{"id":4250,"date":"2025-09-04T15:35:45","date_gmt":"2025-09-04T15:35:45","guid":{"rendered":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/?p=4250"},"modified":"2025-09-29T14:43:45","modified_gmt":"2025-09-29T14:43:45","slug":"conference-inaugurale-du-professeur-antonio-trampus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/conference-inaugurale-du-professeur-antonio-trampus\/","title":{"rendered":"Conf\u00e9rence inaugurale du Professeur Antonio Trampus"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"4250\" class=\"elementor elementor-4250\" data-elementor-post-type=\"post\">\n\t\t\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-d38dc0e e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"d38dc0e\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-0701b9d e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"0701b9d\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-0b8ef57 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"0b8ef57\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p><strong style=\"font-size: 1rem;\">Antonio Trampus\u00a0:<\/strong><span style=\"font-size: 1rem;\"> Je vous propose quelques r\u00e9flexions sur le sujet du droit au bonheur au XVIII<\/span><sup>e<\/sup><span style=\"font-size: 1rem;\"> si\u00e8cle en relation avec la Constitution pour la Corse et Pasquale Paoli. Il est vrai que les besoins de bonheur et sa recherche se font particuli\u00e8rement ressentir en p\u00e9riode d&rsquo;incertitude et d&rsquo;inconnu sur le pr\u00e9sent et l&rsquo;avenir. C&rsquo;est ce qui s&rsquo;est produit \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la R\u00e9volution corse et de la R\u00e9volution am\u00e9ricaine, lorsque le droit \u00e0 la recherche du bonheur a \u00e9t\u00e9 inscrit dans la D\u00e9claration d&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Am\u00e9rique et dans la Constitution corse. Cela s&rsquo;est produit, pour prendre un exemple plus proche de nous dans le temps, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la grande crise financi\u00e8re de 2007-2008 ou de la pand\u00e9mie de Covid-19, lorsque les r\u00e9flexions sur ces sujets, toujours d&rsquo;actualit\u00e9, se sont multipli\u00e9es. Il en va de m\u00eame face \u00e0 la recrudescence des conflits proches et lointains, au point de faire r\u00e9sonner l&rsquo;appel de Gaetano Filangieri, en 1780, et l&rsquo;ouverture de sa <\/span><em style=\"font-size: 1rem;\">scienza della legislazione<\/em><span style=\"font-size: 1rem;\">, consistant \u00e0 laisser place aux bonnes lois qui sont les seuls soutiens au bonheur.<\/span><\/p><p>\u00c0 partir du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la recherche du bonheur, sur le plan politique, juridique et constitutionnel, a montr\u00e9 sa force et son efficacit\u00e9, notamment en tant qu&rsquo;attente et espoir d&rsquo;un avenir meilleur. C&rsquo;est le leitmotiv de ma pr\u00e9sentation. Je vous propose donc d\u2019analyser l&rsquo;id\u00e9e du bonheur et la r\u00e9volution non seulement comme un projet de Constitution, mais comme un projet politique pour l&rsquo;avenir. L&rsquo;id\u00e9e et le d\u00e9sir du bonheur sont \u00e9troitement li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;avenir, tant comme espace de libert\u00e9 pour l&rsquo;individu conquis progressivement au cours de l&rsquo;\u00e2ge moderne et contemporain, que dans le domaine juridique. Le domaine juridique est le champ des lois faites par les personnes et pour les personnes. Il se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 cet \u00e9gard particuli\u00e8rement adapt\u00e9 d&rsquo;un point de vue historique pour approfondir l&rsquo;\u00e9volution du droit au bonheur et de sa recherche, tant que le droit est vivant et refl\u00e8te les attentes d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 en constante \u00e9volution. Depuis que la culture occidentale a ramen\u00e9 les th\u00e8mes du bonheur d&rsquo;un horizon purement providentiel, c&rsquo;est-\u00e0-dire consid\u00e9r\u00e9 comme un don ou une attente soustraite \u00e0 la disponibilit\u00e9 de la personne, vers le terrain des actions humaines, c&rsquo;est-\u00e0-dire en les transformant en un bien \u00e0 disposition totale de l&rsquo;individu, des sc\u00e9narios in\u00e9dits et, dans une certaine mesure, tragiques se sont ouverts.