>\n<p>Il sera form\u00e9 \u00e0 Ajaccio une Commission charg\u00e9e de faire subir un examen sur la langue fran\u00e7aise \u00e0 tous les \u00e9l\u00e8ves eccl\u00e9siastiques, avant leur admission aux Ordres Sacr\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>ARTICLE II<\/strong><\/p>\n<p>Cet examen aura pour objet\u00a0: 1\u00b0 l\u2019exposition des principes de la Langue; 2\u00b0 l\u2019Analyse grammaticale de phrases dict\u00e9es; 3\u00b0 des Traductions de vive voix et par \u00e9crit de l\u2019Italien ou du Latin en Fran\u00e7ais, et du Fran\u00e7ais en Italien ou en Latin.<\/p>\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>ARTICLE III<\/strong><\/p>\n<p>Il sera d\u00e9livr\u00e9 gratis \u00e0 ceux qui auront fait preuve d\u2019une connaissance suffisante de la Langue nationale, un certificat sign\u00e9 des examinateurs. Mgr l\u2019Ev\u00eaque sera invit\u00e9 \u00e0 n\u2019admettre aux Ordres Sacr\u00e9s aucun \u00e9l\u00e8ve eccl\u00e9siastique qui ne soit muni d\u2019un pareil certificat.<\/p>\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>ARTICLE IV<\/strong><\/p>\n<p>Sont nomm\u00e9s Membres de la Commission d\u2019examen l\u2019Inspecteur d\u2019Acad\u00e9mie en mission en Corse et le Principal du Coll\u00e8ge d\u2019Ajaccio. M. le Pr\u00e9fet et Mgr. L\u2019Ev\u00eaque seront invit\u00e9s \u00e0 nommer chacun un Membre.<\/p>\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>ARTICLE V<\/strong><\/p>\n<p>La Commission d\u2019examen sera pr\u00e9sid\u00e9e par le Chef de l\u2019Instruction publique et, en son absence, par l\u2019Inspecteur d\u2019Acad\u00e9mie. Le Pr\u00e9sident aura voix pr\u00e9pond\u00e9rante.<\/p>\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>ARTICLE VI<\/strong><\/p>\n<p>Ladite Commission entrera en exercice au commencement de l\u2019ann\u00e9e 1822.<\/p>\n<p class=\"has-text-align-right\">Fait \u00e0 Ajaccio, le 16 d\u00e9cembre 1821<br \/>Sign\u00e9, MOURRE<\/p>\n<p><em>Invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9signer un membre en vertu de l\u2019article IV l\u2019\u00e9v\u00eaque r\u00e9pondit: \u00ab\u00a0Je n\u2019en vois pas d\u2019autre plus en \u00e9tat de remplir convenablement ces fonctions que M. Ciavatti. Je ferai,\u00a0 Monsieur tout ce qui pourra d\u00e9pendre de moi pour seconder les vues bienfaisantes du Gouvernement pour tirer le plus grand parti possible de cette mesure, car je sais bien qu\u2019elle pourra contribuer beaucoup au bien de ce pays\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-c29657a elementor-hidden-mobile e-con-full elementor-hidden-tablet e-flex e-con e-child\" data-id=\"c29657a\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-f14e573 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"f14e573\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-d623cbc elementor-widget-divider--view-line_text elementor-widget-divider--element-align-center elementor-widget elementor-widget-divider\" data-id=\"d623cbc\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"divider.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-divider\">\n\t\t\t<span class=\"elementor-divider-separator\">\n\t\t\t\t\t\t\t<p class=\"elementor-divider__text elementor-divider__element\">\n\t\t\t\tPage 1\t\t\t\t<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-0af2977 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"0af2977\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-a851c91 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"a851c91\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-4bef0dd elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"4bef0dd\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<h3 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">L\u2019ENSEIGNEMENT MUTUEL<\/h3>\n<p class=\"has-text-align-center\">Extrait du rapport fait par M. le Pr\u00e9fet de la Corse au Conseil G\u00e9n\u00e9ral du d\u00e9partement, dans sa session du mois de septembre 1821.<\/p>\n<p><em>Nous donnons entre crochets [\u2026] quelques \u00e9claircissements indispensables.<\/em><\/p>\n<p>N.B. M. le Pr\u00e9fet m\u2019ayant pri\u00e9 de lui donner des notes sur l\u2019instruction publique, je lui envoyai l\u2019article suivant qu\u2019il a ins\u00e9r\u00e9 dans son rapport au Conseil g\u00e9n\u00e9ral avec des changements que j\u2019aurai soin d\u2019indiquer. Ce rapport a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 au minist\u00e8re et doit \u00eatre livr\u00e9 \u00e0 l\u2019impression. Ce qui a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9 de mon article et ce qui en a \u00e9t\u00e9 retranch\u00e9 m\u2019a paru \u00e9galement propre \u00e0 devenir le sujet de plusieurs observations importantes, qui ne sont point \u00e9trang\u00e8res aux grandes questions qu\u2019on agite en ce moment et qui ont pour objet la civilisation de la Corse.<\/p>\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Instruction publique<\/h4>\n<p>Je vais parcourir les diff\u00e9rentes branches de l\u2019instruction publique, et marquer soit les am\u00e9liorations qu\u2019elles ont re\u00e7ues, soit les tentatives qu\u2019on a faites pour les am\u00e9liorer, depuis votre derni\u00e8re session.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Instruction primaire<\/h4>\n<p>Une nouvelle \u00e9cole chr\u00e9tienne a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie \u00e0 Sart\u00e8ne\u00a0: voil\u00e0 le seul progr\u00e8s que l\u2019instruction primaire ait fait dans l\u2019espace d\u2019un an. Quelques personnes, impatientes qu\u2019on \u00e9tablisse un enseignement sup\u00e9rieur dans un pays o\u00f9 l\u2019enseignement inf\u00e9rieur est encore \u00e0 cr\u00e9er ont paru croire que les cinq \u00e9coles des fr\u00e8res et les deux \u00e9coles d\u2019enseignement mutuel qui existent aujourd\u2019hui suffisaient \u00e0 la Corse. Elles suffisent tout au plus aux cinq communes o\u00f9 elles sont plac\u00e9es, \u00e0 une population de 21.000 \u00e2mes. Mais les autres communes, au nombre de 150.000 \u00e2mes, ont-elles cess\u00e9 de faire partie de la Corse\u00a0? (1) Ne r\u00e9duisons pas tout un d\u00e9partement \u00e0 la commune que nous habitons\u00a0; car ce serait r\u00e9duire le patriotisme \u00e0 l\u2019\u00e9go\u00efsme (2). Or dans quel \u00e9tat se trouve l\u2019instruction primaire dans les huit-neuvi\u00e8mes de la Corse\u00a0? Je puis vous le dire d\u2019apr\u00e8s une statistique qui m\u2019a \u00e9t\u00e9 faite avec beaucoup de soin, et dont le travail born\u00e9 \u00e0 un seul objet, a exig\u00e9 plus d\u2019un an, tant il est difficile non seulement d\u2019am\u00e9liorer ce pays, mais m\u00eame de le conna\u00eetre. Et cependant il faut commencer par le bien conna\u00eetre afin de pouvoir l\u2019am\u00e9liorer (3).