{"id":5056,"date":"2026-03-19T13:40:27","date_gmt":"2026-03-19T13:40:27","guid":{"rendered":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/?p=5056"},"modified":"2026-04-06T16:59:14","modified_gmt":"2026-04-06T16:59:14","slug":"pour-un-droit-commun-differencialiste-des-lumieres-pour-une-pratique-theorique-des-lumieres-entre-reproduction-et-difference","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/pour-un-droit-commun-differencialiste-des-lumieres-pour-une-pratique-theorique-des-lumieres-entre-reproduction-et-difference\/","title":{"rendered":"Le point de vue de Francine Demichel : \u00ab Pour un droit commun diff\u00e9rencialiste des Lumi\u00e8res. Pour une pratique th\u00e9orique des Lumi\u00e8res entre reproduction et diff\u00e9rence \u00bb"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"5056\" class=\"elementor elementor-5056\" data-elementor-post-type=\"post\">\n\t\t\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-581195d e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"581195d\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-fb02996 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"fb02996\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-9a37d77 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"9a37d77\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 : <\/strong>Depuis sa version primitive, la philosophie des Lumi\u00e8res, autoritaire, dominatrice, doit \u00eatre remani\u00e9e en une version contemporaine, n\u00e9cessaire et profond\u00e9ment transform\u00e9e, fond\u00e9e sur le respect des diff\u00e9rences, des trajectoires sensibles, al\u00e9atoires, marqu\u00e9es par les corps. Il faut d\u00e9construire la philosophie classique des Lumi\u00e8res, li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019Europe imp\u00e9rialiste, pour la reconstruire d\u00e9mocratiquement, autour de l\u2019existence concr\u00e8te des \u00eatres humains individuels et des peuples, dans leur vie pratique, al\u00e9atoire, disparate et n\u00e9cessairement diff\u00e9rente.<\/p><p><strong>Mots Cl\u00e9s<br \/><\/strong>-Universalisme<br \/>-Abstraction<br \/>-Uniformit\u00e9<br \/>&#8211; Diff\u00e9rence<br \/>&#8211; Corps<\/p><p><strong>Abstract : <\/strong>Since its original version, the philosophy of the Enlightenment, authoritarian, dominatrix, must be revised into a contemporary version, necessary and profoundly transformed, founded on respect for differences, for sensitive, random trajectories, marked by bodies. We need to deconstruct the classical philosophy of the Enlightenment, linked to the era of imperialist Europe, to rebuild it democratically, around the concrete existence of individual human beings and peoples, in their practical, random, disparate and necessarily different lives.<\/p><p><strong>Keywords<\/strong><\/p><p>-Universalism<br \/>-Abstraction<br \/>-Uniformity<br \/>&#8211; Difference<br \/>-Bodies<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-f0b629d elementor-widget-divider--view-line elementor-widget elementor-widget-divider\" data-id=\"f0b629d\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"divider.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-divider\">\n\t\t\t<span class=\"elementor-divider-separator\">\n\t\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-12ad4bb e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"12ad4bb\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-789fc7d e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"789fc7d\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-ce10aa1 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"ce10aa1\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p><strong>Le point de vue de Francine Demichel, Professeur des Universit\u00e9s en droit public, ancienne Pr\u00e9sidente de l\u2019Universit\u00e9 Paris VIII :<\/strong><\/p><p><em>\u00ab\u00a0L\u2019important n\u2019est pas ce que l\u2019on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-m\u00eame de ce que l\u2019on a fait de nous\u00a0\u00bb <\/em>Jean-Paul Sartre, Saint Genet, com\u00e9dien et martyr<\/p><p>L\u2019id\u00e9ologie des Lumi\u00e8res a accompagn\u00e9 la volont\u00e9 de domination du monde des puissances europ\u00e9ennes\u00a0: universalisme uniforme des r\u00e8gles de droit, mod\u00e8le impos\u00e9 de constitutionalisme, abstraction normative, domination colonialiste, rationalisme philosophique\u2026 On comprend d\u00e8s lors la contestation par les \u00ab\u00a0nouveaux\u00a0\u00bb \u00c9tats\u00a0au XX\u00e8me si\u00e8cle de ce syst\u00e8me hi\u00e9rarchiquement construit, en d\u00e9pit d\u2019un contenu normatif voulu \u00e9mancipateur.