{"id":427,"date":"2022-11-09T08:00:57","date_gmt":"2022-11-09T08:00:57","guid":{"rendered":"https:\/\/lumi.albaagency.fr\/?p=427"},"modified":"2025-07-21T20:12:46","modified_gmt":"2025-07-21T20:12:46","slug":"napoleon-et-la-corse-ou-les-traces-dune-etrangete-qui-na-jamais-cesse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/napoleon-et-la-corse-ou-les-traces-dune-etrangete-qui-na-jamais-cesse\/","title":{"rendered":"Napol\u00e9on et la Corse ou les traces d\u2019une \u00e9tranget\u00e9 qui n\u2019a jamais cess\u00e9"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"427\" class=\"elementor elementor-427\" data-elementor-post-type=\"post\">\n\t\t\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-716d70c e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"716d70c\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-0060381 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"0060381\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-4b85b07 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"4b85b07\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0 En v\u00e9rit\u00e9, j\u2019ai un peu oubli\u00e9 le premier titre de ma conf\u00e9rence : je l\u2019avais donn\u00e9 un peu \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, mais, comme je ne d\u00e9teste pas improviser, je crois que je vais profiter\u00a0 de ma position d\u2019\u00e9crivain. Les \u00e9crivains ne sont pas des historiens : on ne leur demande pas de gage de s\u00e9rieux. On leur pardonne ais\u00e9ment leur fantaisie et m\u00eame, parfois, leurs caprices.<\/p>\n<p>\u00a0 Mon h\u00e9sitation tient aussi \u00e0 la difficult\u00e9 rencontr\u00e9e \u00e0 parler encore de Napol\u00e9on. En effet,\u00a0 comme La Bruy\u00e8re dans son introduction des\u00a0<em>Caract\u00e8res<\/em>, nous pourrions nous exclamer : \u00ab\u00a0Tout est dit et nous arrivons trop tard depuis sept mille ans qu\u2019il y a des hommes et qui pensent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00a0 Il faut donc un certain courage ou une certaine na\u00efvet\u00e9, l\u2019un n\u2019excluant pas l\u2019autre, pour ajouter encore des \u00e9crits et des commentaires \u00e0 tout ce qui s\u2019est dit sur Napol\u00e9on Bonaparte. Cela tient \u00e0 ce que le sujet semble in\u00e9puisable. On dit d\u2019ailleurs qu\u2019il parait un livre par jour depuis sa mort. Cependant, comme les \u00e9crivains ne se sont jamais laiss\u00e9 rebuter par la r\u00e9p\u00e9tition, voire le ressassement, nous ne sommes pas pr\u00e8s de voir s\u2019\u00e9teindre cette source d\u2019inspiration que constitue Napol\u00e9on Bonaparte.<\/p>\n<p>\u00a0 Il m\u2019a sembl\u00e9 int\u00e9ressant d\u2019aborder le sujet de mani\u00e8re oblique, particuli\u00e8re, dans un d\u00e9tail\u00a0: quelle est la trace de son lieu d\u2019origine, quel r\u00f4le cela a-t-il pu jouer, quelle image cela a-t-il construit dans la perception de l\u2019homme et de l\u2019Empereur chez les \u00e9crivains ou les personnages les plus importants de son temps?\u00a0 Comment, \u00e0 travers son identit\u00e9 premi\u00e8re, l\u2019identit\u00e9 corse, Napol\u00e9on a-t-il \u00e9t\u00e9 per\u00e7u par la haute soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise et, plus largement, europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>\u00a0J\u2019ai donc essay\u00e9 d\u2019\u00e9tudier chez Napol\u00e9on Bonaparte, les traces d\u2019une \u00e9tranget\u00e9 qui n\u2019a jamais cess\u00e9.<\/p>\n<p>\u00a0En effet, la langue fran\u00e7aise de Napol\u00e9on porte la trace de son origine et, selon sa fortune, le sujet reviendra plus ou moins fortement au premier plan. Encore qu\u2019il e\u00fbt choisi la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, c\u2019est sa nationalit\u00e9 d\u2019origine qui d\u00e9finira toujours son identit\u00e9 profonde. Napol\u00e9on Bonaparte est et demeurera pour tous un Corse, alors que lui se sentira Fran\u00e7ais par toutes les fibres de son \u00e2me, y voyant une nationalit\u00e9 choisie.<\/p>\n<p>\u00a0Il faut pour t\u00e2cher de comprendre revenir \u00e0 la litt\u00e9rature : aux m\u00e9moires les plus importants, ceux de Chateaubriand ou de Talleyrand ou m\u00eame ceux de Las Cases et du\u00a0<em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em>, \u00e0 Stendhal \u00e9galement, qui a \u00e9crit une\u00a0<em>Vie de Napol\u00e9on<\/em>.<\/p>\n<p>\u00a0 Il me para\u00eet impossible d\u2019\u00e9voquer Napol\u00e9on sans rappeler aussi que, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt ans, il h\u00e9sita entre la carri\u00e8re des lettres et celle des armes. Il commit d\u2019ailleurs plusieurs ouvrages, qui, s\u2019ils ne sont pas d\u2019un int\u00e9r\u00eat majeur pour la litt\u00e9rature, nous disent beaucoup sur l\u2019homme. L\u2019adoption de la France va de pair, en effet,\u00a0 avec une grande admiration pour sa litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>\u00a0Napol\u00e9on Bonaparte \u00e9tait fou de lecture. Il confie \u00e0 Las Cases : \u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019adolescence, j\u2019\u00e9tais devenu sombre, morose, la lecture devint une sorte de passion, pouss\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la rage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, il lisait Corneille : \u00ab S\u2019il vivait, je le ferais prince \u00bb, disait-il. Il lisait aussi Racine et Moli\u00e8re dans son exil anglais.