<\/p>\n<p>Le nombre total des \u00e9coles de la Corse, outre les sept dont je viens de parler, s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 trois cent trente six, mais dans ce nombre il n\u2019y a tout au plus que trente huit \u00e9coles v\u00e9ritablement primaires. Toutes les autres sont ou des \u00e9coles de latin ou des \u00e9coles mixtes dans lesquelles tous les genres d\u2019enseignement sont confondus. Les \u00e9coles de latin, parmi lesquelles il faut comprendre les \u00e9coles mixtes, dont les \u00e9l\u00e8ves apprennent tous ou presque cette langue, sont au nombre de deux cent quatre vingt dix huit. Ce sont l\u00e0 des proportions inverses de celles qu\u2019on observe sur le continent de la France o\u00f9 l\u2019on trouve vingt \u00e9coles primaires pour une \u00e9cole de latin. La raison en est simple\u00a0: c\u2019est que la connaissance du latin n\u2019est n\u00e9cessaire qu\u2019\u00e0 un petit nombre d\u2019individus, et que l\u2019instruction primaire est n\u00e9cessaire \u00e0 tous.\u00a0Examinez maintenant, Messieurs, en administrateurs, les effets qui r\u00e9sultent de ce nombre prodigieux d\u2019\u00e9coles consacr\u00e9es \u00e0 un genre d\u2019enseignement auquel les deux coll\u00e8ges suffiraient. Voyez les classes inf\u00e9rieures de la soci\u00e9t\u00e9 pouss\u00e9es par la nature m\u00eame de leurs \u00e9tudes vers les hautes professions d\u2019o\u00f9 la naissance et la fortune les excluaient, abandonner les arts qui r\u00e9clamaient leurs bras et qui sont la v\u00e9ritable source de la prosp\u00e9rit\u00e9 d\u2019un pays, et vous apercevrez peut-\u00eatre l\u00e0 une des principales causes de la mis\u00e8re de cette \u00eele. Portez vos regards plus loin, et dans ces \u00e9tudes relev\u00e9es qui contrastent avec l\u2019humble condition de la plupart de ceux qui s\u2019y livrent, vous d\u00e9couvrirez l\u2019origine de ces ambitions inqui\u00e8tes et remuantes qui troublent si souvent la tranquillit\u00e9 des \u00e9tats<\/p>\n<p><strong>Il n\u2019en est pas de m\u00eame de l\u2019instruction primaire.<\/strong>\u00a0Celle-ci, born\u00e9e aux connaissances n\u00e9cessaires au pauvre comme au riche, au premier surtout pour n\u2019\u00eatre point l\u2019esclave du second, ni le client trop obs\u00e9quieux d\u2019un patron trop exigeant (4), n\u2019excite aucune ambition dangereuse. Elle ne d\u00e9place point les individus, elle ne confond point les rangs de la soci\u00e9t\u00e9. Elle ne fait que placer l\u2019homme au-dessus de la brute, le citoyen au-dessus du serf. Serait-ce \u00e9lever trop haut la dignit\u00e9 du chr\u00e9tien\u00a0? Mais en m\u00eame temps qu\u2019elle \u00e9claire la raison sans l\u2019\u00e9blouir, elle ouvre le c\u0153ur \u00e0 toutes les vertus qui d\u00e9rive de l\u2019habitude du travail, de l\u2019ordre, de la soumission, des instructions et des pratiques religieuses. Ceci n\u2019est pas une simple th\u00e9orie. Comparez l\u2019enfant priv\u00e9 de cette premi\u00e8re instruction \u00e0 celui qui la re\u00e7oit, et si vous voulez une exp\u00e9rience plus d\u00e9cisive parce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 faite en plus grand, jetez les yeux autour de vous, et comparez ce qu\u2019\u00e9tait il y a seize ans l\u2019exemple de cette ville \u00e0 ce qu\u2019elle est aujourd\u2019hui. Tous les habitants vous diront d\u2019une commune voix que cette grande et heureuse \u00e9volution est l\u2019ouvrage d\u2019une seule mais excellente \u00e9cole primaire, et qu\u2019elle s\u2019\u00e9tend et se d\u00e9veloppe de plus en plus \u00e0 l\u2019aide d\u2019une nouvelle \u00e9cole digne de rivaliser sous tous les rapports avec son a\u00een\u00e9e [il s\u2019agit de l\u2019\u00e9cole des fr\u00e8res ouverte en 1806 gr\u00e2ce au legs du cardinal Fesch et de l\u2019\u00e9cole mutuelle inaugur\u00e9e par Mourre en 1820].<\/p>\n<p>Telle est la force et la puissance de cette premi\u00e8re instruction, quand elle est ce qu\u2019elle doit \u00eatre, que par elle et par elle seule on peut r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer tout un peuple. Mais que peuvent ces trente huit \u00e9coles diss\u00e9min\u00e9es dans l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00eele\u00a0? Impuissantes par leur petit nombre, elles le sont bien plus encore par la nature de leur enseignement. Qu\u2019est-ce que en effet que trente huit \u00e9coles de lecture et d\u2019\u00e9criture en italien dans un d\u00e9partement de France\u00a0? Il suit de l\u00e0 qu\u2019\u00e0 proprement parler, l\u2019instruction primaire n\u2019existe point en Corse, et qu\u2019il faut la cr\u00e9er. C\u2019est ici, Messieurs, que je r\u00e9clame toute votre attention.<\/p>\n<p>La question qui nous occupe n\u2019est pas simplement une question litt\u00e9raire\u00a0: c\u2019est encore pour ce pays une question d\u2019\u00e9conomie politique, de haute administration.\u00a0Quand on propose de cr\u00e9er dans cette \u00eele l\u2019instruction primaire, on propose en d\u2019autres termes d\u2019y cr\u00e9er l\u2019agriculture, l\u2019industrie, tous les arts de la civilisation. Cette opinion qui a l\u2019air d\u2019un paradoxe n\u2019est pourtant qu\u2019une v\u00e9rit\u00e9 bien facile \u00e0 d\u00e9montrer.<\/p>\n<p>Il y a parmi les causes qui s\u2019opposent \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 de ce pays, une cause premi\u00e8re qu\u2019il faut savoir d\u00e9m\u00ealer\u00a0: c\u2019est ce terrible pr\u00e9jug\u00e9, cette funeste passion de la vengeance. Faut-il s\u2019\u00e9tonner que l\u2019agriculture, que l\u2019industrie ne fassent aucun progr\u00e8s l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019existe aucune s\u00fbret\u00e9 ni pour les propri\u00e9t\u00e9s ni pour les personnes. Tous les moyens employ\u00e9s depuis 50 ans pour \u00e9tablir cette s\u00fbret\u00e9 n\u2019ont eu qu\u2019un succ\u00e8s \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, parce que l\u2019on s\u2019est toujours born\u00e9 \u00e0 attaquer le mal dans ses effets, sans jamais remonter \u00e0 la cause. Or, comment d\u00e9truire cette cause\u00a0? Comment d\u00e9truire des pr\u00e9jug\u00e9s, des passions, si ce n\u2019est par des lumi\u00e8res, par des vertus\u00a0? Si ce n\u2019est par l\u2019instruction publique, destin\u00e9e \u00e0 r\u00e9pandre les unes et les autres\u00a0? Si ce n\u2019est surtout par l\u2019instruction primaire qui embrasse le premier \u00e2ge et p\u00e9n\u00e8tre toute la masse d\u2019un peuple\u00a0? (5) Par cette instruction dirig\u00e9e\u00a0 toute enti\u00e8re vers ce but\u00a0? Rev\u00eatue et comme arm\u00e9e de la morale et des lois (6) et distribu\u00e9e sur tous les points de cette \u00eele par des ma\u00eetres choisis avec soin et form\u00e9s dans ce grand dessein\u00a0?