<\/p><p>Historiquement, la modernit\u00e9 et les processus graduels de la s\u00e9cularisation de la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne ont aliment\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que le bonheur pouvait \u00eatre avant tout un produit de l&rsquo;homme, puis devenir l&rsquo;objet de sa recherche, et enfin \u00eatre accompli par sa r\u00e9alisation. Sans aucun doute, le langage des Lumi\u00e8res, au cours du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, a-t-il acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 ces d\u00e9bats. Il a envisag\u00e9 la possibilit\u00e9 de les d\u00e9velopper non seulement gr\u00e2ce \u00e0 la perspective \u00e9thique et philosophique d&rsquo;une recherche du bonheur, mais aussi en mettant en place de v\u00e9ritables strat\u00e9gies capables de d\u00e9placer l&rsquo;attention d&rsquo;une dimension purement th\u00e9orique vers le langage facilement d\u00e9codable dans la vie quotidienne. \u00c0 travers la formulation des comportements et des r\u00e8gles de la vie civile, signe d&rsquo;un besoin de l&rsquo;homme de pouvoir mesurer l&rsquo;\u00e9largissement des espaces de libert\u00e9 progressivement accompli, la discussion sur le bonheur et sa recherche a ouvert, au cours des trois derniers si\u00e8cles, des champs de r\u00e9flexion et d&rsquo;action<\/p><p>totalement nouveaux, mais aussi, dans un certain sens, dramatiques. Ainsi, les questions se sont multipli\u00e9es. Comment r\u00e9aliser, dans la vie terrestre, un projet de bonheur pour l&rsquo;individu ou pour la collectivit\u00e9 ? Comment transformer l&rsquo;attente de la recherche du bonheur en un bien r\u00e9ellement accessible ? Comment faire du bonheur un objet r\u00e9el et pas seulement un objet m\u00e9taphysique\u00a0? Autour de ces questions s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9, \u00e0 partir de l&rsquo;\u00e9poque des Lumi\u00e8res, un effort visant \u00e0 comprendre comment la question du bonheur pouvait \u00eatre d\u00e9clin\u00e9e dans l&rsquo;action quotidienne. En d&rsquo;autres termes, comment le bonheur pouvait-il \u00eatre apprivois\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re que l&rsquo;homme, au cours de son processus de civilisation, a appris \u00e0 apprivoiser la nature et ses lois\u00a0? Ici, les \u00e9l\u00e9ments de la tension entre nature et artifice, entre droit naturel et droit positif, apparaissent clairement. Jusqu&rsquo;o\u00f9 le droit au bonheur est-il un droit naturel et \u00e0 partir de quand est-il une constitution politique ? Jusqu&rsquo;o\u00f9 les l\u00e9gislateurs et la collectivit\u00e9 doivent-ils aller pour l&rsquo;activer et le prot\u00e9ger ? La langue des Lumi\u00e8res se pr\u00eate tr\u00e8s bien \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9e comme un outil de v\u00e9rification de ce parcours. En effet, elle n&rsquo;est pas seulement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;utilisation et au renouvellement des concepts politiques. Elle implique, de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, toutes les formes d&rsquo;expression et de communication typiques de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime, qui sont celles d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 n\u2019ayant pas n\u00e9cessairement confiance dans l&rsquo;\u00e9crit et qui repose, peut-\u00eatre pas diff\u00e9remment d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, sur la puissance de l&rsquo;image. C&rsquo;est aussi pour cela que le XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle appara\u00eet, sans aucun doute, comme le si\u00e8cle du droit au bonheur, en ce sens qu&rsquo;il a non seulement \u00e9t\u00e9 capable de la\u00efciser cette id\u00e9e, rompant avec les pr\u00e9ceptes