{"id":5478,"date":"2026-10-12T12:53:03","date_gmt":"2026-10-12T12:53:03","guid":{"rendered":"https:\/\/lumi.univ-corse.fr\/?p=5478"},"modified":"2026-10-18T16:16:03","modified_gmt":"2026-10-18T16:16:03","slug":"deuxieme-table-ronde-dialogue-social-et-innovation-sociale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/deuxieme-table-ronde-dialogue-social-et-innovation-sociale\/","title":{"rendered":"Deuxi\u00e8me table ronde : Dialogue social et innovation sociale"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"5478\" class=\"elementor elementor-5478\" data-elementor-post-type=\"post\">\n\t\t\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-01cef39 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"01cef39\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-9bd384b elementor-widget elementor-widget-button\" data-id=\"9bd384b\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"button.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-button-wrapper\">\n\t\t\t\t\t<a class=\"elementor-button elementor-button-link elementor-size-sm\" href=\"https:\/\/lumi.univ-corse.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/4.-DEFIN.-PT-Table-ronde-2-Dialogue-social-et-innovation-sociale.pdf\">\n\t\t\t\t\t\t<span class=\"elementor-button-content-wrapper\">\n\t\t\t\t\t\t<span class=\"elementor-button-icon\">\n\t\t\t\t<i aria-hidden=\"true\" class=\"far fa-arrow-alt-circle-down\"><\/i>\t\t\t<\/span>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<span class=\"elementor-button-text\"> Visionner \/ T\u00e9l\u00e9charger la version PDF<\/span>\n\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-581195d e-con-full e-flex e-con e-parent\" data-id=\"581195d\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-fb02996 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"fb02996\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-ce10aa1 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"ce10aa1\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p><em>Avec les repr\u00e9sentants des organisations syndicales\u00a0: M. Jean Brignole du STC\u00a0; M. Charles Casabianca de la CGT\u00a0; M. Louis Ducreux de la CFDT\u00a0; Mme Marie-Jeanne Nicoli, Pr\u00e9sidente du CESEC. (M. Charles Zuccarelli, du MEDEF, \u00e9tant excus\u00e9).<\/em><\/p><p><strong>Intervention de Jean-Guy Talamoni, co-responsable scientifique \u00ab\u00a0Nouvelles lumi\u00e8res et innovation sociale\u00a0\u00bb<\/strong><\/p><p>La manifestation d\u2019aujourd\u2019hui et de demain est enti\u00e8rement consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019innovation sociale. L\u2019id\u00e9e n\u2019est pas de revenir sur la mani\u00e8re dont les choses fonctionnent aujourd\u2019hui, ni de refaire un constat sur les difficult\u00e9s actuelles dans le traitement de la question sociale. Nous n\u2019allons pas parler sp\u00e9cialement du RSA ou des dispositifs d\u00e9j\u00e0 en application. Ce qui nous int\u00e9resse ici, c\u2019est bien l\u2019innovation.<\/p><p>Depuis ce matin, vous en avez d\u00e9j\u00e0 eu deux illustrations fortes. La premi\u00e8re, tr\u00e8s concr\u00e8te, tr\u00e8s ancr\u00e9e dans la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est Territoires z\u00e9ro ch\u00f4meur de longue dur\u00e9e. La seconde, c\u2019est le revenu universel : un dispositif qui n\u2019est pas encore mis en \u0153uvre, mais que nous esp\u00e9rons voir entrer dans le concret le plus rapidement possible, au moins \u00e0 titre exp\u00e9rimental.<\/p><p>Je ne place pas tout \u00e0 fait ces deux sujets au m\u00eame niveau, bien s\u00fbr. Mais aujourd\u2019hui, ce que nous aimerions, c\u2019est interroger les responsables des principaux syndicats de Corse pour savoir ce qu\u2019ils pensent de ce que nous avons entendu depuis ce matin, et plus particuli\u00e8rement de Territoires z\u00e9ro ch\u00f4meur de longue dur\u00e9e et de l\u2019id\u00e9e du revenu universel.<\/p><p><strong>Intervention de Jean Brignole, repr\u00e9sentant du STC.