\u00a0(7)<\/p>\n<p>Ces hautes consid\u00e9rations nous ram\u00e8nent avec plus de force au projet qui vous fut communiqu\u00e9 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re et auquel vous regrett\u00e2tes de ne pouvoir consacrer les fonds n\u00e9cessaires. (8)<\/p>\n<p>J\u2019ai lev\u00e9 cette difficult\u00e9 (9) en prenant cette ann\u00e9e sur les fonds disponibles, la somme demand\u00e9e (10), en la votant, vous joindrez vos v\u0153ux aux miens, \u00e0 ceux de la d\u00e9putation de la Corse, \u00e0 ceux du Conseil Royal de l\u2019Instruction publique. Vous entrerez dans les vues du gouvernement qui a d\u00e9clar\u00e9 (ce sont ses propres expressions) que l\u2019instruction primaire \u00e9tait le plus s\u00fbr moyen de h\u00e2ter la civilisation de cette \u00eele (11) et vous satisferez au besoin le plus urgent de cette population qui, par l\u2019organe des comit\u00e9s cantonaux, r\u00e9clame de toutes parts de bonnes \u00e9coles primaires.<\/p>\n<p>_______________<\/p>\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Coll\u00e8ges (12)<\/h4>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les deux coll\u00e8ges de la Corse, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9s en 1818 [allusion \u00e0 la premi\u00e8re mission de Mourre] ont fait d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, par les r\u00e8glements qui leur ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s et par la protection constante de l\u2019administration sup\u00e9rieure, des progr\u00e8s sensibles qui ont frapp\u00e9 tous les esprits, mais on ne doit pas esp\u00e9rer qu\u2019ils en fassent de nouveaux. Ils sont aujourd\u2019hui tout ce qu\u2019ils peuvent \u00eatre, c\u2019est-\u00e0-dire des coll\u00e8ges tr\u00e8s m\u00e9diocres. Il existe dans leur organisation (13) des vices qui s\u2019opposent \u00e0 toute am\u00e9lioration ult\u00e9rieure et qui ne peuvent \u00eatre corrig\u00e9s que par des moyens qui ne sont pas \u00e0 la disposition de l\u2019Universit\u00e9.<\/p>\n<p>Ces vices sont\u00a0:<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 1\u00b0) le nombre insuffisant des chaires,<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 2\u00b0) la r\u00e9union de fonctions qui de leur nature sont incompatibles.<\/p>\n<p>Il n\u2019existe dans le coll\u00e8ge de Bastia que quatre chaires et dans celui d\u2019Ajaccio que trois dans le cours d\u2019\u00e9tudes qui en exige six, de l\u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de doubler les classes, ce qui nuit infiniment aux \u00e9tudes\u2026 Un seul r\u00e9gent charg\u00e9 \u00e0 la fois du cours de philosophie et de celui de math\u00e9matiques est rarement en \u00e9tat et n\u2019a pas le temps d\u2019enseigner avec succ\u00e8s ces deux sciences. Les fonctions de principal deviennent nulles quand elles sont jointes \u00e0 celles de r\u00e9gent\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la surveillance est impossible, de l\u2019autre l\u2019autorit\u00e9 est sans force. Malgr\u00e9 le z\u00e8le de leurs fonctionnaires des coll\u00e8ges aussi mal organis\u00e9s ne peuvent jamais \u00eatre de bons coll\u00e8ges.<\/p>\n<p>Pour les am\u00e9liorer on a propos\u00e9 de leur donner une nouvelle et plus large organisation. La base de ce projet consiste dans l\u2019admission \u00e0 l\u2019\u00e9cole normale particuli\u00e8re de Marseille de jeunes Corses destin\u00e9s \u00e0 remplir, apr\u00e8s leur cours d\u2019\u00e9tudes, les places nouvelles ou vacantes dans les deux \u00e9tablissements.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019ex\u00e9cution de ce projet exige que le gouvernement joigne ses secours \u00e0 ceux des deux communes. On s\u2019est pr\u00e9valu \u00e0 cet \u00e9gard de ce qui avait \u00e9t\u00e9 fait par le gouvernement de Louis XVI pour le coll\u00e8ge de Bastia, et de ce qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 par le gouvernement imp\u00e9rial pour le coll\u00e8ge d\u2019Ajaccio.<\/p>\n<p>____________<\/p>\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Haut enseignement<\/h4>\n<p>Le syst\u00e8me entier de l\u2019enseignement se compose de l\u2019instruction primaire, de l\u2019instruction secondaire ou coll\u00e8ges, et de l\u2019instruction sp\u00e9ciale ou facult\u00e9s. Vous avez vu, Messieurs, que la premi\u00e8re n\u2019existait point en Corse et que la seconde y \u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9fectueuse. Vous en conclurez n\u00e9cessairement que le moment d\u2019\u00e9tablir la troisi\u00e8me n\u2019est pas encore venu. Mais il d\u00e9pend de vous de le h\u00e2ter en secondant les projets dont l\u2019ex\u00e9cution doit pr\u00e9c\u00e9der et pr\u00e9parer cet \u00e9tablissement. Les diverses \u00e9coles s\u2019appuient les unes sur les autres comme les \u00e9tages d\u2019un \u00e9difice. Que dirait-on d\u2019un architecte qui voudrait en poser le fa\u00eete avant d\u2019en avoir jet\u00e9 les fondements\u00a0? Laissons faire les architectes de l\u2019instruction publique. Contentons-nous d\u2019examiner leurs plans ou plut\u00f4t leurs devis et empressons-nous de leur fournir tous les fonds n\u00e9cessaires. (14)<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-9791fee elementor-hidden-mobile e-con-full elementor-hidden-tablet e-flex e-con e-child\" data-id=\"9791fee\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-3d41a3c e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"3d41a3c\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-9bdb5a6 elementor-widget-divider--view-line_text elementor-widget-divider--element-align-center elementor-widget elementor-widget-divider\" data-id=\"9bdb5a6\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"divider.