rigides de la morale et la transformation, et une sorte de mot d&rsquo;ordre de la culture occidentale. Mais c\u2019est aussi le si\u00e8cle qui a rendu cette id\u00e9e du bonheur dynamique, jusqu&rsquo;\u00e0 la transformer en un utile mall\u00e9able en fonction des changements de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Dans cette optique, le bonheur appara\u00eet \u00e9galement dans l&rsquo;histoire constitutionnelle de l&rsquo;Occident, \u00e0 travers l&rsquo;invention du droit \u00e0 la recherche du bonheur, qui est ins\u00e9r\u00e9 dans la D\u00e9claration d&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Am\u00e9rique. \u00c0 partir de l\u00e0, au cours du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, il appara\u00eet dans la plupart des d\u00e9clarations de droits et des premi\u00e8res constitutions \u00e9crites. Cette histoire de tentative de domestication du bonheur, r\u00e9sum\u00e9e dans le th\u00e8me de sa recherche terrestre et politique, peut \u00e9galement \u00eatre comprise dans ses aspects positifs, comme une histoire de libert\u00e9, de la libert\u00e9 de la recherche du bonheur. Le bonheur tend \u00e0 \u00eatre &#8211; ou du moins la culture des Lumi\u00e8res tente de le traduire ainsi &#8211; un droit de libert\u00e9 dont les contenus peuvent et doivent varier dans le temps et dans l&rsquo;espace, en fonction des diff\u00e9rents contextes historiques et culturels. Le bonheur n&rsquo;est pas une raison fixe et, dans sa recherche, l&rsquo;\u00eatre humain doit rester libre de s&rsquo;orienter et de choisir. De m\u00eame, au moment o\u00f9, \u00e0 partir de la R\u00e9volution corse, il est envisag\u00e9 comme un droit constitutionnel de libert\u00e9, le droit au bonheur sert \u00e9galement \u00e0 d\u00e9finir et \u00e0 d\u00e9limiter les r\u00f4les des gouvernants, des institutions et de l&rsquo;\u00c9tat, qui doit soutenir et garantir ce droit, mais ne pas l&rsquo;imposer. L&rsquo;histoire nous offre des exemples tragiques de la tension, c\u2019est-\u00e0-dire les rebondissements du droit au bonheur, \u00e0 des \u00e9poques apparemment lointaines, mais en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s proches de nous, autour de cette id\u00e9e du bonheur. Prenons par exemple l&rsquo;affirmation du bonheur non pas comme un droit de la libert\u00e9, mais comme une obligation de performance des individus ou du gouvernement. Cela a produit tr\u00e8s t\u00f4t les horreurs de la guillotine, dont les victimes ont \u00e9t\u00e9 les protagonistes m\u00eames de la R\u00e9volution. C&rsquo;est pourquoi, aux \u00c9tats-Unis, o\u00f9 les droits \u00e0 la recherche du bonheur restent fix\u00e9s par la D\u00e9claration d&rsquo;ind\u00e9pendance, la Cour supr\u00eame a continu\u00e9 \u00e0 attirer l&rsquo;attention sur le caract\u00e8re \u00e9volutif et non fig\u00e9 dans le temps de cette id\u00e9e, qui doit rester un droit de libert\u00e9. C\u2019est \u00e9galement pour ces raisons que, dans le reste du monde occidental, le bonheur, en tant que droit constitutionnel, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9compos\u00e9 en diff\u00e9rents droits et libert\u00e9s plus sp\u00e9cifiques, \u00e9num\u00e9r\u00e9s et garantis dans nos chartes fondamentales, parall\u00e8lement \u00e0 une attention toujours croissante port\u00e9e \u00e0 une bonne qualit\u00e9 de vie, qu&rsquo;une bonne administration publique doit prot\u00e9ger. Hobbes l&rsquo;expliquait d\u00e9j\u00e0 dans <em>Les \u00e9l\u00e9ments du droit naturel et politique<\/em>, soulignant que \u00ab\u00a0dans la cour \u00e9ternelle de l&rsquo;homme, \u00eatre continuellement d\u00e9pass\u00e9, c&rsquo;est le malheur. D\u00e9passer continuellement ceux qui sont devant, c&rsquo;est le bonheur. Abandonner la piste, c&rsquo;est mourir. \u00bb En d&rsquo;autres termes, l&rsquo;essence du bonheur est l&rsquo;attente du bien futur. D\u00e8s que l&rsquo;on est satisfait, le d\u00e9sir de parvenir \u00e0 un nouvel objectif se fait sentir. Le lien entre le bonheur et l&rsquo;avenir devient ainsi plus \u00e9vident, ce qui nous ram\u00e8ne au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, o\u00f9 la construction, voire l&rsquo;invention de l&rsquo;avenir ou du futur, en tant que temps \u00e0 disposition de l&rsquo;\u00eatre humain, devient l&rsquo;un des traits les plus caract\u00e9ristiques de la modernit\u00e9.