<\/strong><\/p><p>Avant m\u00eame de parler d\u2019innovation ou de dialogue social, il faut rappeler une chose essentielle, tir\u00e9e de l\u2019exp\u00e9rience : le dialogue social ne se d\u00e9cr\u00e8te pas, il se construit. On peut avoir toutes les institutions, tous les m\u00e9canismes, toutes les commissions paritaires possibles ; si la volont\u00e9 de dialoguer n\u2019existe pas, on n\u2019y arrivera jamais. Quelles que soient les innovations, il faut d\u2019abord un \u00e9tat d\u2019esprit. Quand on s\u2019assoit autour d\u2019une table, il faut \u00eatre l\u00e0 pour \u00e9couter l\u2019autre, pour faire valoir ses points de vue, et pour essayer d\u2019avancer.<\/p><p>Aujourd\u2019hui, les moyens existent. Il y a un cadre, des pr\u00e9rogatives, des outils, un socle de travail commun. Quels que soient les partis ou les sensibilit\u00e9s, nous avons une base r\u00e9glementaire connue de tous. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 un point d\u2019appui. Mais, pour moi &#8211; et pour nous, par exp\u00e9rience -, le dialogue n\u2019existe vraiment que lorsque les parties ont envie de faire un bout de chemin ensemble, quel que soit le niveau : dans l\u2019entreprise, dans la branche, ou \u00e0 l\u2019\u00e9chelle territoriale. Nous sommes engag\u00e9s dans des discussions avec les organisations patronales dans certains domaines, et \u00e0 un moment donn\u00e9, la vraie question, c\u2019est : o\u00f9 veut-on aller ? Et veut-on y aller ensemble ? Si la r\u00e9ponse est oui, alors on peut discuter. Il ne s\u2019agit pas de faire des compromissions, mais de trouver des consensus. Ces consensus d\u00e9pendent toujours des interlocuteurs, de leur volont\u00e9 et du mandat qu\u2019ils ont pour n\u00e9gocier.<\/p><p><strong>Intervention de Louis Ducreux, repr\u00e9sentant de la CFDT.<\/strong><\/p><p>Je partage ce point de vue. Il est dommage que le versant patronal ne soit pas l\u00e0. Nous \u00e9changeons entre organisations, bien s\u00fbr, mais c\u2019est aussi important d\u2019\u00e9changer avec les repr\u00e9sentants du patronat, parce qu\u2019au fond, quand on parle d\u2019innovation sociale ou de revenu universel, nous, ce que nous demandons, c\u2019est qu\u2019il y ait du mieux dans l\u2019emploi et du mieux dans les salaires. Pour nous, l\u2019enjeu est l\u00e0. Quand on parle d\u2019innovation sociale et de protection sociale, cela doit toujours aller dans le sens de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Nos organisations sont dans le dialogue et dans la concertation pour parvenir \u00e0 quelque chose de positif pour l\u2019ensemble de la population. Je ne parle pas seulement des salari\u00e9s, mais aussi de ceux qui ne le sont pas. C\u2019est bien toute la population qui est concern\u00e9e par nos actions.<\/p><p><strong>Intervention de Charles Casabianca, repr\u00e9sentant de la CGT<\/strong><\/p><p>Je crois qu\u2019il faut aussi repartir de l\u2019histoire. L\u2019une des plus grandes innovations sociales, c\u2019est \u00e9videmment la cr\u00e9ation de la S\u00e9curit\u00e9 sociale en 1946. Elle a permis de prot\u00e9ger tout le monde. Cette avanc\u00e9e n\u2019est pas venue des march\u00e9s : elle est venue de la volont\u00e9 des salari\u00e9s eux-m\u00eames d\u2019am\u00e9liorer leur quotidien et d\u2019obtenir une v\u00e9ritable protection dans le travail.<\/p><p>Ensuite, il y a la question du dialogue social. Aujourd\u2019hui, on ne peut plus se permettre de ne pas discuter, dans une entreprise, entre employeurs et employ\u00e9s. Il faut un \u00e9change permanent, parce que les premiers acteurs de l\u2019innovation sociale, ce sont les salari\u00e9s eux-m\u00eames, car ils ont des id\u00e9es, des propositions, des solutions concr\u00e8tes \u00e0 mettre sur la table.<\/p><p>On ne peut donc pas concevoir d\u2019innovation sociale sans les salari\u00e9s. Cela me para\u00eet une \u00e9vidence. Puis il y a un autre outil essentiel : le Code du travail. Les salari\u00e9s ont des devoirs, bien s\u00fbr, mais ils ont aussi des droits. Et ces droits doivent \u00eatre appliqu\u00e9s. C\u2019est le minimum.