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-divider\">\n\t\t\t<span class=\"elementor-divider-separator\">\n\t\t\t\t\t\t\t<p class=\"elementor-divider__text elementor-divider__element\">\n\t\t\t\tPage 2\t\t\t\t<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-93662ae e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"93662ae\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-3bf74da e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"3bf74da\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-e733489 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"e733489\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<h3 class=\"has-text-align-center\">COMMENTAIRES PORTES PAR MOURRE<\/h3>\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Observations<\/h4>\n<p>(1)\u00a0: C\u2019est la r\u00e9ponse \u00e0 ce qui avait \u00e9t\u00e9 dit l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re dans le conseil g\u00e9n\u00e9ral et qui fut m\u00eame consign\u00e9 dans les proc\u00e8s-verbaux de ses s\u00e9ances, ce qui n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 qu\u2019on n\u2019ait redit cette ann\u00e9e les m\u00eames choses.<\/p>\n<p>(2)\u00a0: La plupart des membres du conseil g\u00e9n\u00e9ral ont \u00e9t\u00e9 pris dans ces cinq communes\u00a0: Ajaccio, Bastia, Corte, Calvi et Sart\u00e8ne qui sont aujourd\u2019hui pourvues de bonnes \u00e9coles. Or, comme il n\u2019existe aucune relation de commerce ni m\u00eame aucune communication facile entre les diff\u00e9rentes communes de la Corse, elles demeurent \u00e9trang\u00e8res les unes aux autres, rivales et souvent ennemies. Point d\u2019\u2019nt\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et par cons\u00e9quent point d\u2019esprit public.\u00a0Le patrimoine des Corses, tant vant\u00e9 par eux, n\u2019est qu\u2019un prodigieux sentiment d\u2019orgueil qui se r\u00e9duit \u00e9galement \u00e0 l\u2019\u00e9go\u00efsme.<\/p>\n<p>(3)\u00a0: les Corses ne connaissent ni leur pays, ni eux-m\u00eames, ce qui est prouv\u00e9 par tous les discours, tous les \u00e9crits. Cette ignorance leur est commune avec tous les peuples qui demeurent concentr\u00e9s chez eux et se r\u00e9pandant peu au dehors, ne peuvent point se comparer avec les autres. Quant aux Corses qui, ayant habit\u00e9 le Continent, n\u2019ont pourtant publi\u00e9 sur la Corse que des fictions, il faut croire que par un sentiment de convenance ou de prudence, ou par d\u2019autres motifs particuliers, ils ont voulu exprimer l\u2019opinion de leurs concitoyens plut\u00f4t que la leur. Je rapporterai au sujet du plus r\u00e9cent de ces \u00e9crits ce mot tr\u00e8s remarquable dans la bouche d\u2019un Corse\u00a0: \u00ab\u00a0Un malade agit contre ses int\u00e9r\u00eats. Lorsqu\u2019au lieu de faire conna\u00eetre sa maladie au m\u00e9decin, il s\u2019efforce de la lui d\u00e9guiser.\u00a0\u00bb\u00a0Il doit para\u00eetre bien plus \u00e9tonnant qu\u2019apr\u00e8s plus d\u2019un demi-si\u00e8cle, le gouvernement ne connaisse pas encore la Corse, comme cela est d\u00e9montr\u00e9 par plusieurs de ses actes et par ces commissions auxquelles il demande des renseignements et des projets\u00a0; mais cette ignorance peut encore s\u2019expliquer. Le moral et le physique de la Corse sont dessin\u00e9s \u00e0 si grands traits et pr\u00e9sentent un aspect si particulier qu\u2019il est ais\u00e9 \u00e0 un \u00e9tranger de s\u2019en former en peu de temps une id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale et juste. Mais cette id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale qui suffit au simple observateur est loin de suffire \u00e0 l\u2019administrateur qui a besoin de documents tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9s et tr\u00e8s exacts sur les hommes et sur les choses, ainsi que sur les diverses localit\u00e9s. Or ces documents manquent \u00e0 l\u2019administration dont les chefs ne peuvent gu\u00e8re se les procurer par eux-m\u00eames dans un pays si difficile \u00e0 parcourir, et peuvent encore moins les obtenir avec quelque exactitude des habitants pleins de pr\u00e9jug\u00e9s et de passions. Si donc l\u2019administration locale ne conna\u00eet pas assez bien la Corse, il n\u2019est pas \u00e9tonnant que le gouvernement, plac\u00e9 \u00e0 trois cents lieues, n\u2019en ait pas une connaissance suffisante. De l\u00e0 son h\u00e9sitation perp\u00e9tuelle, qu\u2019augmente encore l\u2019opposition constante qui r\u00e8gne entre les rapports de ses agents et ceux des Corses. De l\u00e0 la continuelle fluctuation entre l\u2019opinion des uns et des autres et la versatilit\u00e9 de la politique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce pays. Pour \u00e9clairer \u00e0 la fois le gouvernement, l\u2019administration et les Corses il n\u2019y aurait qu\u2019un seul moyen. Ce serait de faire une bonne statistique de cette \u00eele, travail long, difficile, dispendieux, mais tellement indispensable qu\u2019on peut assurer que jusque-l\u00e0 la Corse sera mal gouvern\u00e9e. C\u2019est ce qu\u2019on a voulu insinuer dans cette phrase supprim\u00e9e je ne sais pourquoi.<\/p>\n<p>(4)\u00a0: Il faut savoir ce qu\u2019est le patronage en Corse. Partout o\u00f9 r\u00e9side une autorit\u00e9 quelconque, elle est investie de patrons qui s\u2019engagent \u00e0 faire r\u00e9ussir par leurs intrigues aupr\u00e8s de cette autorit\u00e9, les pr\u00e9tentions de leurs clients, justes ou injustes. Et de leur c\u00f4t\u00e9, les clients s\u2019engagent \u00e0 pr\u00eater leurs bras pour venger les injures de leurs patrons. Les effets de ce patronage sont, d\u2019une part, de tromper, de corrompre, d\u2019\u00e9garer les autorit\u00e9s qui manquent de lumi\u00e8res, d\u2019\u00e9quit\u00e9 ou de fermet\u00e9, et de l\u2019autre, de peupler la Corse de sicaires. Ce patronage s\u2019\u00e9tend jusqu\u2019\u00e0 Paris et c\u2019est l\u00e0 que sont les grands patrons qui assi\u00e8gent toutes les administrations, se glissent dans tous les bureaux, surprennent le secret de toutes les affaires, donnent de faux renseignements, dictent les r\u00e9ponses qu\u2019ils font conna\u00eetre dans le pays avant m\u00eame qu\u2019elles y soient officiellement parvenues, et par l\u00e0 contrarient, d\u00e9cr\u00e9ditent, d\u00e9couragent et finissent m\u00eame par chasser les administrateurs locaux qui ne leur conviennent pas. Cela nous \u00e9tonne, nous autres Fran\u00e7ais qui avons toujours peine \u00e0 comprendre tout ce qui ne ressemble point \u00e0 nos m\u0153urs. Le minist\u00e8re croit sans doute gouverner la Corse\u00a0; elle n\u2019est r\u00e9ellement gouvern\u00e9e que par les Corses, et l\u2019on en voit les effets. Il est ais\u00e9 de voir que l\u2019instruction primaire, en r\u00e9pandant les lumi\u00e8res parmi les derni\u00e8res classes du peuple, tendrait \u00e0 d\u00e9truire, au moins dans le pays, ce funeste patronage fond\u00e9 d\u2019une part sur l\u2019ignorance et de l\u2019autre sur l\u2019amour de la domination.