<\/p><p>Partons une fois de plus des donn\u00e9es linguistiques. Jusqu&rsquo;au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l&rsquo;utilisation du mot \u00ab\u00a0futur\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas encore si r\u00e9pandue dans la langue europ\u00e9enne et l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re parler \u00ab\u00a0d&rsquo;avenir\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0d&rsquo;av\u00e8nement\u00a0\u00bb. Le mot \u00ab\u00a0av\u00e8nement\u00a0\u00bb a un caract\u00e8re eschatologique, il pr\u00e9figure un avenir ou un destin largement providentiel, ind\u00e9pendant de chaque action individuelle et donc la volont\u00e9 du sujet individuel. \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;utilisation du mot \u00ab\u00a0futur\u00a0\u00bb se r\u00e9pand dans le langage politique \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne, jusqu&rsquo;\u00e0 transformer l&rsquo;essence m\u00eame de l&rsquo;avenir et de l&rsquo;av\u00e8nement, surtout pour d\u00e9signer la sph\u00e8re individuelle. Y compris dans ses d\u00e9riv\u00e9s\u00a0; les termes tels que \u00ab\u00a0futurisme\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0futurible\u00a0\u00bb, apparus depuis le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p><p>La confiance en un avenir qui nous appartient, dont nous sommes nous-m\u00eames les protagonistes et qui doit \u00eatre en quelque sorte repr\u00e9sent\u00e9e, semble s&rsquo;accentuer pr\u00e9cis\u00e9ment au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, une \u00e9poque au cours de laquelle les nouveaux horizons passionnants semblent s&rsquo;ouvrir aux yeux de beaucoup\u00a0: l&rsquo;\u00e2ge des Lumi\u00e8res, de la R\u00e9volution corse, de la R\u00e9volution atlantique, des exp\u00e9riences constitutionnelles sous le signe de la libert\u00e9 et de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9. C\u2019est aussi le si\u00e8cle de la naissance de la p\u00e9dagogie et de la valorisation de l&rsquo;enfance qui repr\u00e9sentent justement, et ce n&rsquo;est pas un hasard, un investissement dans l&rsquo;avenir et les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir.<\/p><p>L&rsquo;avenir est \u00e9galement racont\u00e9 \u00e0 travers un mot-cl\u00e9 destin\u00e9 \u00e0 son tour \u00e0 diverses interpr\u00e9tations et qui semble encore tout \u00e0 fait innocent\u00a0: le progr\u00e8s. Nicolas de Condorcet, protagoniste de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, mort en prison, explique ce parcours dans un livre publi\u00e9 \u00e0 titre posthume, <em>L&rsquo;esquisse d\u2019un tableau historique des progr\u00e8s de l&rsquo;esprit humain<\/em>. Il s\u2019agit l\u00e0 d&rsquo;abord d\u2019un progr\u00e8s de l&rsquo;esprit avant d&rsquo;\u00eatre technologique ou \u00e9conomique, une confiance dans l&rsquo;\u00eatre humain et ses capacit\u00e9s. Le fait que l&rsquo;avenir se pr\u00e9sente sous la forme des progr\u00e8s et du progr\u00e8s de l&rsquo;\u00eatre humain est d&rsquo;ailleurs une id\u00e9e qui circule depuis longtemps \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Condorcet. L&rsquo;invention du futur, de l&rsquo;avenir, brise donc les cat\u00e9gories historiques du th\u00e8me, du temps, et permet d&rsquo;imaginer des horizons du bonheur d\u00e9clinables dans diverses directions, tant dans le temps que dans l&rsquo;espace, tant dans la litt\u00e9rature que dans la politique et l&rsquo;\u00e9conomie.