<\/p>\n<p>\u00a0 Tout comme Paoli, il connaissait les philosophes des Lumi\u00e8res : Montesquieu, Rousseau, qui \u00e9tait si attach\u00e9 \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience politique men\u00e9e par Paoli en Corse, mais aussi les grands \u00e9crivains de l\u2019Antiquit\u00e9. L\u2019inspiration romaine de Napol\u00e9on a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e ici m\u00eame. La litt\u00e9rature \u00e9tait la porte d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la politique et si l\u2019influence de Paoli s\u2019exerce si profond\u00e9ment sur le jeune Napol\u00e9on, il faut y voir une concordance de vues sous cet aspect-l\u00e0. La Corse lui apprend la politique, la guerre et les mani\u00e8res de les faire. Elle lui apprend aussi l\u2019\u00e9chec en politique et la d\u00e9faite dans la guerre. Il ne faut pas s\u2019\u00e9tonner qu\u2019il ait affirm\u00e9, bien plus tard : \u00ab\u00a0La politique, c\u2019est la fatalit\u00e9 moderne\u00a0\u00bb. On peut entendre la trag\u00e9die moderne,\u00a0 soit le seul enjeu \u00e0 sa hauteur.\u00a0 Mais il faut ajouter \u00e0 la politique et \u00e0 la guerre, la m\u00e9lancolie.\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0 Cette influence capitale de la Corse n\u2019avait pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 Chateaubriand qui \u00e9voque longuement l\u2019enfance et l\u2019apprentissage du jeune Napol\u00e9on en Corse : \u00ab\u00a0Un Bonaparte inconnu pr\u00e9c\u00e8de l\u2019immense Napol\u00e9on\u00a0\u00bb, \u00e9crira-t-il dans les\u00a0<em>M\u00e9moires d\u2019Outre-Tombe<\/em>.\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0Par parenth\u00e8se, il faut rappeler que Chateaubriand se r\u00e9v\u00e9la l\u2019un des plus farouches adversaires de Napol\u00e9on. Avoir pour ennemi l\u2019\u00e9crivain le plus g\u00e9nial de son temps, ce n\u2019est pas un d\u00e9tail. Tout avait pourtant bien commenc\u00e9 entre eux et il reste des d\u00e9bris de cette admiration \u00e9perdue dans les\u00a0<em>M\u00e9moires d\u2019Outre-tombe<\/em>.\u00a0<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-eb4fab4 elementor-hidden-mobile e-con-full elementor-hidden-tablet e-flex e-con e-child\" data-id=\"eb4fab4\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-a62b220 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"a62b220\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-b97391e elementor-widget-divider--view-line_text elementor-widget-divider--element-align-center elementor-widget elementor-widget-divider\" data-id=\"b97391e\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"divider.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-divider\">\n\t\t\t<span class=\"elementor-divider-separator\">\n\t\t\t\t\t\t\t<p class=\"elementor-divider__text elementor-divider__element\">\n\t\t\t\tPage 1\t\t\t\t<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-636800f eael-tooltip-align-left eael-tooltip-text-align-left elementor-widget elementor-widget-eael-tooltip\" data-id=\"636800f\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"eael-tooltip.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"eael-tooltip\">\n\t\t\t\t\t<p class=\"eael-tooltip-content\" tabindex=\"0\" aria-describedby=\"tooltip-text-636800f\"><p>[1] Marie Ferranti, Grand prix du roman de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, elle a notamment \u00e9crit\u00a0<em>Une haine de Corse<\/em>\u00a0(Gallimard, 2012), au sujet des relations entre Napol\u00e9on Bonaparte et Charles Andr\u00e9 Pozzo di Borgo.<\/p><\/p>\n  \t\t\t<span id=\"tooltip-text-636800f\" class=\"eael-tooltip-text eael-tooltip-bottom\" role=\"tooltip\"><p>Marie Ferranti, Grand prix du roman de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, elle a notamment \u00e9crit\u00a0<em>Une haine de Corse<\/em>\u00a0(Gallimard, 2012), au sujet des relations entre Napol\u00e9on Bonaparte et Charles Andr\u00e9 Pozzo di Borgo.<\/p><\/span>\n  \t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-afbad49 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"afbad49\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-e6a3561 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"e6a3561\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-b46293f elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"b46293f\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0Mais, apr\u00e8s l\u2019avoir encens\u00e9 et lui avoir m\u00eame d\u00e9dicac\u00e9 la seconde \u00e9dition du\u00a0<em>Le g\u00e9nie du Christianisme<\/em>, en 1802, suite au Concordat de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, Chateaubriand ne pardonnera jamais \u00e0 Napol\u00e9on d\u2019avoir fait ex\u00e9cuter sommairement le duc d\u2019Enghien dans les foss\u00e9s de Vincennes. Chose que Napol\u00e9on niera absolument, mais la rupture avec Chateaubriand \u00e9tait consomm\u00e9e et rien ne pourra jamais la r\u00e9parer, au grand regret de Napol\u00e9on, qui disait : \u00ab\u00a0J\u2019ai pour moi la petite litt\u00e9rature et, contre moi, la grande.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00a0Mais, dans sa tardive, mais totale adh\u00e9sion \u00e0 la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, que reste-t-il de la Corse chez celui qui deviendra d\u2019abord Bonaparte, puis Napol\u00e9on et comment cela fut-il per\u00e7u?\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0La transformation passe par la modification de son nom, qui marque le changement d\u2019identit\u00e9, m\u00eame si, selon les chroniqueurs du temps, l\u2019essentiel de cette identit\u00e9 d\u2019origine demeure dans les traces de sa langue et dans ses mani\u00e8res.