\u00a0 Mais voil\u00e0 justement pourquoi les patrons s\u2019opposent aux progr\u00e8s de cette instruction populaire et ne veulent qu\u2019un haut enseignement.<\/p>\n<p>(5)\u00a0: Il y a ici deux id\u00e9es bien importantes\u00a0:<\/p>\n<p>1\u00b0) La vengeance consid\u00e9r\u00e9e comme la cause premi\u00e8re de la barbarie de la Corse\u00a0;<\/p>\n<p>2\u00b0) l\u2019instruction primaire consid\u00e9r\u00e9e comme le plus s\u00fbr moyen de civiliser le pays.<\/p>\n<p>La seconde de ces id\u00e9es est la cons\u00e9quence n\u00e9cessaire de la premi\u00e8re. Qu\u2019on lise tout ce qui a \u00e9t\u00e9 imprim\u00e9 sur la Corse\u00a0; qu\u2019on fouille dans tous les manuscrits, dans toutes les archives, on ne trouvera nulle part ces deux grandes v\u00e9rit\u00e9s. Elles sont tout \u00e0 fait nouvelles pour les Corses, pour l\u2019administration, pour le gouvernement. Il est vrai que la seconde a \u00e9t\u00e9 \u00e9nonc\u00e9e en 1819 dans une lettre minist\u00e9rielle, mais outre qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 depuis oubli\u00e9e ou m\u00e9connue, il ne para\u00eet pas que ses rapports avec la premi\u00e8re aient jamais \u00e9t\u00e9 aper\u00e7us. Or ce sont ces rapports qui en font toute l\u2019importance, parce qu\u2019ils en donnent l\u2019intelligence et qu\u2019ils en d\u00e9terminent l\u2019application. Pr\u00e9sent\u00e9e isol\u00e9ment ce n\u2019est plus qu\u2019une maxime, triviale autant que st\u00e9rile, sur le pouvoir moral de l\u2019instruction publique consid\u00e9r\u00e9e telle qu\u2019elle devrait \u00eatre, ou une m\u00e9prise si on attribue ce pouvoir \u00e0 l\u2019instruction telle qu\u2019elle est. L\u2019administration, toute renferm\u00e9e dans des int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels, ne s\u2019\u00e9tait jamais \u00e9lev\u00e9e en Corse \u00e0 la contemplation de ces grandes v\u00e9rit\u00e9s morales. Quant aux Corses il leur \u00e9tait impossible, par la nature de leurs opinions et de leurs m\u0153urs, de les d\u00e9couvrir, et il leur sera longtemps encore difficile de les comprendre. Il y a donc de la part de l\u2019administration un triple m\u00e9rite \u00e0 les pr\u00e9senter au gouvernement, \u00e0 avoir os\u00e9 les r\u00e9v\u00e9ler aux Corses. Que le gouvernement les admette et la civilisation de cette \u00eele est assur\u00e9e.<\/p>\n<p>(6)\u00a0: Civiliser la Corse par l\u2019instruction publique, grande et belle pens\u00e9e\u00a0! Mais il faut en comprendre toute l\u2019\u00e9tendue. Civiliser la Corse, c\u2019est y \u00e9tablir de mani\u00e8re durable la s\u00fbret\u00e9 des personnes et des propri\u00e9t\u00e9s\u00a0; c\u2019est arr\u00eater \u00e0 jamais le cours des attentats contre cette double s\u00fbret\u00e9. C\u2019est par cons\u00e9quent d\u00e9truire le pr\u00e9jug\u00e9, le point d\u2019honneur g\u00e9n\u00e9ral de la vengeance, source unique et f\u00e9conde de ces attentats. Il est \u00e9vident qu\u2019il n\u2019y a que l\u2019instruction publique qui puisse produire cet effet, mais comment\u00a0? Sera-ce par du latin, par du grec, par des math\u00e9matiques, par ce que les sciences et les lettres ont de plus relev\u00e9\u00a0? Etrange v\u00e9rit\u00e9\u00a0! l\u2019instruction publique telle qu\u2019elle existe chez les nations les plus civilis\u00e9es est incapable de civiliser un peuple barbare. C\u2019est que le produit de la plus haute civilisation n\u2019en renferme pas le principe. Pour rendre \u00e0 l\u2019instruction publique ce pouvoir merveilleux qu\u2019elle a re\u00e7u jadis des premiers pr\u00e9cepteurs du genre humain, il faut la ramener \u00e0 ce qu\u2019elle \u00e9tait dans son enfance, dans son apparente imperfection, lorsque renferm\u00e9e dans la connaissance de la morale, de la religion, des lois, elle arr\u00eatait les assassinats, donnait des murs aux villes, des bornes aux champs, des m\u0153urs aux hommes. Voil\u00e0 ce qu\u2019elle doit \u00eatre en Corse, si l\u2019on veut qu\u2019elle y produise les m\u00eames effets.<\/p>\n<p>(7)\u00a0: Pour civiliser la Corse par l\u2019instruction, la premi\u00e8re condition est d\u2019y cr\u00e9er une instruction sp\u00e9ciale\u00a0; la seconde, d\u2019y cr\u00e9er des instituteurs. M. le Duc Decazes, peu de temps avant sa retraite du minist\u00e8re, offrit au pr\u00e9fet de cette \u00eele d\u2019y envoyer des instituteurs du continent. Il est \u00e9tonnant qu\u2019on ne se soit point empress\u00e9 d\u2019accepter cette offre. C\u2019\u00e9tait l\u00e0 une excellente id\u00e9e. Aujourd\u2019hui on n\u2019oserait pas demander au gouvernement ce que dans un autre temps il a lui-m\u00eame propos\u00e9. On sera donc r\u00e9duit \u00e0 prendre dans le pays les hommes destin\u00e9s \u00e0 le civiliser, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il faudra les cr\u00e9er. On voit que l\u2019expression n\u2019est pas exag\u00e9r\u00e9e. Si l\u2019institution la plus forte qui existe, celle des fr\u00e8res de la doctrine chr\u00e9tienne, a \u00e9chou\u00e9 dans ce projet, on sent combien l\u2019ex\u00e9cution en doit \u00eatre difficile. Et cependant tout d\u00e9pend de cette op\u00e9ration. C\u2019est au chef de l\u2019instruction publique en Corse \u00e0 prendre tous les moyens n\u00e9cessaires pour en assurer le succ\u00e8s. Il faudra d\u2019abord qu\u2019il apporte des pr\u00e9cautions infinies dans l\u2019admission des \u00e9l\u00e8ves-ma\u00eetres\u00a0; qu\u2019il les prenne \u00e0 un \u00e2ge o\u00f9 les opinions et les inclinations ne sont pas encore enti\u00e8rement d\u00e9cid\u00e9es\u00a0; qu\u2019il les choisisse parmi les jeunes gens les moins port\u00e9s par la nature de leur esprit et de leur caract\u00e8re aux vices et aux pr\u00e9jug\u00e9s du pays\u00a0; qu\u2019il donne la pr\u00e9f\u00e9rence aux fils de Fran\u00e7ais ou aux Corses qui ont habit\u00e9 la France. Cela fait, il faudra qu\u2019il les fasse \u00e9lever, pendant un an, sous ses yeux, dans l\u2019\u00e9cole institu\u00e9e dans ce dessein\u00a0; que non seulement il assiste fr\u00e9quemment \u00e0 leurs exercices, mais qu\u2019il les appelle chaque jour aupr\u00e8s de lui et que dans une conf\u00e9rence d\u2019une heure au moins, il s\u2019attache particuli\u00e8rement \u00e0 perfectionner leur \u00e9ducation morale et religieuse, en les p\u00e9n\u00e9trant de ces grandes v\u00e9rit\u00e9s qui de tout temps furent le principe de la civilisation des peuples et d\u2019o\u00f9 d\u00e9pend essentiellement celle de la Corse. C\u2019est ainsi qu\u2019a \u00e9t\u00e9 choisi et form\u00e9 le directeur de l\u2019\u00e9cole mutuelle d\u2019Ajaccio\u00a0; c\u2019est ainsi qu\u2019a \u00e9t\u00e9 choisi et que commence \u00e0 se former un \u00e9l\u00e8ve-ma\u00eetre admis depuis deux mois dans cette \u00e9cole\u00a0; c\u2019est ainsi que devront \u00eatre choisis et form\u00e9s tous les ma\u00eetres des trente \u00e9cole qu\u2019on propose d\u2019\u00e9tablir, et ce n\u2019est, nous le r\u00e9p\u00e9tons, qu\u2019en unissant cette double condition d\u2019un enseignement appropri\u00e9 \u00e0 la Corse et d\u2019instituteurs appropri\u00e9s \u00e0 cet enseignement que l\u2019instruction primaire deviendra en effet le plus s\u00fbr moyen de civiliser cette \u00eele.