<\/p><p>Faut-il pour autant d\u00e9truire la pens\u00e9e des Lumi\u00e8res\u00a0? Non, mais il fait la r\u00e9nover profond\u00e9ment, la d\u00e9construire pour la reconstruire autrement. Elle a \u00e9t\u00e9 b\u00e2tie avec des oppositions, des \u00ab\u00a0ou\u00a0\u00bb, d\u2019\u00e9liminations, des arbitraires. Il faut la reconstruire avec des interactions, des \u00ab et\u00a0\u00bb, des diff\u00e9rences, des multiplicit\u00e9s, pour en faire un v\u00e9ritable droit commun des peuples.<\/p><p>La philosophie des Lumi\u00e8res visait \u00e0 accompagner les pays occidentaux dans leur prise du pouvoir dans le monde, et peut-\u00eatre prioritairement \u00e0 vaincre la peur de l\u2019inconnu, du futur, de l\u2019\u00e9tranger. Consid\u00e9rer le savoir comme un facteur fondamental de d\u00e9veloppement de la d\u00e9mocratie, comme l\u2019a fait la philosophie des Lumi\u00e8res, est un progr\u00e8s historique consid\u00e9rable, \u00e0 condition de permettre \u00e0 tous l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ce savoir. Or, force est de constater qu\u2019aujourd\u2019hui, nombre de soci\u00e9t\u00e9s, et non des moindres, fonctionnent non \u00e0 la connaissance mais \u00e0 la peur. L\u2019\u00e9conomie du profit maximum a conduit \u00e0 un isolement des individus, \u00e0 un consum\u00e9risme, qui ont d\u00e9truit tous les espaces communs destin\u00e9s aux rites r\u00e9publicains des Lumi\u00e8res (telles les places de villages). D\u00e9sormais, tout s\u2019ach\u00e8te et tout se vend, les rapports marchands dominent tous les rapports sociaux.\u00a0 Les Lumi\u00e8res organisaient les rencontres, brisaient l\u2019isolement, la solitude, cr\u00e9ant des rites de passage, tels le service militaire, le mariage civil, qui \u00e9taient \u00e0 l\u2019origine de gestes sociaux marquants, qui engendraient un puissant sentiment collectif, une sorte de lien r\u00e9publicain, \u00e0 l\u2019origine d\u2019un sentiment de communaut\u00e9, d\u2019appartenance et de solidarit\u00e9. Il convient, aujourd\u2019hui, de mettre en place de nouveaux rites qui, adapt\u00e9s \u00e0 notre soci\u00e9t\u00e9, donnent le sentiment qu\u2019on est ma\u00eetre de son temps\u00a0: que le temps de son existence et le temps social se coordonnent.<\/p><p>En faisant rena\u00eetre les Lumi\u00e8res, dans leur r\u00e9p\u00e9tition et leur diff\u00e9rence, nous lutterons contre l\u2019incertitude de l\u2019\u00e9poque et cr\u00e9erons une alternative, par exemple, une d\u00e9mocratie de soins. Depuis la COVID, nous sommes entr\u00e9s dans une soci\u00e9t\u00e9 de renfermement, de m\u00e9fiance de l\u2019autre, de distanciation physique et sociale, de confinement, d\u2019isolement. La philosophie des Lumi\u00e8res, sous sa forme collective, va nous aider \u00e0 pratiquer \u00e0 nouveau le sens de l\u2019en-commun, elle devient alors une forme de r\u00e9sistance \u00e0 une sorte de tendance au repli individuel sur soi, \u00e0 la m\u00e9fiance envers les autres.<\/p><p>L\u2019universalisme abstrait du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res a engendr\u00e9 par contre-coup des vagues de revendications identitaires. Il faut reconstruire un en-commun universaliste, \u00e0 travers une fraternit\u00e9 concr\u00e8te. Pour cela, il faut faire confiance aux m\u00e9tissages impr\u00e9vus. C\u2019est pourquoi il convient de pratiquer un universalisme non homog\u00e9n\u00e9isant, mais protecteur des droits individuels et collectifs et de la justice sociale. Les Lumi\u00e8res, aujourd\u2019hui, c\u2019est aussi des revendications institutionnelles, telles le parlementarisme et un syst\u00e8me repr\u00e9sentatif \u00e9galitaire et respectueux des volont\u00e9s populaires, quel que soit leur mode d\u2019expression. Car