<\/p><p>Revenons \u00e0 la fin de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime, et \u00e0 Filangieri, l&rsquo;auteur de <em>La science de la l\u00e9gislation<\/em>. Un trait fondamental de son \u0153uvre &#8211; et Filangeri est Napolitain, Pascal Paoli a aussi \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 Naples &#8211; est la vision de la primaut\u00e9 de la loi, qui d\u00e9coule du contexte typique de son \u00e9poque et de l&rsquo;hypoth\u00e8se que les gouvernants sont pour la plupart hostiles et mauvais. Ils ont tendance \u00e0 utiliser les pouvoirs, par la force et les armes, pour atteindre leur fin. Cependant, comme l&rsquo;explique Filangieri lui-m\u00eame, il existe \u00ab un autre moyen, ind\u00e9pendant de la force et des armes, pour atteindre la grandeur. Les bonnes lois sont le seul soutien du bonheur national, et la bont\u00e9 des lois est indissociable de l&rsquo;uniformit\u00e9 \u00bb. Filangieri a donc bien compris la fonction du droit, que nous appelons aujourd&rsquo;hui le principe de non-r\u00e9troactivit\u00e9, et qui est n\u00e9 avec la fonction de garantie, pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des Lumi\u00e8res. La non-r\u00e9troactivit\u00e9, c&rsquo;est la m\u00eame chose que l&rsquo;avenir et le futur. Nous les retrouvons aujourd&rsquo;hui dans notre Constitution. Au tournant des ann\u00e9es 1770, l&rsquo;id\u00e9e que le bonheur est un droit de la personne, et m\u00e9rite en tant que tel d&rsquo;\u00eatre prot\u00e9g\u00e9 par les lois fondamentales, est donc \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la conviction que le meilleur gouvernement est celui des lois par rapport \u00e0 celui des hommes et \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que cela doit \u00eatre un projet pour l&rsquo;avenir. Les liens entre le bonheur et l&rsquo;avenir s&rsquo;articulent enti\u00e8rement autour de ces principes. Il ne s&rsquo;agit pas simplement de se conformer aux lois naturelles, mais de construire une nouvelle id\u00e9e de bonheur qui peut aussi s&rsquo;\u00e9loigner de la m\u00eame mani\u00e8re que l&rsquo;homme, au cours de son processus de civilisation, a appris \u00e0 apprivoiser la nature. En ce sens, le bonheur tend \u00e0 \u00eatre &#8211; ou du moins la culture des Lumi\u00e8res tente de le traduire ainsi &#8211; un droit de libert\u00e9 dont le contenu peut et doit varier dans le temps et dans l&rsquo;espace en fonction des diff\u00e9rents contextes historiques et culturels. Le bonheur de loi, ou mieux, \u00ab\u00a0le bonheur des bonnes lois\u00a0\u00bb, pour reprendre l&rsquo;expression de Filangieri et du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, se traduit ainsi par un programme pour l&rsquo;avenir o\u00f9 l&rsquo;id\u00e9e de bonheur ne se r\u00e9duit pas seulement au bien-\u00eatre physique comme chez les anciens, mais devient un aspect de l&rsquo;existence de la personne dans la dimension sociale et dans ses relations avec les autres. La n\u00e9cessit\u00e9 de bonnes r\u00e8gles et de bonnes lois devient une garantie de cette condition. \u00c0 ces projets de bonheur, la culture des Lumi\u00e8res ajoute une perspective des bonnes lois traduites en forme de Constitution avec une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la culture des droits de l&rsquo;Homme cosmopolite et universaliste. Il n&rsquo;est pas inutile de rappeler, m\u00eame face au malentendu de notre \u00e9poque, que dans le langage des Lumi\u00e8res, l\u2019Homme est un th\u00e8me universel, ni masculin ni f\u00e9minin, mais synonyme \u00e0 la fois d&rsquo;individu et de collectivit\u00e9. Le projet des droits de l&rsquo;Homme, en tant que perspective de bonheur, renvoie donc \u00e0 la construction d&rsquo;une communaut\u00e9 id\u00e9ale d&rsquo;individus libres, moralement \u00e9gaux et capables de s\u2019autogouverner, ind\u00e9pendamment des contrats ethniques, historiques et traditionnels. Le langage moderne des droits de l&rsquo;Homme fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la libert\u00e9 et aux droits \u00e9gaux pour chaque individu sans distinction de naissance, de religion, de nationalit\u00e9, de couleur, naturellement inh\u00e9rents \u00e0 l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p><p>Pour pouvoir s&rsquo;affirmer, ce projet se mesure donc avec