<\/p>\n<p>(8)\u00a0: On a vu cette ann\u00e9e combien les regrets du conseil g\u00e9n\u00e9ral \u00e9taient sinc\u00e8res. Il avait du moins une excuse\u00a0: cette d\u00e9pense avait \u00e9t\u00e9 port\u00e9e dans le projet de budget hors des limites du cr\u00e9dit et cependant M. le pr\u00e9fet avait fort approuv\u00e9 le projet. Je ne me charge pas d\u2019expliquer cette incons\u00e9quence.<\/p>\n<p>(9) J\u2019admire qu\u2019on ait consenti \u00e0 faire cet aveu.<\/p>\n<p>(10) On a substitu\u00e9 \u00ab\u00a0une partie de la somme demand\u00e9e\u00a0\u00bb. On a vu comment la chose s\u2019est faite (voir ma lettre au conseil royal du 24 septembre 1821).<\/p>\n<p>(11)\u00a0: Le gouvernement a fait cette d\u00e9claration il y a environ deux ans, en ajoutant qu\u2019il procurerait pour cet objet tous les fonds n\u00e9cessaires (Voir les deux lettres de Son Exc. le ministre de l\u2019int\u00e9rieur du 9 novembre 1819 adress\u00e9es l\u2019une \u00e0 la commission de l\u2019instruction publique et l\u2019autre au pr\u00e9fet de la Corse). Depuis ce temps il a donn\u00e9 lieu de croire que ses opinions et ses intentions n\u2019\u00e9taient plus les m\u00eames. C\u2019est l\u00e0 la principale cause de toutes les difficult\u00e9s qui m\u2019entourent et qui, malgr\u00e9 tous mes efforts, doivent n\u00e9cessairement faire \u00e9chouer ma mission.<\/p>\n<p>(12)\u00a0: Cet article, extrait du projet d\u2019am\u00e9lioration des coll\u00e8ges de la Corse qui a \u00e9t\u00e9 adress\u00e9 au Conseil royal le 23 juillet dernier, avait ici le double but d\u2019appeler l\u2019attention du minist\u00e8re sur ce projet et de d\u00e9mentir ce qui avait \u00e9t\u00e9 dit l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re dans le conseil g\u00e9n\u00e9ral par les partisans exclusifs du haut enseignement, savoir\u00a0: que l\u2019instruction secondaire avait re\u00e7u, ainsi que l\u2019instruction primaire, de suffisantes am\u00e9liorations, on aurait pu r\u00e9duire la r\u00e9ponse \u00e0 ce seul fait\u00a0: de tous les jeunes Corses qui depuis quelques ann\u00e9es sont all\u00e9s \u00e9tudier le droit \u00e0 Aix, il n\u2019y en a peut-\u00eatre pas un seul qui e\u00fbt obtenu le grade de bachelier \u00e8s-lettres, si la commission de Marseille n\u2019avait us\u00e9 \u00e0 leur \u00e9gard de beaucoup d\u2019indulgence, d\u2019apr\u00e8s les repr\u00e9sentations qui lui ont \u00e9t\u00e9 faites sur l\u2019imperfection des \u00e9tudes dans les coll\u00e8ges de la Corse.<\/p>\n<p>(13)\u00a0: Dans l\u2019exposition des motifs de mon projet, j\u2019ai parl\u00e9 aussi de la composition vicieuse des deux coll\u00e8ges, mais cette observation e\u00fbt \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9e dans un rapport du pr\u00e9fet au conseil g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>(14)\u00a0: Cet article \u00e9tait la cons\u00e9quence n\u00e9cessaire et le but \u00e9vident des deux articles pr\u00e9c\u00e9dents. Il a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9 et l\u2019on y a substitu\u00e9 des consid\u00e9rations tout oppos\u00e9es qui tendent \u00e0 repr\u00e9senter le haut enseignement comme le besoin le plus urgent et le v\u0153u le plus g\u00e9n\u00e9ral des Corses, ce qui ne s\u2019accorde ni avec ce qui pr\u00e9c\u00e8de ni avec la v\u00e9rit\u00e9. Il serait superflu de prouver la fausset\u00e9 de la premi\u00e8re de ces propositions. Quant \u00e0 la seconde elle est d\u00e9mentie par ce fait\u00a0: tous les comit\u00e9s cantonaux demandent avec instance de bonnes \u00e9coles primaires\u00a0; le m\u00eame v\u0153u a \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9 cette ann\u00e9e par tous les conseils d\u2019arrondissements, except\u00e9 celui de Cort\u00e9 qui ne r\u00eave que de son universit\u00e9, et ceci est tr\u00e8s remarquable parce qu\u2019il n\u2019y a pas un an que personne en Corse n\u2019appr\u00e9ciait l\u2019importance de ces \u00e9coles dont le nom m\u00eame \u00e9tait inconnu. Pourquoi ne pas profiter de cette conqu\u00eate obtenue par de grands efforts sur l\u2019opinion publique\u00a0? Pourquoi ne pas exposer avec candeur l\u2019\u00e9tat actuel de cette opinion\u00a0? Mais, et l\u2019on en a fait l\u2019aveu, on a craint de choquer les meneurs du conseil g\u00e9n\u00e9ral qui sont pr\u00e9cis\u00e9ment des hommes de Cort\u00e9, et deux autres membres qui aspirent aux places de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur. Or, pour qui conna\u00eet la Corse, cette crainte de blesser les int\u00e9r\u00eats particuliers dans un pays o\u00f9 ce n\u2019est qu\u2019en les brisant qu\u2019on peut faire le bien est dans l\u2019autorit\u00e9 le sympt\u00f4me de la ruine prochaine et le pr\u00e9sage d\u2019une anarchie imminente. Cette crainte, sans vouloir en chercher d\u2019autres causes, r\u00e9sulte de l\u2019affaiblissement r\u00e9el que l\u2019autorit\u00e9 administrative a \u00e9prouv\u00e9 par la nouvelle organisation des pouvoirs, et plus encore de l\u2019opinion exag\u00e9r\u00e9e qu\u2019elle a de sa faiblesse. Par contre-coup l\u2019autorit\u00e9 universitaire se trouve \u00e9galement affaiblie, car dans la position particuli\u00e8re o\u00f9 elle est plac\u00e9e dans ce pays, ayant besoin de s\u2019appuyer continuellement sur l\u2019autorit\u00e9 administrative, elle n\u2019y trouve plus depuis quelque temps qu\u2019incertitude, h\u00e9sitation, mollesse, lors m\u00eame qu\u2019elle y trouve de la bonne volont\u00e9\u00a0!