le monde a chang\u00e9 et nos institutions politiques doivent prendre en compte ce changement. Il nous faut vivre autrement, pour int\u00e9grer l\u2019univers technique dans notre fa\u00e7on de penser, d\u2019agir, comme esp\u00e8ce humaine vivante, modifiable, pensante. Le d\u00e9veloppement technologique nous contraint \u00e0 une identification \/d\u00e9sidentification constante, \u00e0 une r\u00e9appropriation de notre pass\u00e9 en fonction de notre avenir, d\u2019un pass\u00e9 fractur\u00e9, discontinu, fragment\u00e9 vers un avenir dangereux. Pour \u00ab\u00a0habiter le monde\u00a0\u00bb dans la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et la joie, nous avons besoin des autres et de ce rapport au monde \u00e0 inventer, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019esprit des Lumi\u00e8res, dans une pratique de la libert\u00e9 pour chaque \u00eatre humain. Mais il faut accepter que ce soit du fond de la d\u00e9raison que naisse la raison. En un si\u00e8cle de transformation technologique, notre vie quotidienne a profond\u00e9ment chang\u00e9, mais non pas notre rapport au monde, marqu\u00e9 par la marchandisation capitaliste et les in\u00e9galit\u00e9s sociales. L\u2019\u00e9galit\u00e9 doit donc se construire, non dans l\u2019uniformit\u00e9, mais dans la diff\u00e9rence, la prise en compte de l\u2019autre dans nos droits r\u00e9ciproques.<\/p><p>Les Lumi\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 un syst\u00e8me de philosophie politique ferm\u00e9\u00a0; il faut en faire un syst\u00e8me ouvert, sans cesse reconfigurable dans le diff\u00e9rent. Il faut introduire du vitalisme dans la transcendance des Lumi\u00e8res, pour penser et agir dans la vie quotidienne, imm\u00e9diate, banale, pr\u00e9sente, r\u00e9invent\u00e9e chaque jour. Pour cela, il s\u2019agit de prendre en consid\u00e9ration les diff\u00e9rences, et non de les ignorer. Nous devons vivre dans un monde de captures et non de cl\u00f4tures, vivre sans garanties dans du provisoire et de l\u2019incertain. Avec le retour des Lumi\u00e8res, l\u2019individu pourra adopter une attitude \u00e9picurienne, faite de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, sans sortir de son jardin, ou au contraire il pourra affronter le monde et la vie publique. Mais ce ne sont pas les \u00e9v\u00e9nements les plus visibles, les plus bruyants, les plus fracassants qui sont les plus importants. Ceux-ci sont souvent silencieux, invisibles, parfois incompr\u00e9hensibles, parce qu\u2019ordinaires, imperceptibles, insaisissables. Les transformations d\u00e9cisives sont souvent impalpables invisibles, inassignables. Gilles Deleuze conceptualise ces bouleversements sous le nom de \u00ab\u00a0f\u00ealures\u00a0\u00bb, qui interviennent quand apparemment rien ne se passe. Ces \u00ab\u00a0f\u00ealures\u00a0\u00bb\u00a0sont \u00e0 la fois individuelles et collectives, subjectives et objectives, abstraites et concr\u00e8tes, th\u00e9oriques et empiriques, imperceptibles, surgissant \u00e0 la surface de soi et du monde. C\u2019est \u00e0 la surface que s\u2019interp\u00e9n\u00e8trent l\u2019individuel et le collectif, que s\u2019\u00e9labore le profond. L\u2019unit\u00e9 de l\u2019essence et de l\u2019existence, de l\u2019universel et du singulier, du normatif et de l\u2019empirique caract\u00e9rise la connaissance. Les Lumi\u00e8res surgiront \u00e0 nouveau de cette alliance du concept et de la vie, mais dans ce que Gilles Deleuze a appel\u00e9 \u00ab\u00a0une grande f\u00ealure transcendantale\u00a0\u00bb, o\u00f9 le pire va vers le meilleur et sans engendrer de jugement en surplomb, cat\u00e9gorique, mais en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 une philosophie de l\u2019immanence. La vie est multiple et \u00ab\u00a0de la r\u00e9p\u00e9tition na\u00eet la diff\u00e9rence\u00a0\u00bb (Gilles Deleuze). La v\u00e9ritable pens\u00e9e savante se doit de donner du sens \u00e0 la vie, de l\u2019intensifier, de la f\u00e9conder, \u00e0 travers l\u2019\u00e9v\u00e9nement, qui d\u00e9passe tout calcul, qui reste incalculable. Il s\u2019agit de tenir compte des bouleversements, des crises, des catastrophes, \u00e0 la fois publiques et