<\/p>\n<p>\u00a0Lors de la premi\u00e8re campagne d\u2019Italie, apr\u00e8s la bataille de Lodi, Napol\u00e9on a francis\u00e9 son nom : il a \u00f4t\u00e9 la voyelle qui en trahissait l\u2019origine \u00e9trang\u00e8re. Buonaparte est devenu Bonaparte. Il est vrai que Lodi a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 Napol\u00e9on la possibilit\u00e9 d\u2019un destin hors du commun : \u00ab C\u2019est au soir de Lodi, dit-il, que je me suis cru un \u00eatre sup\u00e9rieur. Je voyais le monde fuir sous moi, comme si j\u2019\u00e9tais emport\u00e9 dans les airs. \u00bb.<\/p>\n<p>\u00a0Le\u00a0<em>deus ex\u00a0<\/em><em>machina<\/em>\u00a0de son destin passe donc par l\u2019adoption de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, incarn\u00e9e, dans la langue, par l\u2019abolition d\u2019une voyelle de son nom.<\/p>\n<p>\u00a0Ce soir-l\u00e0, Napol\u00e9on a tranch\u00e9 dans le vif, c\u2019est-\u00e0-dire dans la forme m\u00eame de son identit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00a0 Il faut cependant rappeler rapidement la passion de Napol\u00e9on Bonaparte pour la Corse. Passion attis\u00e9e par le manque, comme toute passion v\u00e9ritable.<\/p>\n<p>\u00a0En effet, quand le jeune Bonaparte se retrouve \u00e0 Brienne, au coll\u00e8ge royal, il a neuf ans. Il ne parle pas fran\u00e7ais. On peut d\u2019ailleurs s\u2019interroger sur le fran\u00e7ais parl\u00e9 par ses camarades ; les accents \u00e9taient nombreux, mais celui de Napol\u00e9on \u00e9tait unique.<\/p>\n<p>\u00a0 Comme dans toute situation de ce genre, Napol\u00e9on Bonaparte fut stigmatis\u00e9 et discrimin\u00e9 \u00e0 cause de son accent qui disait aussi \u2013 et peut-\u00eatre surtout \u2013 la pauvret\u00e9 de sa condition. Il \u00e9tait issu d\u2019une petite noblesse, venant\u00a0 d\u2019une province nouvellement annex\u00e9e \u00e0 la France, et qui lui avait d\u00e9clar\u00e9 la guerre. Il ne pouvait assur\u00e9ment se revendiquer comme \u00e9tant un sujet du roi comme les autres et n\u2019\u00e9tait pas per\u00e7u comme tel.<\/p>\n<p>En 1815, sur le Bellerophon, qui le m\u00e8ne \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, il confie \u00e0 Las Cases que, \u00e0 Brienne, \u00ab\u00a0Il avait un statut d\u2019\u00e9tranger qu\u2019il fallait\u00a0 dissimuler comme un b\u00e2tard \u00bb.<\/p>\n<p>Il souffrit donc de ce que, de nos jours, on appellerait le racisme de ses camarades:<\/p>\n<p>\u00a0\u00ab Je me tenais \u00e0 l\u2019\u00e9cart, dit-il \u00e0 Las Cases.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00a0Son caract\u00e8re sera assombri et chang\u00e9 par cette premi\u00e8re exp\u00e9rience de l\u2019exil.\u00a0<\/p>\n<p>Brienne lui fera appr\u00e9hender l\u2019exil de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne comme \u00e9tant moins cruel, c\u2019est dire sa violence et les fortes impressions qu\u2019il laissa dans son esprit.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-25c35ae elementor-hidden-mobile e-con-full elementor-hidden-tablet e-flex e-con e-child\" data-id=\"25c35ae\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-b4d31a4 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"b4d31a4\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-eb6906f elementor-widget-divider--view-line_text elementor-widget-divider--element-align-center elementor-widget elementor-widget-divider\" data-id=\"eb6906f\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"divider.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-divider\">\n\t\t\t<span class=\"elementor-divider-separator\">\n\t\t\t\t\t\t\t<p class=\"elementor-divider__text elementor-divider__element\">\n\t\t\t\tPage 2\t\t\t\t<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-f267744 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"f267744\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-8e147d6 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"8e147d6\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-9f54adc elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"9f54adc\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0Il en \u00e9tait ressorti un amour pour son pays d\u2019origine, cultiv\u00e9 par les livres et, en particulier, ceux de Rousseau. Il n\u2019est peut-\u00eatre pas inutile de citer encore le fameux passage dans lequel Rousseau affirme : \u00ab J\u2019ai le pressentiment qu\u2019un jour cette petite \u00eele \u00e9tonnera l\u2019Europe. \u00bb Or, l\u2019Europe, en cette fin du XVIIIe si\u00e8cle, c\u2019\u00e9tait le monde. Pour exister, la Corse suffisait donc largement \u00e0 Napol\u00e9on Bonaparte.<\/p>\n<p>\u00a0Rappelons aussi que, apr\u00e8s la d\u00e9faite, le mod\u00e8le communautaire corse, qui garantissait des conditions de vie acceptable pour tous, est ruin\u00e9 par le mod\u00e8le fran\u00e7ais qui cr\u00e9e une noblesse, des fronti\u00e8res dans les villages et leurs alentours, favorise une centaine de familles au d\u00e9triment de la grande majorit\u00e9. Apr\u00e8s quarante ans de lutte et de sacrifices pour se d\u00e9faire de G\u00eanes, la pilule est am\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0 Voil\u00e0 ce qu\u2019\u00e9crivait, quelques ann\u00e9es plus tard, le jeune Bonaparte au vieux g\u00e9n\u00e9ral Paoli: \u00ab Je naquis quand la patrie p\u00e9rissait. Trente mille Fran\u00e7ais, vomis sur nos c\u00f4tes, noyant le tr\u00f4ne de la libert\u00e9 dans un flot de sang, tel fut le spectacle odieux qui vint le premier frapper mes regards. Les cris du mourant, les g\u00e9missements de l\u2019opprim\u00e9, les larmes du d\u00e9sespoir environn\u00e8rent mon berceau d\u00e8s ma naissance. \u00bb<\/p>\n<p>\u00a0Il en d\u00e9coula chez Napol\u00e9on Bonaparte une v\u00e9ritable haine