<\/p><p>Quant \u00e0 l\u2019innovation technologique, si elle est l\u00e0 pour am\u00e9liorer les conditions de travail, alors il est logique qu\u2019elle contribue aussi \u00e0 am\u00e9liorer les salaires de ceux qui travaillent. Si l\u2019on r\u00e9duit la charge ou si l\u2019on am\u00e9liore la sant\u00e9 au travail, tr\u00e8s bien. Mais il faut aussi pouvoir vivre de son travail dans notre r\u00e9gion. Cela suppose de r\u00e9fl\u00e9chir aux salaires en fonction du co\u00fbt de la vie. Or, on constate aujourd\u2019hui que la vie, en Corse, est environ 20 % plus ch\u00e8re, sans que les salaires soient 20 % plus \u00e9lev\u00e9s. Il y a donc un diff\u00e9rentiel. Le salaire m\u00e9dian est d\u2019environ 1 850 euros, avec un \u00e9cart de 300 \u00e0 400 euros par rapport \u00e0 la r\u00e9gion parisienne. Ce sont des sujets dont nous devons discuter avec les partenaires.<\/p><p>Aujourd\u2019hui, qu\u2019ils ne soient pas l\u00e0 pour des raisons qui leur appartiennent, on peut le comprendre. Mais c\u2019est aussi notre quotidien. Ce que nous demandons, c\u2019est d\u2019avoir face \u00e0 nous des interlocuteurs avec qui nous puissions \u00e9changer, discuter, avancer. La lutte syndicale, c\u2019est aussi la recherche de compromis, des deux c\u00f4t\u00e9s, pour \u00e9voluer positivement.<\/p><p>Au fond, ce dont nous avons besoin, c\u2019est d\u2019une vraie discussion entre deux parties. Et qui dit discussion, dit forc\u00e9ment dialogue.<\/p><p><strong>Intervention de Jean-Guy Talamoni, co-responsable scientifique \u00ab\u00a0Nouvelles lumi\u00e8res et innovation sociale\u00a0\u00bb<\/strong><\/p><p>Nous ne sommes pas ici dans un d\u00e9bat g\u00e9n\u00e9ral sur les relations entre partenaires sociaux. Bien s\u00fbr, ces relations existent, elles fonctionnent parfois, parfois moins bien, et il peut aussi y avoir des chaises vides dans certaines n\u00e9gociations, dans telle entreprise ou tel secteur d\u2019activit\u00e9. Mais ce dont nous parlons aujourd\u2019hui, c\u2019est bien d\u2019innovation sociale. Autrement dit, de dispositifs ou de d\u00e9marches qui n\u2019existent pas encore pleinement \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 nous parlons, ou qui commencent tout juste \u00e0 entrer dans la r\u00e9alit\u00e9 sociale de la Corse &#8211; comme Territoires z\u00e9ro ch\u00f4meur de longue dur\u00e9e, qui existe d\u00e9j\u00e0 en Costa Verde, et dont nous proposons le d\u00e9veloppement ailleurs dans l\u2019\u00eele. \u00c9videmment, nous regrettons tous que le Medef ne puisse pas donner son point de vue sur l\u2019innovation sociale. Mais il ne s\u2019agit pas ici d\u2019un exercice classique de dialogue social, tel que vous pouvez le pratiquer dans vos responsabilit\u00e9s syndicales. Ce que nous vous demandons aujourd\u2019hui, c\u2019est plut\u00f4t de nous \u00e9clairer sur votre point de vue concernant ces deux d\u00e9marches &#8211; et peut-\u00eatre d\u2019autres aussi.<\/p><p>Je parle bien de d\u00e9marches qui nous conduisent vers un autre syst\u00e8me, partiellement ou totalement. La question du revenu universel, par exemple, est souvent pr\u00e9sent\u00e9e comme un changement de paradigme, voire comme une v\u00e9ritable r\u00e9volution sur le plan philosophique, et pas seulement dans les relations entre partenaires sociaux. L\u00e0, on est sur autre chose. \u00c0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on d\u00e9cide que tout le monde va percevoir un revenu universel &#8211; y compris ceux qui ne sont pas en difficult\u00e9, quitte ensuite \u00e0 ce qu\u2019ils le reversent par d\u2019autres m\u00e9canismes &#8211; on est bien face \u00e0 quelque chose qui change profond\u00e9ment les r\u00e8gles du jeu.<\/p><p>Ce que nous aimerions entendre de votre part &#8211; et ensuite de la part des repr\u00e9sentants des diff\u00e9rents secteurs d\u2019activit\u00e9, qu\u2019il s\u2019agisse du tourisme, de l\u2019agriculture ou encore de la sant\u00e9 &#8211; c\u2019est votre point de vue concret sur la mani\u00e8re de changer les choses. Et pas uniquement \u00e0 travers le dialogue social au sens habituel du terme, ni \u00e0 travers les compromis, qui font partie de votre quotidien depuis des ann\u00e9es, pour certains d\u2019entre vous. Ce n\u2019est pas de cela qu\u2019il s\u2019agit aujourd\u2019hui.