priv\u00e9es, qui surviennent quand on ne les attend pas, qui renversent toutes les cat\u00e9gories \u00e9tablies (on lira Pierre Zaoui, La travers\u00e9e des catastrophes). Il n\u2019est aucun bouleversement sans f\u00ealure, sans diff\u00e9rence sans distance. Le bien ne supprimera pas la souffrance, la perte, le vide. Ce qui survient reste un r\u00e9sidu, inf\u00e9cond, car la vie sourd de la mort. On introduit ainsi, non pas le h\u00e9ros, mais l\u2019individu ordinaire, anonyme, acceptant sa fragilit\u00e9, poss\u00e9dant la capacit\u00e9 de transformer son malheur en positivit\u00e9, en se calant sur les lignes de fracture de soi et du monde.<\/p><p>Il s\u2019agit de cr\u00e9er une culture des Lumi\u00e8res qui ne soit ni exclusive, ni excluante\u00a0: pour cela, elle ne doit pas \u00eatre identique \u00e0 elle-m\u00eame, elle doit s\u2019identifier dans la non-identit\u00e9 \u00e0 soi, dans la diff\u00e9rence avec soi. Toute culture du soi est une culture de l\u2019autre, de la diff\u00e9rence \u00e0 soi. Pour reprendre une vision deleuzienne, il s\u2019agit de reconna\u00eetre la diff\u00e9rence sans figer les diff\u00e9rends. La diff\u00e9rence int\u00e8gre sans assimiler, elle relie et rassemble \u00e0 partir des non ressemblances, par un processus d\u2019exp\u00e9rimentation, de proche en proche, sur le respect de la singularit\u00e9. On peut parler d\u2019un processus de rassemblement dans les diff\u00e9rences, de d\u00e9placement dans les emplacements. On aborde l\u00e0 un format d\u00e9mocratique nouveau, qui tient compte non seulement de la majorit\u00e9, mais des minorit\u00e9s qui y sont incluses. La notion de diversit\u00e9, parfois utilis\u00e9e, n\u2019est pas ad\u00e9quate, car ce n\u2019est un concept ni politique, ni juridique, ni philosophique. On peut parler d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 ou d\u2019\u00e9galit\u00e9, mais la diversit\u00e9 ne doit concerner que les objets et non les humains.<\/p><p>Il n\u2019est pas de peuple libre, s\u2019autod\u00e9terminant, sans libert\u00e9s, sans droits individuels et collectifs. Il n\u2019est pas de majorit\u00e9 d\u00e9mocratique sans respect des minorit\u00e9s, sans pour autant que celles-ci ne deviennent tyranniques\u00a0: il faut au contraire promouvoir une coexistence contradictoire de la majorit\u00e9 et des minorit\u00e9s, afin que les peuples puissent, en toute connaissance, choisir leur destin. Pour cela, il faut dissocier les choix politiques de la logique marchande. S\u2019appuyer sur une philosophie des Lumi\u00e8res, r\u00e9nov\u00e9e, d\u00e9construite, reconstruite, peut aider \u00e0 combattre cette d\u00e9possession, ce recul d\u00e9mocratiques. Mais l\u2019abstraction de la philosophie des Lumi\u00e8res, qui reconstruit le r\u00e9el en en \u00e9liminant les contradictions et en se contentant de l\u2019\u00e9tude des apparences, pr\u00f4ne une unit\u00e9 fictive qui camoufle les crises. Les Lumi\u00e8res, \u00e0 l\u2019\u00e2ge classique, proclament cette unit\u00e9 des contraires artificielle. Or, compte-tenu des conditions concr\u00e8tes, des circonstances, il faut au contraire pr\u00f4ner l\u2019innovation politique, qui laisse place \u00e0 l\u2019inventivit\u00e9 collective. Toute id\u00e9ologie a un enracinement historique, d\u00e9termin\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019une \u00e9poque, sa production \u00e9conomique\u00a0: cela conf\u00e8re une marge de libert\u00e9 dans l\u2019expression des concepts, des sentiments, des projets. Il ne faut jamais oublier que les id\u00e9es dominantes r\u00e9sultent des bases \u00e9conomiques, avec une autonomie relative et une efficacit\u00e9 sp\u00e9cifique. Toute pens\u00e9e d\u00e9pend du contexte historique, mais elle d\u00e9tient une fonction propre, irr\u00e9ductible \u00e0 autre chose qu\u2019elle-m\u00eame. Ainsi, dans le contexte th\u00e9orique actuel, d\u00e9fendre les Lumi\u00e8res peut appara\u00eetre comme une repr\u00e9sentation n\u00e9cessaire et contradictoire \u00e0 la fois. Notre lutte sociale ne peut faire l\u2019impasse sur les Lumi\u00e8res qui peuvent \u00eatre un \u00e9l\u00e9ment structurant, r\u00e9v\u00e9lant les contradictions d\u2019un