des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Du reste, si on ne peut nier que le jeune Bonaparte a eu tr\u00e8s t\u00f4t le sens du drame, on ne peut comprendre l\u2019admiration qu\u2019il porte aux vieux g\u00e9n\u00e9ral, si on ignore que ce dernier \u00e9tait apparu comme un pr\u00e9curseur \u00e0 tous les esprits \u00e9clair\u00e9s de cette Europe\u00a0 du XVIIIe si\u00e8cle. Pascal Paoli \u00e9tait devenu le symbole de la lutte contre l\u2019oppression injuste de G\u00eanes\u00a0: on vantait partout sa tentative d\u2019\u00e9tablir un syst\u00e8me de gouvernement inspir\u00e9 des philosophes des Lumi\u00e8res, en particulier de Montesquieu et de Rousseau. Ainsi, sans qu\u2019ils reconnussent jamais la Corse comme un \u00c9tat ind\u00e9pendant, Frederic II et Catherine de Russie ne cachaient pas leur admiration pour le g\u00e9n\u00e9ral corse.<\/p>\n<p>\u00a0Pourtant,\u00a0<em>in fine<\/em>, l\u2019exp\u00e9rience politique corse ne fut pour Napol\u00e9on Bonaparte et sa famille qu\u2019une succession d\u2019\u00e9checs, de rivalit\u00e9s et de haines qui aboutirent \u00e0 la destruction des biens des Bonaparte et \u00e0 leur fuite pr\u00e9cipit\u00e9e de l\u2019\u00eele : exp\u00e9rience en n\u00e9gatif de l\u2019\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne, qui s\u2019ach\u00e8vera par cette phrase de Napol\u00e9on : \u00ab\u00a0Questo paese non \u00e8 per noi.\u00a0\u00bb Il en trouvera rapidement un \u00e0 sa mesure.<\/p>\n<p>On notera cependant que Napol\u00e9on n\u2019a jamais eu honte de ses origines pauvres. Il le dit \u00e0 Las Cases : \u00ab Dans notre famille, l\u2019argent \u00e9tait fort rare. \u00bb<\/p>\n<p>Mais ses origines seront relev\u00e9es et m\u00e9pris\u00e9es par Talleyrand qui dira que la Cour de Napol\u00e9on \u00e9tait plong\u00e9e dans un\u00a0 \u00ab\u00a0luxe \u00e9rudit\u00a0\u00bb, comprenez un luxe de parvenus.<\/p>\n<p>Cela portera tort \u00e0 Napol\u00e9on, excessivement, et cette discrimination premi\u00e8re observ\u00e9e \u00e0 Brienne ne cessera jamais v\u00e9ritablement.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-aeba3b7 elementor-hidden-mobile e-con-full elementor-hidden-tablet e-flex e-con e-child\" data-id=\"aeba3b7\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-cf7f29f e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"cf7f29f\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-ed0bb3e elementor-widget-divider--view-line_text elementor-widget-divider--element-align-center elementor-widget elementor-widget-divider\" data-id=\"ed0bb3e\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"divider.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-divider\">\n\t\t\t<span class=\"elementor-divider-separator\">\n\t\t\t\t\t\t\t<p class=\"elementor-divider__text elementor-divider__element\">\n\t\t\t\tPage 3\t\t\t\t<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-9ce15cf e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"9ce15cf\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-273b656 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"273b656\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-ed237aa elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"ed237aa\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0Donc, la langue. Je veux dire la trace du corse dans le fran\u00e7ais de Napol\u00e9on Bonaparte.<\/p>\n<p>\u00a0Napol\u00e9on garda de cette premi\u00e8re langue un fort accent en fran\u00e7ais, qu\u2019il \u00e9crivait avec de nombreuses fautes d\u2019orthographe \u2013 mais Louis XIV aussi, ce qui ne lui fut jamais reproch\u00e9, les r\u00e9formateurs sourcilleux viendront plus tard. Cependant, nous devons \u00e0 Napol\u00e9on des pages admirables, qu\u2019il a le plus souvent, dict\u00e9es. Il parlait le fran\u00e7ais d\u2019oreille. La musique de la langue ne lui a pas avait pas \u00e9chapp\u00e9. Et s\u2019il portait la trace de la langue corse dans sa langue fran\u00e7aise, il en porte aussi la musique: il roulait les \u00ab\u00a0r\u00a0\u00bb. Ainsi, il prononcera toujours Taillerand et non Talleyrand.<\/p>\n<p>\u00a0 Caulaincourt rapporte qu\u2019il usait parfois d\u2019\u00e9tranges expressions : ainsi, il avait relev\u00e9 que, Napol\u00e9on s\u2019adressant \u00e0 sa m\u00e8re, lui avait dit : \u00ab Je ne suis pas le fils de la poule blanche. \u00bb Expression \u00e9quivalente au fran\u00e7ais :\u00a0 \u00ab\u00a0Je ne sors pas de la cuisse de Jupiter.\u00a0\u00bb\u00a0 On comprend tr\u00e8s bien que la premi\u00e8re expression utilis\u00e9e par Napol\u00e9on est une traduction litt\u00e9rale du corse : \u00ab\u00a0\u00d9n s\u00f2 micca u figliolu di a gallina bianca. \u00bb<\/p>\n<p>\u00a0 Dans son\u00a0<em>Histoire de l<\/em><em>\u2019<\/em><em>ambassade dans le Grand-Duch\u00e9 de Varsovie en 1812<\/em>, l\u2019abb\u00e9 de Pradt, s\u2019il \u00e9voque l\u2019esprit sup\u00e9rieur de Napol\u00e9on, note aussi les particularit\u00e9s de sa langue : \u00ab Dou\u00e9 d\u2019une sagacit\u00e9 merveilleuse, infinie. \u00c9tincelant d\u2019esprit saisissant, cr\u00e9ant dans toutes questions des rapports inaper\u00e7us ou nouveaux ; abondant en images vives, en expressions anim\u00e9es, et, pour tout dire, dard\u00e9es, plus p\u00e9n\u00e9trantes par l\u2019incorrection m\u00eame de son langage, toujours un peu impr\u00e9gn\u00e9 d\u2019<em>\u00e9<\/em><em>tranget<\/em><em>\u00e9<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p>\u00a0Il souligne par l\u2019italique le nom \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9tranget\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00a0 Ce langage \u00e9maill\u00e9 d\u2019incorrections, rappelant sans cesse l\u2019origine \u00e9trang\u00e8re de Napol\u00e9on, n\u2019a pas d\u00fb compter pour peu dans le jugement d\u2019une certaine soci\u00e9t\u00e9, nostalgique du respect absolu de la forme. Passe encore qu\u2019il employ\u00e2t cette langue \u2013 qui n\u2019\u00e9tait pas la sienne, ce que son accent faisait sentir \u00e0 chaque instant \u2013 quand il divulguait et repr\u00e9sentait les valeurs de la R\u00e9volution et de la R\u00e9publique, mais quand il devint Empereur, on n\u2019avait pas admis qu\u2019il en f\u00eet un usage fautif. Pour certains, la faute de langage devint alors l\u2019\u00e9quivalent d\u2019une faute politique. L\u2019alt\u00e9ration du langage \u00e9tant le signe le plus visible de la corruption et de l\u2019avilissement du pouvoir, donc de son ill\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00a0 On feignit de ne pas l\u2019envisager jusqu\u2019\u00e0 ce que Napol\u00e9on faiblisse, mais, pendant les Cent-Jours, les monarchistes se d\u00e9cha\u00een\u00e8rent : \u00ab\u00a0Le S\u00e9nat conservateur, dans sa proclamation du 3 avril 1814, traite Napol\u00e9on d\u2019\u00e9tranger \u00bb, \u00e9crit Chateaubriand.<\/p>\n<p>\u00a0 Lui-m\u00eame ne s\u2019en \u00e9tait pas priv\u00e9 dans son pamphlet\u00a0<em>De Bu<\/em><em>onaparte\u00a0<\/em><em>et des Bourbons<\/em>. Pour mieux marquer son origine \u00e9trang\u00e8re, il avait rendu au nom de Bonaparte, la voyelle que Napol\u00e9on avait \u00f4t\u00e9e pour le franciser : \u00ab On d\u00e9sesp\u00e9rait, \u00e9crit-il, de trouver parmi les Fran\u00e7ais un front qui osa porter la couronne de Louis XVI : un \u00e9tranger se pr\u00e9senta, il fut choisi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00a0 De ce br\u00fblot, que la s\u0153ur de Napol\u00e9on, Caroline, a eu entre les mains, Jean d\u2019Ormesson disait qu\u2019il lui faisait \u00ab\u00a0des larmes essuy\u00e9es par Juliette\u00a0\u00bb. Il faut entendre Juliette R\u00e9camier, qui \u00e9tait une amie de la reine de Naples et la ma\u00eetresse \u2013 presque \u00e9ternelle \u2013 de Chateaubriand : ils se sont aim\u00e9s trente ann\u00e9es durant.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-0a9e138 elementor-hidden-mobile e-con-full elementor-hidden-tablet e-flex e-con e-child\" data-id=\"0a9e138\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-690cd31 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"690cd31\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-5351d86 elementor-widget-divider--view-line_text elementor-widget-divider--element-align-center elementor-widget elementor-widget-divider\" data-id=\"5351d86\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"divider.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-divider\">\n\t\t\t<span class=\"elementor-divider-separator\">\n\t\t\t\t\t\t\t<p class=\"elementor-divider__text elementor-divider__element\">\n\t\t\t\tPage 4\t\t\t\t<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-9ab29fc e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"9ab29fc\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-b67afc0 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"b67afc0\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-089a4a4 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"089a4a4\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0 Napol\u00e9on ne s\u2019est jamais fait d\u2019illusion : depuis le d\u00e9but, il n\u2019\u00e9tait pas dupe qu\u2019il \u00e9tait tol\u00e9r\u00e9, faute de mieux.<\/p>\n<p>Marc Fumaroli le souligne, non sans ironie : \u00ab L\u2019empereur des Fran\u00e7ais n\u2019\u00e9tait lui-m\u00eame Fran\u00e7ais (concession g\u00e9n\u00e9reuse) que depuis les Lumi\u00e8res, hostiles au christianisme. \u00bb<\/p>\n<p>\u00a0Deux si\u00e8cles plus tard, il est fascinant de retrouver dans ce m\u00e9pris souriant ce que dut \u00eatre l\u2019esprit d\u2019une certaine aristocratie \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Bonaparte.<\/p>\n<p>Pourtant Chateaubriand n\u2019avait pas les pr\u00e9jug\u00e9s de l\u2019aristocratie de l\u2019\u00e9migration, ou plut\u00f4t, ne les avait plus.<\/p>\n<p>\u00a0\u00c0 la Restauration, il a m\u00eame la nostalgie du temps de la monarchie de Louis XIV et de celui de l\u2019Empire. On ne s\u2019\u00e9tonnera gu\u00e8re de ce nouveau paradoxe, li\u00e9e \u00e0 la nature m\u00eame de l\u2019\u00e9crivain. Il \u00e9crit, en effet : \u00ab Retomber de Bonaparte et de l\u2019Empire \u00e0 ce qui les a suivis, c\u2019est tomber de la r\u00e9alit\u00e9 dans le n\u00e9ant, du sommet d\u2019une montagne dans un gouffre. \u00bb Ces th\u00e8mes feront aussi les d\u00e9lices d\u2019Hugo, mais c\u2019est une autre histoire.<\/p>\n<p>\u00a0Cependant, Napol\u00e9on fut tr\u00e8s attentif \u00e0 la question de la l\u00e9gitimit\u00e9, li\u00e9e \u00e0 celle de son h\u00e9ritage. En 1805, il fut d\u00e9cid\u00e9 que sa famille ne devait plus poss\u00e9der aucun bien en Corse. L\u2019Empereur marque ainsi une rupture d\u00e9finitive avec ses origines en m\u00eame temps que son appartenance \u00e0 la France. Il proc\u00e8de \u00e0 des achats de terres et de biens et il en fait une donation \u00e0 Andr\u00e9 Ramolino, cousin germain de sa m\u00e8re, et \u00e0 sa nourrice, Camilla Ilari.\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0Il est vrai, comme l\u2019\u00e9crit Jean-Pierre Commun-Orsatti, dans son\u00a0<em>Napol<\/em><em>\u00e9on et la Corse<\/em>, que \u00ab\u00a0Napol\u00e9on r\u00e9gnait depuis le palais des Tuileries, sa m\u00e8re poss\u00e9dait l\u2019h\u00f4tel de Brienne, son oncle Fesch, un grand h\u00f4tel particulier \u00e0 la Chauss\u00e9e-d\u2019Antin, les Murat \u00e9taient les ma\u00eetres du palais de l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u2026 La Corse leur \u00e9tait peut-\u00eatre devenue trop petite.