l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame de bonheur, au d\u00e9bat sur la nature, au probl\u00e8me de savoir s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un droit naturel ou d&rsquo;un droit politique, d&rsquo;une reconnaissance de ce qui existe d\u00e9j\u00e0 ou devrait \u00eatre plac\u00e9, ou d&rsquo;une constitution artificielle. Le bonheur moderne devient ainsi une sorte de s\u00e9same pour sortir des pratiques \u00e9tablies, pour introduire de nouvelles valeurs, pour mettre continuellement \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve le monde dans lequel nous vivons et l&rsquo;efficacit\u00e9 des r\u00e8gles que nous nous donnons et qui nous conviennent. Ainsi, si nous revenons \u00e0 la Constitution corse et en analysant les termes, les expressions dans les pr\u00e9ambules, je crois que ce rapport entre le droit au bonheur, l&rsquo;avenir, la perspective de l&rsquo;avenir, les droits de l&rsquo;Homme et tous les langages des Lumi\u00e8res, on peut tr\u00e8s facilement les percevoir. J&rsquo;ai soulign\u00e9 ici quatre termes cl\u00e9s du langage des Lumi\u00e8res, qui sont les quatre termes cl\u00e9s du processus de constitutionnalisation aux XVIII<sup>e<\/sup> et XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles. Il s\u2019agit du <em>peuple<\/em>, au sens de la collectivit\u00e9, et de l&rsquo;homme, dans la vision universaliste des Lumi\u00e8res, de la <em>libert\u00e9<\/em> comme nouvel espace pour l&rsquo;homme, de la <em>dur\u00e9e<\/em>, au sens des projets pour l&rsquo;avenir, et de la <em>felicit\u00e0<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire du droit au bonheur que nous avons \u00e9voqu\u00e9. Merci de votre attention.<\/p><p><strong>Jean-Guy Talamoni\u00a0:<\/strong> Merci pour cette conf\u00e9rence inaugurale, Professeur Trampus. Votre expos\u00e9 \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9clairant. En ce qui nous concerne, nous nous \u00e9tions pench\u00e9s sur vos travaux, et notamment sur votre livre <em>\u00ab Il diritto alla felicit\u00e0\u00a0: storia di un&rsquo;idea \u00bb<\/em>. Nous avions donc d\u00e9j\u00e0 une id\u00e9e du propos qui \u00e9tait le v\u00f4tre sur cette question et notamment de la mise en valeur, vue de l&rsquo;ext\u00e9rieur de la Corse \u2013 ce qui a beaucoup d\u2019int\u00e9r\u00eat pour nous \u2013, du pr\u00e9ambule de la Constitution de Paoli. Nous allons avoir un temps d\u2019\u00e9change.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-d933383 elementor-widget-divider--view-line elementor-widget elementor-widget-divider\" data-id=\"d933383\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"divider.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-divider\">\n\t\t\t<span class=\"elementor-divider-separator\">\n\t\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-41b058a elementor-hidden-mobile e-con-full elementor-hidden-tablet e-flex e-con e-child\" data-id=\"41b058a\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-4de91fc e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"4de91fc\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-ce681d3 elementor-widget-divider--view-line_text elementor-widget-divider--element-align-center elementor-widget elementor-widget-divider\" data-id=\"ce681d3\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"divider.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-divider\">\n\t\t\t<span class=\"elementor-divider-separator\">\n\t\t\t\t\t\t\t<p class=\"elementor-divider__text elementor-divider__element\">\n\t\t\t\tR\u00e9sum\u00e9\t\t\t\t<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Antonio Trampus\u00a0: Je vous propose quelques r\u00e9flexions sur le sujet du droit au bonheur au XVIIIe si\u00e8cle en relation avec la Constitution pour la Corse et Pasquale Paoli. Il est vrai que les besoins de bonheur et sa recherche se font particuli\u00e8rement ressentir en p\u00e9riode d&rsquo;incertitude et d&rsquo;inconnu sur le pr\u00e9sent et l&rsquo;avenir. 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