syst\u00e8me violent et peu respectueux des d\u00e9sirs individuels et populaires qui seraient \u00e9loign\u00e9s du f\u00e9tichisme de la marchandise. Mais cette id\u00e9ologie des Lumi\u00e8res, autour d\u2019un nouveau contrat social \u00e9mancipateur, respectueux de la dignit\u00e9 humaine, ne pourra fonctionner que si elle identifie les fractures r\u00e9elles de la soci\u00e9t\u00e9. Les Lumi\u00e8res ne peuvent aider \u00e0 la prise de conscience collective qu\u2019\u00e0 condition de d\u00e9velopper un aspect critique adapt\u00e9 aux \u00e9volutions sociales, destructrices des libert\u00e9s, et de se soumettre \u00e0 une transformation permanente par une auto-analyse qui remette en cause les concepts \u00e9labor\u00e9s au contact du concret. D\u00e8s lors ne se posera plus le probl\u00e8me de la caducit\u00e9 des Lumi\u00e8res.<\/p><p>On ne surpasse rien, on ne domine rien, on ne ma\u00eetrise rien, on fait avec, on traverse et on exp\u00e9rimente. Il s\u2019agit de \u00ab\u00a0d\u00e9truire et oublier\u00a0\u00bb (Pierre Zaoui), sans rien l\u00e2cher, sans se d\u00e9courager, pers\u00e9v\u00e9rer sans rel\u00e2che. Il s\u2019agit de ne pas n\u00e9gliger les murs, les cl\u00f4tures, les fronti\u00e8res, mais aucun itin\u00e9raire n\u2019est pr\u00e9alable \u00e0 un parcours.\u00a0 Dans les Lumi\u00e8res classiques, la loi est au centre du dispositif. Dans les Lumi\u00e8res modernes, contemporaines, c\u2019est le corps. Le corps est tragique, vou\u00e9 \u00e0 la mort. Aujourd\u2019hui, la loi a pour but de g\u00e9rer la rentabilit\u00e9 et non pas l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Cette loi du profit qui nous est impos\u00e9e par les pouvoirs dominants n\u2019est pas nous, le peuple, le collectif. Elle nous emprisonne dans un int\u00e9r\u00eat \u00e9go\u00efste. Elle doit redevenir le signe de l\u2019in-appropriable, de l\u2019invisible, de cet invisible du corps concret, p\u00e9rissable, alt\u00e9rable. Il faut faire leur place au hasard, au d\u00e9sordre, \u00e0 l\u2019accident, aux bousculades. Il faut accepter le vague, l\u2019inattendu, le vagabondage, l\u2019\u00e9tonnement, l\u2019interrogation, la futilit\u00e9, tout ce qui est hors cadre, hors limites, hors liens, l\u2019al\u00e9atoire, le d\u00e9tail qui signe la rencontre. Car les gestes fondateurs, v\u00e9ritables mythologies dans notre culture, ne correspondent en fait \u00e0 rien de fondamental. Les Lumi\u00e8res contemporaines ne peuvent relever ni de la transcendance de la loi, ni des rapports marchands contractuels, mais simplement du don, dans son immanence. On pourrait se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019image deleuzienne du rhizome. Le rationnel n\u2019est pas dominant, mais le futile l\u2019est, avec ses petits riens, susceptibles d\u2019influencer le r\u00e9el dans leur f\u00e9brilit\u00e9, leur insignifiance, leur dialectique du plein et du vide. On nous inonde de magazines qui nous d\u00e9crivent une vie parfaite, en r\u00e9alit\u00e9 ultra r\u00e9pressive, qui ne laisse place \u00e0 aucune rencontre, aucun hasard, rien que de l\u2019agitation consum\u00e9riste. On nous propose une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les classes dirigeantes d\u00e9veloppent, \u00e0 la quarantaine, un culte de soi, un narcissisme insolent et consum\u00e9riste. La supr\u00e9matie culturelle et politique des grandes villes, o\u00f9 r\u00e9side la classe dominante, qui d\u00e9tient les moyens de communication, s\u2019impose aux p\u00e9riph\u00e9ries, qui d\u00e9tiennent les moyens de production et o\u00f9 vivent les classes populaires qui r\u00e9clament le retour de l\u2019\u00c9tat-providence, appuy\u00e9 sur la philosophie des Lumi\u00e8res, du progr\u00e8s par le travail, de la centralit\u00e9 des domaines r\u00e9galiens. Devant une soci\u00e9t\u00e9 fragment\u00e9e, o\u00f9 l\u2019entre-soi se d\u00e9veloppe, d\u2019o\u00f9 sont exclus les handicap\u00e9s physiques et, de plus en plus, dans certains lieux ouverts au public, les enfants, il est urgent de rappeler les principes des Lumi\u00e8res, de les concr\u00e9tiser, avec la r\u00e8gle d\u2019\u00e9galit\u00e9 diff\u00e9rentialiste.