<\/p><p>Ce dont nous parlons, ce sont de programmes, de projets, de d\u00e9marches qui peuvent modifier les choses en profondeur, voire radicalement. Car personne ne peut aujourd\u2019hui faire comme si tout allait normalement, comme si nous \u00e9tions dans une simple continuit\u00e9, comme si le monde poursuivait tranquillement son chemin. Ce n\u2019est pas le cas. On voit bien ce qui se passe \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire. Avant m\u00eame les crises g\u00e9opolitiques de ces derni\u00e8res semaines et de ces derniers mois, on voyait d\u00e9j\u00e0 arriver d\u2019autres bouleversements, notamment avec l\u2019irruption de l\u2019intelligence artificielle. Cela aussi, cela suscite des inqui\u00e9tudes. Marc de Basquiat, d\u2019ailleurs, ne semblait pas totalement trancher entre optimisme et pessimisme sur ce sujet. Mais ce qui est certain, c\u2019est qu\u2019il y aura des destructions d\u2019emplois. Nous le savons depuis longtemps, m\u00eame avant que l\u2019IA ne devienne un sujet central. Alors l\u2019IA, est-ce un probl\u00e8me ou une chance ? Tout d\u00e9pend du point de vue. Certains y voient un levier de transformation positive de nos vies. D\u2019autres s\u2019en inqui\u00e8tent. Quoi qu\u2019il en soit, nous sommes face \u00e0 des changements majeurs, \u00e0 des bouleversements sans doute profonds.<\/p><p>S\u2019agissant de Territoires Z\u00e9ro ch\u00f4meur de longue dur\u00e9e, nous y voyons d\u00e9j\u00e0 plus clair, parce que cela fonctionne. Sur certains territoires, nous sommes m\u00eame parvenus \u00e0 quelque chose d\u2019extr\u00eamement fort : l\u2019\u00e9radication compl\u00e8te du ch\u00f4mage de longue dur\u00e9e. C\u2019est pourquoi j\u2019aurais souhait\u00e9, au-del\u00e0 des remarques g\u00e9n\u00e9rales, avoir votre point de vue plus pr\u00e9cis sur ces questions-l\u00e0.<\/p><p><strong>Intervention de Louis Ducreux, repr\u00e9sentant de la CFDT<\/strong><\/p><p>Je pense que toutes ces innovations vont dans le bon sens. Quand on m\u2019a parl\u00e9 de Territoires z\u00e9ro ch\u00f4meur, par exemple, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 enthousiaste. Mais il y a un point qu\u2019il ne faut jamais oublier : l\u2019humain doit rester au centre. On a parl\u00e9 de l\u2019intelligence artificielle, mais avec l\u2019IA, il y aura aussi des probl\u00e8mes. Parce que, comme vous le savez, sur notre territoire comme sur l\u2019ensemble du territoire fran\u00e7ais, beaucoup de personnes n\u2019ont pas acc\u00e8s \u00e0 tous les outils techniques, au num\u00e9rique, \u00e0 Internet. On parle d\u2019ailleurs d\u2019illectronisme. Il ne faut pas confondre avec l\u2019illettrisme. L\u2019illectronisme, ce n\u2019est pas quelque chose de marginal. Ce ne sont pas seulement quelques personnes isol\u00e9es. C\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 bien pr\u00e9sente.<\/p><p>En Corse, il existe d\u00e9j\u00e0 des structures qui travaillent sur ces questions, notamment autour de l\u2019illettrisme, mais aussi de l\u2019illectronisme. Quand on parle d\u2019intelligence artificielle, cela m\u2019inqui\u00e8te. Je crains que, si l\u2019on ne forme pas les agents, les salari\u00e9s, et plus largement l\u2019ensemble de la population, on cr\u00e9e une fracture suppl\u00e9mentaire. Il faut donc \u00eatre tr\u00e8s attentif \u00e0 cela. Il faut absolument garder l\u2019humain au centre de tout.<\/p><p>Dans nos organisations syndicales, c\u2019est d\u2019ailleurs ce que nous essayons de faire. Nous si\u00e9geons dans diff\u00e9rents organismes qui interviennent sur la formation et son financement. C\u2019est de plus en plus difficile, parce que les moyens ne sont pas toujours \u00e0 la hauteur. Mais il faut faire en sorte de donner \u00e0 la population les moyens de se former, de s\u2019adapter, et de rester pleinement actrice.<\/p><p><strong>Intervention de Jean-Guy Talamoni, co-responsable scientifique \u00ab\u00a0Nouvelles lumi\u00e8res et innovation sociale\u00a0\u00bb<\/strong><\/p><p>Oui, effectivement, la question de l\u2019IA et de ses cons\u00e9quences fait vraiment partie du probl\u00e8me central.