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De la Corse, Napol\u00e9on gardera cependant le go\u00fbt du r\u00e9cit, o\u00f9, la part du destin, du hasard, du r\u00eave est essentiel. \u00ab Il aimait, note Talleyrand, tout ce qui pouvait embellir le po\u00e8me de sa vie. \u00bb Ce go\u00fbt du roman fut sans doute \u00e0 l\u2019origine du M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne.<\/p>\n<p>Enfin, dernier point : qu\u2019en est-il des mani\u00e8res et du protocole?<\/p>\n<p>\u00a0 Il fut beaucoup reproch\u00e9 \u00e0 Napol\u00e9on Bonaparte et \u00e0 sa famille de manquer de savoir-vivre. Qu\u2019est-ce que cela signifie ? Ignoraient-ils les codes de l\u2019ancien r\u00e9gime ? Rien n\u2019est moins s\u00fbr. Il faut rappeler que les s\u0153urs Bonaparte furent \u00e9lev\u00e9es par Mme Campan, ancienne premi\u00e8re femme de chambre de la reine Marie-Antoinette, ce qui \u00e9tait un titre important et supposait qu\u2019elle connaissait le protocole sur le bout des doigts. En r\u00e9alit\u00e9, cette accusation de manquement aux usages est une question politique de tout premier ordre que Talleyrand ne cessera de mettra en avant.<\/p>\n<p>\u00a0Napol\u00e9on \u00e9tait \u00e9bloui par les mani\u00e8res de l\u2019Ancien R\u00e9gime, auxquelles Jos\u00e9phine l\u2019avait initi\u00e9. Cette fascination pour sa premi\u00e8re femme et pour le monde qu\u2019elle incarnait\u00a0 ne cessera jamais. \u00c0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, il dira de Jos\u00e9phine : \u00ab\u00a0Elle \u00e9tait l\u2019art et les gr\u00e2ces\u00a0\u00bb. Aussi Napol\u00e9on n\u2019imagine-t-il pas de donner un autre style \u00e0 l\u2019Empire et imite celui de la monarchie d\u00e9funte. Cela ne fut pas sans cons\u00e9quences et notamment, celle de l\u2019influence consid\u00e9rable de Talleyrand, qui fut ministre des Relations ext\u00e9rieures, autant dire le ma\u00eetre de la diplomatie fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>\u00ab Napol\u00e9on, dit Stendhal dans sa\u00a0<em>Vie de Napol\u00e9on<\/em>,\u00a0\u00a0admira la politesse et les formes de Monsieur de Talleyrand. Celui-ci dut \u00e0 ses mani\u00e8res une libert\u00e9 \u00e9tonnante. \u00bb<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-422375f elementor-hidden-mobile e-con-full elementor-hidden-tablet e-flex e-con e-child\" data-id=\"422375f\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-4e4d680 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"4e4d680\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-e64a2dd elementor-widget-divider--view-line_text elementor-widget-divider--element-align-center elementor-widget elementor-widget-divider\" data-id=\"e64a2dd\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"divider.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-divider\">\n\t\t\t<span class=\"elementor-divider-separator\">\n\t\t\t\t\t\t\t<p class=\"elementor-divider__text elementor-divider__element\">\n\t\t\t\tPage 5\t\t\t\t<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-37b4c3b e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"37b4c3b\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-fdab938 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"fdab938\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-c42b501 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"c42b501\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0Sans doute jaloux de sa r\u00e9ussite, Chateaubriand n\u2019explique pas autrement la r\u00e9putation du g\u00e9nie politique de Talleyrand : \u00ab Une grande fa\u00e7on qui tenait \u00e0 sa naissance, une observation rigoureuse des biens\u00e9ances, un air froid et d\u00e9daigneux, contribuaient \u00e0 nourrir l\u2019illusion autour du Prince. Ces mani\u00e8res exercaient de l\u2019empire sur les petites gens et sur les hommes de la soci\u00e9t\u00e9 nouvelle, lesquels ignoraient la soci\u00e9t\u00e9\u00a0 du vieux temps. Autrefois, on rencontrait \u00e0 tout bout de champ des personnages dont les mani\u00e8res ressemblaient \u00e0 celles de Monsieur de Talleyrand, et on n\u2019y prenait pas garde ; mais presque seul en place, au milieu des m\u0153urs d\u00e9mocratiques, il paraissait un ph\u00e9nom\u00e8ne. \u00bb<\/p>\n<p>\u00a0 Cela illustre aussi les bouleversements du temps : le respect de l\u2019\u00e9tiquette n\u2019\u00e9tait plus tout \u00e0 fait n\u00e9cessaire, car la naissance n\u2019\u00e9tait plus la condition\u00a0<em>sine qua non<\/em>\u00a0pour faire une carri\u00e8re brillante. Ceux qui s\u2019\u00e9taient \u00ab\u00a0seulement donn\u00e9 la peine de na\u00eetre\u00a0\u00bb,\u00a0 selon le mot de Beaumarchais, avaient d\u00e9j\u00e0 perdu la partie, on le voit non seulement dans le rel\u00e2chement de la tenue en soci\u00e9t\u00e9, mais aussi dans l\u2019ignorance ou le rejet des formes qu\u2019il convenait de respecter.