<\/p><p>Nous sommes dans une \u00ab\u00a0civilisation \u00e9motionnelle\u00a0\u00bb a d\u00e9montr\u00e9 Eva Illouz. Elles, ces \u00e9motions, donnent un style \u00e0 notre mode de vie, elles submergent nos corps et, insidieusement, normalisent nos comportements. La col\u00e8re, le ressentiment, la victimisation organisent nos vies individuelles et collectives.\u00a0 Il n\u2019est pas de mobilisation politique sans col\u00e8re. On assiste ainsi \u00e0 de nombreuses manifestions de victimes, issues de groupes \u00ab\u00a0minoritaires\u00a0\u00bb (femmes, noirs, transgenres\u2026). D\u00e9sormais, l\u2019\u00c9tat de droit doit prot\u00e9ger non seulement la pr\u00e9somption d\u2019innocence, mais les victimes d\u2019agressions. Les \u00e9motions, fort nombreuses, fluidifient nos vies, les rendent \u00ab\u00a0liquides\u00a0\u00bb. Les Lumi\u00e8res propageaient l\u2019esp\u00e9rance comme r\u00e9f\u00e9rence th\u00e9orique historique, mais aujourd\u2019hui l\u2019esp\u00e9rance est irrationnelle. Elle n\u2019est plus un projet collectif, une projection dans l\u2019avenir, elle est devenue une simple raison de vivre individuelle, \u00e9motionnelle, qui prend souvent la forme capitaliste de la comp\u00e9titivit\u00e9, camoufl\u00e9e sous des apparences de s\u00e9duction. Face \u00e0 cette esp\u00e9rance d\u00e9voy\u00e9e, les Lumi\u00e8res peuvent combattre cette illusion, en opposant \u00e0 cette f\u00e9brilit\u00e9 consum\u00e9riste, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, des institutions pr\u00f4nant, par exemple, l\u2019\u00e9galit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s de tous au savoir. Ce sont les processus d\u00e9mocratiques d\u2019un \u00c9tat de droit solide qui combattront le mieux les in\u00e9galit\u00e9s sociales et conforteront l\u2019esp\u00e9rance dans le progr\u00e8s social.<\/p><p>Les Lumi\u00e8res sont une philosophie de la repr\u00e9sentation, mais le surr\u00e9alisme nous a montr\u00e9 qu\u2019il faut aussi ne pas se contenter de vouloir dominer la nature, mais sentir tout ce qui nous affecte, au-del\u00e0 d\u2019une s\u00e9paration jug\u00e9e fictive, entre le sujet et l\u2019objet, au-del\u00e0 de la distance entre l\u2019individu et ses repr\u00e9sentations. Les Lumi\u00e8res de la raison vont \u00e9clairer le monde, et rendre plus lucides les acteurs politiques, qui atteindront ainsi la v\u00e9rit\u00e9. Bien juger, bien penser est n\u00e9cessaire et suffisant pour bien agir, mais \u00e0 condition de juger conform\u00e9ment \u00e0 la raison. On peut adh\u00e9rer \u00e0 cette probl\u00e9matique des Lumi\u00e8res, mais \u00e0 condition de postuler que la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 est en perp\u00e9tuel progr\u00e8s, tel un arbre qui se ramifie. Cette recherche insatiable peut d\u00e8s lors permettre \u00e0 la majorit\u00e9 d\u2019imposer \u00e0 tous son point de vue, afin d\u2019uniformiser la soci\u00e9t\u00e9 et d\u2019emp\u00eacher de na\u00eetre les divergences. L\u2019uniformit\u00e9 est alors le prix \u00e0 payer pour l\u2019unit\u00e9 organis\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 une pseudo unanimit\u00e9. On peut ne pas partager cette vision quasi-totalitaire des Lumi\u00e8res classiques. L\u2019humanit\u00e9 de chaque individu n\u2019est pas une donn\u00e9e, une propri\u00e9t\u00e9 d\u2019origine, mais un processus \u00e0 construire, un devenir \u00e0 r\u00e9aliser de fa\u00e7on impr\u00e9visible, al\u00e9atoire, incertaine, improbable. Ce que les Lumi\u00e8res doivent exiger, c\u2019est que chacun se reconnaisse dans les autres et fasse pour soi ce qu\u2019il veut faire pour\u00a0tous les autres. Mais pour que l\u2019universalit\u00e9 ne soit pas totalitaire, que l\u2019unanimit\u00e9 ne soit pas dominatrice, il faut admettre les diff\u00e9rences, les dissemblances, les singularit\u00e9s. Semblables et diff\u00e9rents, tels sont les humains, qui ne doivent rien attendre les uns des autres et tout esp\u00e9rer dans une attitude reconnaissante. On renverra volontiers \u00e0 la formule de Jean-Paul Sartre\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Un homme, fait de tous les hommes, qui les vaut tous, et que vaut n\u2019importe qui<\/em>.\u00a0\u00bb.