<\/p><p><strong>Intervention de Charles Casabianca, repr\u00e9sentant de la CGT<\/strong><\/p><p>On ne peut pas parler de projet de soci\u00e9t\u00e9 sans regarder la r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9mographique et \u00e9conomique qui est la n\u00f4tre. En Corse, on compte 100 000 retrait\u00e9s, 129 000 actifs, avec environ 1,2 cotisant pour un retrait\u00e9. C\u2019est une r\u00e9alit\u00e9. Alors l\u2019innovation sociale que vous appelez de vos v\u0153ux, pour moi, elle pose une question tr\u00e8s simple : soit on met les niveaux de salaire en ad\u00e9quation avec la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique, soit on continue \u00e0 faire comme si de rien n\u2019\u00e9tait. Parce qu\u2019il y a une chose essentielle : si les gens n\u2019ont pas d\u2019argent \u00e0 injecter dans l\u2019\u00e9conomie, il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9conomie. Et s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9conomie, il n\u2019y a ni entreprise, ni emploi. L\u2019innovation, ce pourrait \u00eatre quoi ? Ce pourrait \u00eatre, par exemple, z\u00e9ro ch\u00f4meur dans une micror\u00e9gion, \u00e0 travers des dispositifs qui permettent de remettre les gens dans l\u2019emploi. En r\u00e9alit\u00e9, Territoires z\u00e9ro ch\u00f4meur, c\u2019est cela : trouver des besoins utiles, des niches d\u2019activit\u00e9, qui permettent de remettre en emploi des personnes qui en sont sorties.<\/p><p>Mais il ne faut pas oublier non plus ceux qui sont d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019emploi. Aujourd\u2019hui, 40 % de la population corse vit avec environ 15 290 euros de revenus par an. C\u2019est une r\u00e9alit\u00e9. Dans ce contexte, comment faire de l\u2019innovation sociale, sinon en disant qu\u2019il faut augmenter les salaires, augmenter le pouvoir d\u2019achat, pour permettre \u00e0 chacun de consommer localement ?<\/p><p>Je parlais ce matin de l\u2019agriculture. Quand on a devant soi un produit corse et, \u00e0 c\u00f4t\u00e9, un produit import\u00e9 d\u2019Espagne moins cher, la r\u00e9alit\u00e9, pour quelqu\u2019un qui n\u2019a pas les moyens, c\u2019est qu\u2019il va vers le moins cher. C\u2019est logique.<\/p><p>Une innovation sociale, ce pourrait \u00eatre aussi de dire que tous les produits vendus en Corse devraient int\u00e9grer, dans leur prix ou dans leur valorisation, le caract\u00e8re social de leur conception et de leur production. Cela, ce serait une v\u00e9ritable innovation sociale.<\/p><p>La Corse pourrait peut-\u00eatre \u00eatre un laboratoire en la mati\u00e8re. Apr\u00e8s tout, c\u2019est une \u00eele. On pourrait imaginer une exp\u00e9rimentation ici, avant de l\u2019\u00e9tendre \u00e0 d\u2019autres territoires. Mais il ne faut pas se raconter d\u2019histoires : si l\u2019on n\u2019a pas les moyens financiers, si l\u2019on n\u2019a pas de pouvoir d\u2019achat, l\u2019innovation sociale, m\u00eame avec tous les robots du monde, ne r\u00e9glera rien.<\/p><p><strong>Intervention de Jean-Guy Talamoni, co-responsable scientifique \u00ab\u00a0Nouvelles lumi\u00e8res et innovation sociale\u00a0\u00bb<\/strong><\/p><p>L\u2019innovation sociale, ce n\u2019est pas installer des robots partout. Cela peut m\u00eame \u00eatre exactement l\u2019inverse, selon les points de vue. L\u2019innovation sociale, c\u2019est chercher \u00e0 r\u00e9pondre aux enjeux qui sont devant nous. Les robots, effectivement, font partie des probl\u00e8mes. Feront-ils partie des solutions ? Cela reste \u00e0 d\u00e9montrer. Mais en tout cas, l\u2019innovation dont nous parlons ici n\u2019est pas d\u2019abord technologique, elle est sociale.<\/p><p>Quand on parle de Territoires Z\u00e9ro ch\u00f4meur de longue dur\u00e9e, il s\u2019agit bien d\u2019un retour \u00e0 l\u2019emploi. Mais pas seulement. C\u2019est aussi un retour \u00e0 la consommation, un retour \u00e0 la vie sociale, un retour \u00e0 l\u2019autonomie. Parce que ces personnes, ces familles, qui \u00e9taient dans une situation de quasi-exclusion, voire d\u2019exclusion, reviennent dans la vie ordinaire. Elles peuvent de nouveau emprunter pour acheter une voiture, se d\u00e9placer, consommer, se projeter. C\u2019est important pour elles et leur famille, \u00e9videmment, mais aussi pour leur environnement social et \u00e9conomique. L\u00e0 o\u00f9 ces exp\u00e9rimentations ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es, dans les communaut\u00e9s de communes concern\u00e9es, on constate aussi une am\u00e9lioration \u00e9conomique plus globale. Il y a un mieux-\u00eatre d\u2019ensemble. Et ce mieux-\u00eatre, \u00e0 un moment donn\u00e9, peut aussi avoir des retomb\u00e9es positives sur la situation des salari\u00e9s. \u00c0 condition, bien s\u00fbr, que le b\u00e9n\u00e9fice ne soit pas capt\u00e9 ou d\u00e9tourn\u00e9 au passage.