<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-2df82de elementor-hidden-mobile e-con-full elementor-hidden-tablet e-flex e-con e-child\" data-id=\"2df82de\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-e8867c4 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"e8867c4\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-81410e8 elementor-widget-divider--view-line_text elementor-widget-divider--element-align-center elementor-widget elementor-widget-divider\" data-id=\"81410e8\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"divider.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-divider\">\n\t\t\t<span class=\"elementor-divider-separator\">\n\t\t\t\t\t\t\t<p class=\"elementor-divider__text elementor-divider__element\">\n\t\t\t\tPage 3\t\t\t\t<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-0b31dc1 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"0b31dc1\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-946a8ea e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"946a8ea\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-160fbb1 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"160fbb1\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p class=\"has-text-align-center\">Voici un document brut, l\u2019un des tableaux de lecture que Mourre avait r\u00e9dig\u00e9s \u00e0 l\u2019intention des \u00e9coles primaires de la Corse, pour y r\u00e9pandre \u00e0 la fois l\u2019usage de la langue fran\u00e7aise et ce qu\u2019il appelait \u00ab\u00a0la civilisation\u00a0\u00bb dans ses commentaires\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019ai l\u2019honneur de vous adresser ci-joint 9 nouveaux tableaux de lecture destin\u00e9s aux \u00e9coles d\u2019enseignement mutuel de la Corse. Ils sont tir\u00e9s du Code civil et du Code p\u00e9nal.<\/p>\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>TABLEAU N\u00b03: DISPOSITIONS EXTRAITES DU CODE PENAL<\/strong><\/p>\n<p><strong>Article 12:<\/strong>\u00a0Tout condamn\u00e9 \u00e0 mort aura la t\u00eate tranch\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Article 15:<\/strong>\u00a0Les hommes condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s seront employ\u00e9s aux travaux les plus p\u00e9nibles: ils tra\u00eeneront \u00e0 leurs pieds un boulet ou seront attach\u00e9s deux \u00e0 deux.<\/p>\n<p><strong>Article 17:<\/strong>\u00a0La peine de la d\u00e9portation consistera \u00e0 \u00eatre transport\u00e9 et \u00e0 demeurer \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 dans un lieu d\u00e9termin\u00e9 par le gouvernement hors du territoire continental de la France.<\/p>\n<p><strong>Article 19:\u00a0<\/strong>La condamnation \u00e0 la peine des travaux forc\u00e9s sera prononc\u00e9e pour 5 ans au moins et 20 ans au plus.<\/p>\n<p><strong>Article 20:<\/strong>\u00a0Quiconque aura \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 la peine des travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 sera fl\u00e9tri sur la place publique par l\u2019application d\u2019une empreinte avec un fer br\u00fblant sur l\u2019\u00e9paule droite.<\/p>\n<p><strong>Article 21<\/strong>: Tout individu de l\u2019un ou l\u2019autre sexe condamn\u00e9 \u00e0 la peine de r\u00e9clusion sera renferm\u00e9 dans une maison de force. La dur\u00e9e de cette peine sera au moins de 5 ann\u00e9es et de 10 au plus\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce serait, en d\u2019autres pays, une bien triste et bien fausse conception que d\u2019entreprendre de noircir et d\u2019effrayer l\u2019esprit des enfants par les images de peines et de supplices dans la vue de les d\u00e9tourner de peines et de d\u00e9lits dont souvent ils n\u2019ont pas m\u00eame l\u2019id\u00e9e, pour lesquels ils ont encore moins d\u2019inclination, et dont on peut croire qu\u2019ils seront suffisamment pr\u00e9serv\u00e9s par la suite par l\u2019influence des m\u0153urs domestiques et de l\u2019opinion publique, par la honte et l\u2019horreur qu\u2019y attachent tous les peuples civilis\u00e9s. Il y aurait m\u00eame quelque chose d\u2019immoral \u00e0 porter atteinte \u00e0 cette heureuse ignorance du vice qui est la vertu de cet \u00e2ge, mais en Corse, o\u00f9 les plus grands crimes sont autoris\u00e9s, l\u00e9gitim\u00e9s par d\u2019affreux pr\u00e9jug\u00e9s o\u00f9 les enfants, d\u00e8s leur naissance, en puisant des le\u00e7ons et des exemples dans leurs familles, o\u00f9 par une d\u00e9pravation anticip\u00e9e ils se plaisent \u00e0 en manier, \u00e0 en porter sur eux les odieux instruments en attendant d\u2019avoir la force de s\u2019en servir, o\u00f9 aucune voix ne s\u2019\u00e9l\u00e8ve, pas m\u00eame celle de la religion, pour les garantir des impressions funestes qu\u2019ils en re\u00e7oivent de toutes parts, il semble qu\u2019on ne saurait trop leur donner l\u2019utile connaissance, et leur inspirer la crainte des lois qui les punissent. C\u2019est une triste morale que celle d\u2019un code p\u00e9nal, que celle qui se fait entendre du haut d\u2019un \u00e9chafaud, mais une telle morale convient \u00e0 de telles m\u0153urs.<\/p>\n<p>J\u2019ai extrait du Code p\u00e9nal les dispositions relatives aux crimes et aux d\u00e9lits qui se commettent le plus fr\u00e9quemment en Corse contre les personnes et les propri\u00e9t\u00e9s. Ces crimes et ces d\u00e9lits ont presque tous leur source dans un sentiment de vengeance. Le Corse se venge de son ennemi en le tuant ou en d\u00e9vastant ses biens. C\u2019est l\u00e0 la v\u00e9ritable cause de l\u2019\u00e9tat de barbarie dans lequel se trouve ce pays o\u00f9 l\u2019agriculture est encore dans l\u2019enfance, o\u00f9 il n\u2019existe aucune esp\u00e8ce d\u2019industrie, car comme il n\u2019y a point d\u2019habitants qui n\u2019ait des ennemis d\u00e9clar\u00e9s, ou qui ne craigne d\u2019avoir des ennemis secrets, il n\u2019y en a point aussi qui ne cr\u00fbt livrer \u00e0 leur ressentiment sa fortune, en l\u2019employant \u00e0 des entreprises agricoles ou industrielles, et sa vie, en habitant sur ses propri\u00e9t\u00e9s rurales ou m\u00eame en y allant sans \u00eatre arm\u00e9 ou accompagn\u00e9.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0 Les Corses qui aiment mieux accuser toute autre cause que leurs m\u0153urs du peu de progr\u00e8s de l\u2019agriculture et de l\u2019industrie parmi eux l\u2019attribuent tant\u00f4t au manque de population, tant\u00f4t \u00e0 la chert\u00e9 de la main-d\u2019\u0153uvre et tant\u00f4t au peu de fortune des particuliers. Ils confondent les effets avec les causes, faute de remonter \u00e0 la cause premi\u00e8re qui leur en ferait voir le v\u00e9ritable encha\u00eenement.