<\/p><p>La version classique des Lumi\u00e8res, abstraite et normative, s\u2019accommode d\u2019une indiff\u00e9rence issue d\u2019une objectivante repr\u00e9sentation. Mais nous ne devons pas, pour autant, renoncer \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019humanit\u00e9. S\u2019en tenir \u00e0 sa micro-soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 son clan, a sa tribu, aux siens, c\u2019est nier les autres, leur refuser la qualit\u00e9 de semblables, d\u2019autres, qui renvoient \u00e0 nous. Penser en termes d\u2019humanit\u00e9 pour sa propre vie et celle des autres rel\u00e8ve d\u2019un travail intellectuel incontournable et d\u2019une pratique th\u00e9orique permanente.<\/p><p>\u00a0L\u2019\u00e9talage syst\u00e9matique de l\u2019intime que provoque le march\u00e9 peut \u00eatre contrecarr\u00e9 par les Lumi\u00e8res, qui organisent la s\u00e9paration entre le public et le priv\u00e9, car elles sont fond\u00e9es sur un contrat social, fictif, certes, mais puissant, qui est cens\u00e9 reposer sur le consentement, m\u00eame si, pendant longtemps, il a exclu les femmes, qui seraient du c\u00f4t\u00e9 de la nature et non de la culture. Ce contrat social ne repose pas sur les sentiments, mais sur le pouvoir du savoir. Cette opposition traditionnelle entre sentiment et concept, entre affectif, singulier, personnel et g\u00e9n\u00e9ralisable donc universalisable, doit \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e. Dans les Lumi\u00e8res contemporaines, il s\u2019agit de faire l\u2019unit\u00e9 de la pens\u00e9e et de la vie, d\u2019\u00e9tablir un lien entre les modes de vie et les modes de penser\u00a0: une pens\u00e9e sans vie est une pens\u00e9e morte. La v\u00e9rit\u00e9 ne sait tout dire, et, sans les exp\u00e9riences communes de la vie, elle est incompl\u00e8te. La v\u00e9rit\u00e9 est \u00e0 la fois th\u00e9orique, exp\u00e9rimentale et \u00ab\u00a0exp\u00e9rimentable\u00a0\u00bb. Les Lumi\u00e8res ne seront op\u00e9rationnelles que dans l\u2019unit\u00e9 de la pens\u00e9e et de la vie, de la th\u00e9orie et de la pratique. D\u00e8s lors, elles ne seront plus la toute puissance du Un, du Tout, du \u00ab\u00a0sans autre\u00a0\u00bb, mais la reconnaissance des \u00e9carts qui sont \u00e0 la fois des formes de rupture, de diff\u00e9rence et des \u00e9carts en forme de lien.<\/p><p>Le renouvellement des Lumi\u00e8res implique le recours \u00e0 des innovations conceptuelles, qui naissent d\u2019inventeurs marginaux, hors-syst\u00e8me, \u00e0 la fois bricoleurs et savants, po\u00e8tes et juristes, mais toujours hors \u00c9tat. Ce qui reste vivant dans les Lumi\u00e8res, c\u2019est que, sans le mixage de la philosophie, des arts avec les sciences, il n\u2019est pas de cr\u00e9ation conceptuelle. L\u2019univers des Lumi\u00e8res doit devenir polyphonique, en alliant esth\u00e9tique et didactique, sciences sociales et productions industrielles.<\/p><p>En tant que symbolique de la repr\u00e9sentation et non de la production (comme le mat\u00e9rialisme historique par exemple), la philosophie des Lumi\u00e8res exige d\u2019\u00eatre maintenue dans sa continuit\u00e9, mais avec ses mutations, ses transformations, en relation avec les rapports sociaux. C\u2019est pourquoi les Lumi\u00e8res sont ind\u00e9cidables\u00a0; on ne peut les mettre en ordre, les organiser \u00e0 l\u2019avance, les renfermer dans des textes fussent-ils constitutionnels. Les Lumi\u00e8res sont et seront le fruit des frottements humains, du partage et de la r\u00e9ciprocit\u00e9. Certes, les Lumi\u00e8res postulent que la d\u00e9mocratie grandit avec le savoir. Mais l\u2019histoire a d\u00e9menti les effets positifs du scientisme. Elle a contredit l\u2019adage selon lequel le savoir produit de la capacit\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, le savoir peut cr\u00e9er des enjeux de pouvoir et des renoncements \u00e0 la fraternit\u00e9. La vigilance est de mise. Par exemple, il y a un lien entre la philosophie des Lumi\u00e8res et l\u2019\u00c9tat de droit, notamment quand il est garant de la justice. Mais sans oublier que la justice fait partie de la superstructure de l\u2019\u00c9tat capitaliste, dont elle reproduit le fondement et consolide les exigences et la domination. Sans oublier non plus que la morale de la libert\u00e9 est une \u00ab\u00a0morale de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9\u00a0\u00bb (cf Simone de Beauvoir), qui rel\u00e8ve de l\u2019action individuelle plus que de principes abstraits et formels. Sans engagement individuel, il n\u2019est pas de morale\u00a0: celle-ci d\u00e9pend des incertitudes de la vie. C\u2019est pourquoi il n\u2019est pas de d\u00e9mocratie par la seule justice.