\u00a0 Au fond, ce que nous cherchons \u00e0 comprendre, c\u2019est comment on peut \u00e0 la fois sortir certaines personnes de la difficult\u00e9, et redonner de la vitalit\u00e9 \u00e9conomique aux bassins de vie dans lesquels elles se trouvent.<\/p><p>Je crois que Laurent Grandguillaume pourrait d\u2019ailleurs nous en parler plus pr\u00e9cis\u00e9ment, chiffres \u00e0 l\u2019appui, \u00e0 partir de l\u2019exemple d\u2019une communaut\u00e9 de communes o\u00f9 cela fonctionne d\u00e9j\u00e0.<\/p><p><strong>Intervention de Jean Brignole, repr\u00e9sentant du STC <\/strong><\/p><p>L\u2019innovation doit aussi se penser \u00e0 partir du territoire. Quand je disais tout \u00e0 l\u2019heure que le dialogue ne se d\u00e9cr\u00e8te pas mais se construit, je le maintiens. Parce que si l\u2019on s\u2019en tient aux textes, il y a du dialogue partout, tout le temps. Mais, dans les faits, ce dialogue est rarement constructif &#8211; ou alors tr\u00e8s peu. Tr\u00e8s souvent, en Corse, on en arrive \u00e0 dire que le simple fait d\u2019appliquer le Code du travail est d\u00e9j\u00e0 r\u00e9volutionnaire. C\u2019est paradoxal, mais c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9.<\/p><p>Pourquoi ? Parce que notre \u00e9conomie est compos\u00e9e en grande partie de tr\u00e8s petites entreprises. Elle est fragment\u00e9e, dispers\u00e9e sur le territoire. C\u2019est aussi pour cela que l\u2019absence des organisations patronales pose probl\u00e8me. En Corse, on discute depuis des ann\u00e9es de la port\u00e9e r\u00e9elle de la signature des organisations patronales. Je vais caricaturer un peu, mais une signature patronale en Corse n\u2019a pas forc\u00e9ment le m\u00eame poids qu\u2019ailleurs en France. Autrement dit, m\u00eame quand des accords sont conclus ici, ils ne sont pas toujours r\u00e9ellement suivis d\u2019effet. Ils ne sont pas valid\u00e9s dans les faits. On passe dessus, tout simplement.<\/p><p>On a d\u00e9j\u00e0 eu ce cas-l\u00e0 avec les indemnit\u00e9s de trajet. Elles ont \u00e9t\u00e9 valid\u00e9es en 2009, puis revalid\u00e9es en 2020, de nouveau en 2023, et peut-\u00eatre encore cette ann\u00e9e. Concr\u00e8tement, on voit bien que certaines organisations ont sign\u00e9. Cela a une valeur juridique, avec arr\u00eat\u00e9s minist\u00e9riels, extensions et tout le reste. Pourtant, dans les faits, ce n\u2019est pas appliqu\u00e9.<\/p><p>\u00c0 partir du moment o\u00f9 on veut faire du dialogue social &#8211; un vrai dialogue social &#8211; il faut que ce dialogue repose sur la r\u00e9alit\u00e9. Aujourd\u2019hui, la base de r\u00e9f\u00e9rence des salaires en Corse, c\u2019est encore le SMIC. Or, en quatre ans, depuis le Covid, le SMIC a augment\u00e9, mais les grilles salariales, elles, n\u2019ont pas suivi. Pour \u00eatre clair, des gens qui \u00e9taient hier 200 euros au-dessus du SMIC se retrouvent aujourd\u2019hui quasiment au niveau du SMIC. Voil\u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Donc si on veut construire quelque chose demain, il faut le faire avec des gens qui soient au m\u00eame niveau de compr\u00e9hension du probl\u00e8me et au m\u00eame niveau d\u2019engagement.<\/p><p>Nous, organisations syndicales, nous sommes des contre-pouvoirs. Nous ne sommes pas des gestionnaires. Nous sommes l\u00e0 pour dire sur quels leviers on peut agir. Mais le premier levier, vous l\u2019avez dit, c\u2019est le revenu. Quand on remet quelqu\u2019un dans l\u2019emploi, il participe \u00e0 l\u2019\u00e9conomie. En revanche, quand on est au SMIC, on y participe tr\u00e8s peu. Quand on est au SMIC \u00e0 temps partiel, sur six ou sept mois dans l\u2019ann\u00e9e, on y participe encore moins.