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0 Et comment pourraient-ils avouer ou m\u00eame soup\u00e7onner que leurs m\u0153urs dont ils s\u2019honorent soient la cause de l\u2019\u00e9tat honteux de barbarie o\u00f9 ils se trouvent? Leurs pr\u00e9jug\u00e9s n\u2019ont pas seulement d\u00e9prav\u00e9 leur raison, ils ont corrompu jusqu\u2019\u00e0 leur langue. C\u2019est un peuple qui, par les id\u00e9es les plus communes du juste et de l\u2019injuste, comme par les mots qui les repr\u00e9sentent, ne peut plus s\u2019entendre avec les autres. Ce que nous appelons vol \u00e0 main arm\u00e9e, que le voleur ait fait ou non usage de ses armes, ils l\u2019appellent assassinat, assassinamento; ce que nous nommons assassinat, ils l\u2019appellent vendetta; l\u2019incendie, la d\u00e9vastation des propri\u00e9t\u00e9s est un autre genre de vendetta; et ce nom appliqu\u00e9 aux plus grands crimes suffit pour les justifier.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0 Les jeunes Corses apprendront dans le code p\u00e9nal \u00e0 nommer, \u00e0 d\u00e9finir, \u00e0 d\u00e9tester les crimes ; ils y puiseront un autre langage, d\u2019autres opinions, une autre conscience\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Archives nationales, CARAN, F179368<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Minist\u00e8re des Affaires eccl\u00e9siastiques et de l\u2019Instruction publique\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>(Bureau des coll\u00e8ges communaux)<\/em><\/strong><\/p>\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\u00a0<\/div>\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p><strong><em>Paris le\u2026 F\u00e9vrier 1825<\/em><\/strong><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><em>R\u00e9ponse<\/em><\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Monsieur le Pr\u00e9fet,<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J\u2019ai re\u00e7u le rapport que vous m\u2019avez fait l\u2019honneur de m\u2019adresser sur l\u2019\u00e9tat de l\u2019Instruction publique dans l\u2019\u00eele de Corse\u00a0; je vous remercie, Monsieur, des d\u00e9tails dans lesquels vous entrez. Ils sont une nouvelle preuve du z\u00e8le qui vous anime pour les progr\u00e8s des bonnes \u00e9tudes, et je ne puis que vous inviter \u00e0 concourir par vos lumi\u00e8res au d\u00e9veloppement de l\u2019enseignement public dans cette partie du Royaume soumise \u00e0 votre administration.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Toutefois, Monsieur le Pr\u00e9fet, les mesures que vous pr\u00e9sentez pour le d\u00e9veloppement des \u00e9tudes, me paraissent les unes impraticables et les autres sujettes \u00e0 de graves objections.\u00a0 En effet, comment transplanter dans l\u2019int\u00e9rieur du Royaume les professeurs qui sont employ\u00e9s dans les coll\u00e8ges de la Corse, et les remplacer par d\u2019autres fonctionnaires n\u00e9s en France. Il serait impossible de les maintenir dans leurs nouveaux emplois. La diff\u00e9rence de la langue maternelle est un obstacle insurmontable, et dans la supposition m\u00eame que tous ces r\u00e9gents parleraient le fran\u00e7ais aussi purement que les indig\u00e8nes, leur accent natal s\u2019opposerait encore \u00e0 ce qu\u2019ils pussent remplir leurs fonctions avec succ\u00e8s\u00a0; les uns enseigneraient \u00e0 leurs \u00e9l\u00e8ves une prononciation vicieuse, et d\u2019autres, en cherchant \u00e0 \u00e9purer leur mani\u00e8re de parler deviendraient pour les enfants un sujet de raillerie.<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience des ann\u00e9es l\u2019a prouv\u00e9. Il a fallu renoncer \u00e0 faire passer dans le nord les professeurs n\u00e9s dans le midi de la France et qui avaient conserv\u00e9 leur accent\u00a0; et cependant les diff\u00e9rences sont beaucoup moins grandes, qu\u2019entre des Fran\u00e7ais originaires et des Corses dont la langue naturelle est l\u2019italien.<\/p>\n<p>Il n\u2019y aurait pas moins de difficult\u00e9s \u00e0 envoyer en Corse des r\u00e9gents n\u00e9s en France. Bien que l\u2019Ile de Corse fasse partie int\u00e9grante du Royaume, on est accoutum\u00e9 \u00e0 la consid\u00e9rer comme un pays \u00e9tranger\u00a0; aux yeux de la multitude, c\u2019est plut\u00f4t une province italienne qu\u2019un d\u00e9partement fran\u00e7ais\u00a0; et les r\u00e9gents d\u00e9sign\u00e9s pour se rendre dans les coll\u00e8ges regarderaient leur nomination comme un exil et n\u2019accepteraient pas leurs emplois. Il est fort douteux encore que des Fran\u00e7ais puissent obtenir de v\u00e9ritables succ\u00e8s aupr\u00e8s des Corses\u00a0; il y a lieu de croire qu\u2019ils seraient vus de mauvais \u0153il. En attendant qu\u2019il soit possible de combiner des dispositions qui puissent combiner les int\u00e9r\u00eats et les pr\u00e9jug\u00e9s nationaux, je vous invite, Monsieur le Pr\u00e9fet, \u00e0 vouloir bien vous concerter avec M. l\u2019Inspecteur charg\u00e9 des fonctions rectorales, ainsi qu\u2019avec l\u2019autorit\u00e9 eccl\u00e9siastique pour le choix des sujets qui offrent le plus de garanties, et mettre \u00e0 ex\u00e9cution le projet que vous proposez pour l\u2019organisation des deux Coll\u00e8ges de la Corse.<\/p>\n<p>(\u2026)<\/p>\n<p><strong>Sign\u00e9\u00a0: Le Ministre Secr\u00e9taire d\u2019Etat du D\u00e9partement des Affaires eccl\u00e9siastiques et de l\u2019Instruction publique\u00a0<\/strong><\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-06aed90 elementor-hidden-mobile e-con-full elementor-hidden-tablet e-flex e-con e-child\" data-id=\"06aed90\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-37c7a84 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"37c7a84\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-4bb1ccf elementor-widget-divider--view-line_text elementor-widget-divider--element-align-center elementor-widget elementor-widget-divider\" data-id=\"4bb1ccf\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"divider.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-divider\">\n\t\t\t<span class=\"elementor-divider-separator\">\n\t\t\t\t\t\t\t<p class=\"elementor-divider__text elementor-divider__element\">\n\t\t\t\tPage 4\t\t\t\t<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un plan d\u2019instruction publique sous la Restauration \u00a0 \u00a0La\u00a0Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Instruction publique\u00a0fond\u00e9e en 1803 par le pr\u00e9fet du Golo avait cess\u00e9 toute activit\u00e9 en 1810. 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