<\/p><p>Pour d\u00e9consid\u00e9rer les luttes pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 et contre les discriminations, voulues par la majorit\u00e9 silencieuse (lutte f\u00e9ministe, antiraciste, anticolonialiste\u2026), l\u2019id\u00e9ologie dominante, issue du centrisme autoritaire tout autant que de l\u2019extr\u00eame-droite, a utilis\u00e9 volontiers des mots p\u00e9joratifs (exemple le wokisme). Les Lumi\u00e8res doivent d\u00e9montrer ce qu\u2019est aujourd\u2019hui la lutte pour l\u2019\u00e9galit\u00e9, au niveau individuel et collectif, par un brassage, un m\u00e9tissage des droits. Il faut abandonner le mod\u00e8le implicite et sous-jacent des Droits de l\u2019Homme de l\u2019\u00e9poque classique\u00a0: m\u00e2le, blanc, occidental, h\u00e9t\u00e9rosexuel, producteur, bon p\u00e8re de famille, pratiquant traditionnaliste\u2026 L\u2019\u00e9galit\u00e9 doit \u00eatre pos\u00e9e \u00e0 l\u2019origine, comme un postulat, inconditionnel, et non \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e. Alors que, pour la libert\u00e9, c\u2019est l\u2019inverse\u00a0; elle n\u2019est pas postul\u00e9e existante, mais elle est construite socialement par des proc\u00e9dures juridiques (les libert\u00e9s publiques et l\u2019\u00c9tat de droit). D\u00e8s lors, le principe repr\u00e9sentatif doit \u00eatre repens\u00e9 comme une simple r\u00e8gle de gouvernement, et non comme principe fondateur de philosophie politique\u00a0: il doit \u00eatre respectueux des droits des minorit\u00e9s. Il s\u2019agit, \u00e0 travers l\u2019id\u00e9ologue des Lumi\u00e8res, de dissocier savoir et pouvoir, et de reconstruire le principe repr\u00e9sentatif qui ne doit pas \u00eatre le seul \u00e0 incarner la d\u00e9mocratie, mais se combiner avec le mandat imp\u00e9ratif du peuple et les multiples formes de d\u00e9mocratie directe.<\/p><p>Et pour terminer, \u00e0 m\u00e9diter, cette pens\u00e9e de Jean-Toussaint Desanti\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>Travailler \u00e0 pr\u00e9server cette essentielle <u>ind\u00e9cidabilit\u00e9<\/u>, c\u2019est en d\u00e9finitive maintenir ferme le p\u00f4le de la cr\u00e9ativit\u00e9 et de la mobilit\u00e9, sources de tous les engagements qui ne se figent pas dans l\u2019inerte<\/em>.\u00a0\u00bb.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9 : Depuis sa version primitive, la philosophie des Lumi\u00e8res, autoritaire, dominatrice, doit \u00eatre remani\u00e9e en une version contemporaine, n\u00e9cessaire et profond\u00e9ment transform\u00e9e, fond\u00e9e sur le respect des diff\u00e9rences, des trajectoires sensibles, al\u00e9atoires, marqu\u00e9es par les corps. Il faut d\u00e9construire la philosophie classique des Lumi\u00e8res, li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019Europe imp\u00e9rialiste, pour la reconstruire d\u00e9mocratiquement, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5199,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[41],"tags":[],"class_list":["post-5056","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-editorial-7"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5056","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5056"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5056\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5355,"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5056\/revisions\/5355"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5199"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5056"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5056"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5056"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}