<\/p><p>Derri\u00e8re tout cela, il y a en r\u00e9alit\u00e9 un choix de soci\u00e9t\u00e9. Il y a un choix \u00e9conomique \u00e0 faire : est-ce qu\u2019on veut que les gens puissent vivre de leur travail ? C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 qu\u2019on peut ensuite discuter de compl\u00e9mentarit\u00e9, de revenu universel, ou de toute autre forme de soutien, en consid\u00e9rant que le travail doit aussi permettre \u00e0 ceux qui le souhaitent d\u2019aller plus loin et de produire davantage de richesse. Aujourd\u2019hui, on parle d\u2019un d\u00e9ficit par rapport aux autres territoires fran\u00e7ais. M\u00eame lorsqu\u2019on parvient \u00e0 signer des accords, il reste tr\u00e8s difficile de les faire appliquer par l\u2019ensemble des ressortissants cens\u00e9s \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9s par les organisations signataires.<\/p><p>Entre organisations syndicales, on peut \u00eatre d\u2019accord sur certaines choses, et tr\u00e8s souvent on ne l\u2019est pas sur d\u2019autres. Mais le dialogue social ne se construit vraiment que lorsqu\u2019on est capable, dans certaines branches, de dire : sur la p\u00e9nibilit\u00e9, sur les contraintes, sur l\u2019innovation, sur l\u2019IA, il y a de vrais sujets, et il faut s\u2019en saisir.<\/p><p>Je me souviens par exemple qu\u2019en 2007, on avait mis en place une commission paritaire dans l\u2019h\u00f4tellerie. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait la seule qui existait en France. Elle a v\u00e9cu un temps, puis elle a disparu. Mais cela montrait qu\u2019on pouvait innover, aller au-del\u00e0 du Code du travail et des conventions collectives, \u00e0 condition de cr\u00e9er les conditions du dialogue.<\/p><p>La premi\u00e8re condition, c\u2019est simple : quand des gens signent un accord, il faut que cette signature ait une valeur r\u00e9elle, qu\u2019elle soit respect\u00e9e et qu\u2019elle soit applicable. C\u2019est le vrai probl\u00e8me. Je parlais tout \u00e0 l\u2019heure des indemnit\u00e9s de trajet : c\u2019est exactement cela. Des accords ont \u00e9t\u00e9 sign\u00e9s, mais ils ne sont pas appliqu\u00e9s. Sign\u00e9s par les m\u00eames organisations, patronales et syndicales, puis laiss\u00e9s lettre morte.<\/p><p>La r\u00e9alit\u00e9 est l\u00e0. Si on doit innover, il faut donc commencer par innover sur ce point-l\u00e0 : se donner de vrais moyens de discuter et surtout d\u2019aboutir \u00e0 de vrais r\u00e9sultats. Pas simplement encha\u00eener les r\u00e9unions. On peut faire des r\u00e9unions les unes apr\u00e8s les autres ; si chacun reste camp\u00e9 sur sa position, rien n\u2019avance. En Corse, Marc de Basquiat a parl\u00e9 d\u2019un territoire bien d\u00e9limit\u00e9. On conna\u00eet les caract\u00e9ristiques des micro-r\u00e9gions, on conna\u00eet la mani\u00e8re dont leur \u00e9conomie fonctionne. Il faut donc se donner des moyens originaux pour trouver les bons leviers du dialogue social.<\/p><p><strong>Intervention de Patrice Terramorsi, co-responsable scientifique \u00ab\u00a0Nouvelles lumi\u00e8res et innovation sociale\u00a0\u00bb<\/strong><\/p><p>Si je r\u00e9sume les diff\u00e9rentes prises de parole, vous disiez notamment que les syndicats sont d\u2019abord un contre-pouvoir, au service de la d\u00e9fense des droits des salari\u00e9s. C\u2019est \u00e9videmment le c\u0153ur de votre activit\u00e9 quotidienne, avec toutes les situations urgentes ou difficiles auxquelles vous \u00eates confront\u00e9s. Malgr\u00e9 cela, il y a aussi eu, par le pass\u00e9, des moments o\u00f9 vous avez pu aller au-del\u00e0 et innover. Parmi les \u00e9l\u00e9ments qui reviennent, il y a cette question de la confiance vis-\u00e0-vis du partenaire. Vous disiez en substance : pourquoi des partenaires s\u2019engagent-ils puis reviennent-ils ensuite sur leurs engagements ? Pourquoi cette non-application, et surtout : comment d\u00e9passer ce blocage ?<\/p><p><strong>Intervention de Jean Brignole, repr\u00e9sentant du STC <\/strong><\/p><p>Pour nous, au STC, la vraie question est celle-ci : est-ce qu\u2019il existe encore des chances r\u00e9elles de prise en compte des sp\u00e9cificit\u00e9s de nos territoires ? Aujourd\u2019hui, il est tr\u00e8s difficile d\u2019innover. Et quand on parle d\u2019innovation, il faut \u00eatre clair : innover, c\u2019est aller vers le haut, pas vers le bas. Parce que trop souvent, quand on revendique, par exemple, un SMIC corse mieux disant que SMIC national, on nous r\u00e9pond qu\u2019on pourrait \u00e9ventuellement discuter d\u2019un SMIC moins disant. \u00c9videmment, cela ne correspond en rien \u00e0 notre conception des choses.