<\/p>\n<p>\u00a0 C\u2019est le sens du jugement que Talleyrand rend sur les Bonaparte dans ses\u00a0<em>M\u00e9moires<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Cette famille des Bonaparte, sortie d\u2019une \u00eele retir\u00e9e, \u00e0 peine fran\u00e7aise, o\u00f9 elle vivait dans une situation mesquine, doit son \u00e9l\u00e9vation \u00e0 la gloire militaire d\u2019un homme de g\u00e9nie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00a0 \u00c0 la lecture d\u2019une telle phrase, il semble, tout \u00e0 coup, que les choses se\u00a0<em>r\u00e9tr\u00e9cissent<\/em>. Talleyrand traduit ainsi et surtout propage l\u2019id\u00e9e que les Bonaparte et, le premier d\u2019entre eux, Napol\u00e9on, ne serait jamais que tol\u00e9r\u00e9 sur le tr\u00f4ne. Le luxe, l\u2019apparat, l\u2019\u00e9tiquette enfin que Napol\u00e9on exige, n\u2019\u00e9tant, pour des aristocrates, issus de l\u2019ancien r\u00e9gime que les grimaces d\u2019un pouvoir dont l\u2019Empereur voulait se parer et qui lui demeurait inaccessible parce que l\u2019usage et les formes de cet usage \u00e9taient inconnus de lui et des siens.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0 Talleyrand avait connu Versailles, son \u00e9tiquette, son go\u00fbt, \u00e9lev\u00e9 au rang d\u2019art, et sa pourriture que rien ne pouvait \u00e9galer. Il en \u00e9tait lui-m\u00eame le symbole. Mais l\u2019ignorance des usages de l\u2019ancienne Cour \u00e9tait\u00a0<em>ipso facto<\/em>\u00a0pour lui le signe visible est ind\u00e9niable d\u2019un pouvoir usurp\u00e9.<\/p>\n<p>\u00a0 Il est vrai que les ors des palais, le luxe, l\u2019argent, l\u2019encens du pouvoir avaient un peu tourn\u00e9 la t\u00eate aux Bonaparte et qu\u2019ils auraient d\u00fb adopter des fa\u00e7ons toutes nouvelles, plus simples que celles de l\u2019ancienne monarchie. Cela e\u00fbt pr\u00e9sent\u00e9 le double avantage de satisfaire les r\u00e9publicains et d\u2019emp\u00eacher les monarchistes de faire des comparaisons qui ne pouvaient qu\u2019\u00eatre d\u00e9favorables \u00e0 l\u2019Empire.<\/p>\n<p>Or, dit encore Talleyrand : \u00ab Les Bonaparte s\u2019abus\u00e8rent assez pour croire qu\u2019imiter pu\u00e9rilement les rois dont ils prenaient les tr\u00f4nes \u00e9tait une mani\u00e8re de leur succ\u00e9der. \u00bb Il voit dans les m\u0153urs de ses nouvelles dynasties une des causes de la faiblesse de la puissance morale de Napol\u00e9on. S\u2019il voit juste, il est pourtant savoureux que ce soit l\u2019ancien \u00e9v\u00eaque d\u2019Autun qui pr\u00f4ne une sorte de vertu.<\/p>\n<p>\u00a0 Par r\u00e9action, ce respect des formes tournera \u00e0 l\u2019obsession dans la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise du XIXe si\u00e8cle : il deviendra le symbole de la l\u00e9gitimit\u00e9. On avait compris qu\u2019il ne suffisait pas d\u2019acc\u00e9der au pouvoir, encore fallait-il s\u2019y maintenir. Les \u00e9changes et les rituels seront alors compliqu\u00e9s parfois jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurde. Proust fera ses d\u00e9lices de cette complexit\u00e9 et de sa forme la plus aboutie : le snobisme, abr\u00e9viation de\u00a0<em>sine nobilitate<\/em>, signifiant litt\u00e9ralement, sans noblesse.<\/p>\n<p>\u00a0 J\u2019ai retrouv\u00e9 un petit dialogue sur la famille de Napol\u00e9on entre ma m\u00e8re et moi. Il figure dans mon livre,\u00a0<em>Une haine de Corse<\/em>. Nous \u00e9voquions Letizia.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-7733ec9 elementor-hidden-mobile e-con-full elementor-hidden-tablet e-flex e-con e-child\" data-id=\"7733ec9\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-90f14a4 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"90f14a4\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-6252a70 elementor-widget-divider--view-line_text elementor-widget-divider--element-align-center elementor-widget elementor-widget-divider\" data-id=\"6252a70\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"divider.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-divider\">\n\t\t\t<span class=\"elementor-divider-separator\">\n\t\t\t\t\t\t\t<p class=\"elementor-divider__text elementor-divider__element\">\n\t\t\t\tPage 6\t\t\t\t<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-2079f5a e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"2079f5a\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-7dda739 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"7dda739\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-fafaaf4 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"fafaaf4\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00ab\u00a0Napol\u00e9on avait en sa m\u00e8re une confiance aveugle. Il n\u2019aimait gu\u00e8re son p\u00e8re, m\u00eame s\u2019il fut affect\u00e9 par sa mort pr\u00e9matur\u00e9e. En Paoli, il s\u2019\u00e9tait choisi un p\u00e8re spirituel. Mais il n\u2019avait gu\u00e8re de chance de r\u00e9ussir aupr\u00e8s du vieux g\u00e9n\u00e9ral. Napol\u00e9on \u00e9tait trop sensible, trop ombrageux et surtout trop intelligent. Chaque homme ne pouvait voir en lui qu\u2019un rival et non un ami ou un fils. Il \u00e9tait condamn\u00e9 \u00e0 la solitude et \u00e0 la m\u00e9lancolie qui le firent souvent songer au suicide. Laetitia connaissait cette part d\u2019ombre de son fils et en avait peur.<\/p>\n<p>\u2013Tu sombres dans le romantisme, dis-je,\u00a0 l\u2019influence de Victor Hugo\u2026<\/p>\n<p>\u2013Il en est de pire ! dit ma m\u00e8re.\u00a0 Ecoute plut\u00f4t :<\/p>\n<p><em>Mon p<\/em><em>\u00e8<\/em><em>re, ce h\u00e9ros au sourire si doux,<\/em><\/p>\n<p><em>Suivi d<\/em><em>\u2019<\/em><em>un seul housard qu<\/em><em>\u2019<\/em><em>il aimait entre tous<\/em><\/p>\n<p><em>Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,<\/em><\/p>\n<p><em>Parcourait \u00e0 cheval, le soir d<\/em><em>\u2019<\/em><em>une bataille,<\/em><\/p>\n<p><em>Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>C\u2019est beau, tout de m\u00eame non ?<\/p>\n<p>\u2013C\u2019est beau r\u00e9pondis-je. Revenons \u00e0 la famille. Je te rappelle qu\u2019ils \u00e9taient tous \u2013ou quasi\u2013 rois et reines. Que voulait-t-on ? Qu\u2019ils vivent comme des gueux ?<\/p>\n<p>\u2013Non r\u00e9pondit ma m\u00e8re, mais sans doute aurait-on pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 qu\u2019ils aient davantage de retenue, car ils \u00e9taient assez\u00a0<em>nouveaux<\/em>\u00a0dans le m\u00e9tier de roi et les temps avaient chang\u00e9. On savait que les rois n\u2019\u00e9taient plus \u00e9ternels.\u00a0\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br \/>Apr\u00e8s Hugo et ma m\u00e8re, j\u2019avais pens\u00e9 qu\u2019il valait mieux me taire et achever l\u00e0-dessus. Mais je me souvins alors que, lors de la c\u00e9r\u00e9monie du retour des cendres de l\u2019Empereur, en 1840, Victor Hugo n\u2019avait pas support\u00e9 ce m\u00e9lange de \u00ab\u00a0mesquin habillant le grandiose\u00a0\u00bb, fustigeant le gouvernement qui\u00a0\u00ab\u00a0semblait avoir peur du fant\u00f4me qu\u2019il \u00e9voquait\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00a0 Quant \u00e0 Chateaubriand, il aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 que Napol\u00e9on repose \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 : \u00ab Priv\u00e9 de son catafalque de rochers, Napol\u00e9on est venu s\u2019ensevelir dans les immondices de Paris. (\u2026) Que ferons-nous de ces magnifiques reliques au milieu de nos mis\u00e8res?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00a0 Ces \u00ab\u00a0magnifiques reliques\u00a0\u00bb sont d\u00e9sormais surmont\u00e9es du squelette en plastique d\u2019un cheval dont l\u2019original tombe en poussi\u00e8re \u00e0 Londres. Ce cheval, Marengo, \u00e9tait un pur-sang arabe et comptait parmi les montures pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es de Napol\u00e9on. Les Anglais l\u2019avaient ramen\u00e9, bless\u00e9, comme un troph\u00e9e de la victoire de Waterloo.<\/p>\n<p>\u00a0Au vu de la fragilit\u00e9 de son squelette, ils ont refus\u00e9 de le pr\u00eater. De plus, ils sont extr\u00eamement sourcilleux sur la valeur de leur symbole. Ils ont accept\u00e9 cependant qu\u2019on en fasse une copie. Leur collaboration s\u2019est arr\u00eat\u00e9e l\u00e0. Ils ont d\u00fb penser qu\u2019il \u00e9tait pour le moins curieux que, pour honorer la m\u00e9moire de Napol\u00e9on, les Fran\u00e7ais choisissent un symbole qui rappelait sa d\u00e9faite la plus cuisante et qu\u2019on voul\u00fbt, de surcro\u00eet, le leur emprunter, mais, suivant en cela leur tradition, ils se sont abstenus de commenter cette imb\u00e9cillit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00a0 Bref, on a cru bon de reconstituer le squelette du pauvre cheval et de baptiser ce bricolage\u00a0: \u0153uvre d\u2019art. Tout ceci dans le but \u00ab\u00a0de r\u00e9humaniser Napol\u00e9on\u00a0\u00bb. Je vais faire mienne la prudence anglaise et ne pas commenter ce n\u00e9ologisme stupide.<\/p>\n<p>\u00a0C\u2019est le mus\u00e9e de l\u2019Arm\u00e9e qui a command\u00e9 cette \u0153uvre, ou r\u00e9put\u00e9e telle, la justifiant par les habituelles tartufferies des bureaucrates \u00e2nonnants, qui pr\u00e9sident souvent aux destin\u00e9es de ce genre d\u2019institution.<\/p>\n<p>\u00a0C\u2019est donc Ariane James-Sarazin, la conservatrice g\u00e9n\u00e9rale dudit mus\u00e9e, qui s\u2019y est coll\u00e9e et a tenu, nous dit-on, \u00e0 d\u00e9fendre la libert\u00e9 de l\u2019artiste, comme si celle-ci \u00e9tait menac\u00e9e par quoi que ce soit : \u00ab\u00a0L\u2019\u0153uvre savante de Pascal Convert, dit-elle, respectueuse des lieux et en parfait dialogue avec eux, est au service de la transmission de l\u2019histoire et de la m\u00e9moire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00a0Nous voil\u00e0 rassur\u00e9s. Mais, la question est politique et donc symbolique.<\/p>\n<p>\u00a0 Pour moi, il me semble voir simplement dans cet irrespect des restes d\u2019un mort \u2013 qui, quoiqu\u2019on en dise, figure parmi les plus illustres de l\u2019Histoire \u2013 la derni\u00e8re insulte, li\u00e9e au caract\u00e8re d\u2019\u00e9tranger d\u00e9finitif de Napol\u00e9on Bonaparte. La nationalit\u00e9 fran\u00e7aise que Marc Fumaroli voyait comme une concession g\u00e9n\u00e9reuse n\u2019\u00e9tait pas aussi g\u00e9n\u00e9reuse que l\u2019historien le pr\u00e9tendait et la civilisation fran\u00e7aise des Lumi\u00e8res est bien finie. Mais cela n\u2019est pas une d\u00e9couverte. Nous le savions depuis longtemps.\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-1612512 elementor-hidden-mobile e-con-full elementor-hidden-tablet e-flex e-con e-child\" data-id=\"1612512\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-a5210c9 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"a5210c9\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-32496f0 elementor-widget-divider--view-line_text elementor-widget-divider--element-align-center elementor-widget elementor-widget-divider\" data-id=\"32496f0\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"divider.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-divider\">\n\t\t\t<span class=\"elementor-divider-separator\">\n\t\t\t\t\t\t\t<p class=\"elementor-divider__text elementor-divider__element\">\n\t\t\t\tPage 7\t\t\t\t<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 En v\u00e9rit\u00e9, j\u2019ai un peu oubli\u00e9 le premier titre de ma conf\u00e9rence : je l\u2019avais donn\u00e9 un peu \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, mais, comme je ne d\u00e9teste pas improviser, je crois que je vais profiter\u00a0 de ma position d\u2019\u00e9crivain. 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