<\/p><p>L\u2019innovation, elle passe aussi par la possibilit\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle territoriale, de mettre en place de v\u00e9ritables structures de dialogue social. Mais pour qu\u2019elles soient efficaces, il faut que leur objectif ne soit pas simplement de r\u00e9unir des gens autour d\u2019une table. Le but, c\u2019est de trouver des accords, quand c\u2019est possible. Pour trouver des accords, il faut des moyens, et surtout des interlocuteurs stables. Parce que quand vous participez \u00e0 des discussions o\u00f9, chaque mois, ce ne sont jamais les m\u00eames personnes qui s\u2019assoient autour de la table, au bout d\u2019un moment, vous savez que la n\u00e9gociation ne peut pas avancer. Alors que lorsque les n\u00e9gociateurs sont l\u00e0 du d\u00e9but \u00e0 la fin, on n\u2019a pas besoin de tout recommencer \u00e0 chaque s\u00e9ance, ni de refaire le film en permanence. Changer d\u2019interlocuteurs en cours de route, ce n\u2019est pas acceptable. C\u2019est m\u00eame une forme de non-respect. Nous l\u2019avons dit \u00e0 plusieurs reprises aux organisations patronales : ce n\u2019est pas une mani\u00e8re efficace de travailler. Quand des personnes commencent une n\u00e9gociation, elles doivent aussi la terminer. C\u2019est aussi une mani\u00e8re de faire avancer les choses.<\/p><p><strong>Intervention de Charles Casabianca, repr\u00e9sentant de la CGT<\/strong><\/p><p>Sur les innovations sociales, je vais prendre un exemple tr\u00e8s concret : l\u2019inclusion scolaire.<\/p><p>C\u2019est une innovation sociale importante. Il s\u2019agit de permettre \u00e0 des enfants en difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre inclus dans le syst\u00e8me scolaire, d\u2019avoir une scolarit\u00e9 aussi normale que possible. Mais cette inclusion se fait aujourd\u2019hui gr\u00e2ce \u00e0 des personnes qui gagnent parfois 900 euros par mois. Posons la question clairement : est-il normal qu\u2019une innovation sociale, aussi importante soit-elle, repose sur des travailleurs r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s en dessous du seuil de pauvret\u00e9, qui est autour de 1 065 euros ? Pour nous, quand on regarde cela, on ne peut pas parler d\u2019innovation sociale. Nous sommes face \u00e0 une r\u00e9gression sociale.<\/p><p>Il faut aussi rappeler une r\u00e9alit\u00e9 structurelle : 95 % des entreprises corses comptent moins de 10 salari\u00e9s. Pourtant, en face, on a souvent, dans les discussions c\u00f4t\u00e9 patronal, des gens qui dirigent des PME importantes, des holdings, des groupes, et qui imposent leur politique. Or cette politique n\u2019est pas celle des 95 % de petites entreprises, qui ont d\u2019autres probl\u00e9matiques, d\u2019autres contraintes, d\u2019autres besoins. L\u2019innovation sociale, pour moi, ce serait d\u00e9j\u00e0 d\u2019avoir des interlocuteurs fiables, des r\u00e9unions r\u00e9guli\u00e8res, et des discussions pragmatiques sur la situation \u00e9conomique r\u00e9elle, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e. On ne demande pas la lune. On demande simplement de pouvoir se retrouver autour d\u2019une table pour discuter s\u00e9rieusement. Si je devais r\u00e9sumer, je dirais presque que, dans le contexte actuel, l\u2019innovation sociale, ce serait d\u00e9j\u00e0 d\u2019avoir une vraie table de dialogue.<\/p><p><strong>Intervention de Patrice Terramorsi, co-responsable scientifique \u00ab\u00a0Nouvelles lumi\u00e8res et innovation sociale\u00a0\u00bb<\/strong><\/p><p>Si je comprends bien, votre contribution \u00e0 l\u2019innovation sociale consiste aussi \u00e0 veiller aux conditions qui accompagnent ces innovations, mais \u00e9galement \u00e0 contribuer plus directement \u00e0 la r\u00e9flexion sur la soci\u00e9t\u00e9 et sur les orientations collectives. Ce qui manque aujourd\u2019hui, c\u2019est un appui, des structures, notamment \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale, capables d\u2019accueillir cet espace de r\u00e9flexion. C\u2019est peut-\u00eatre un espace \u00e0 cr\u00e9er.<\/p><p><strong>Intervention de Charles Casabianca, repr\u00e9sentant de la CGT<\/strong><\/p><p>La probl\u00e9matique, aujourd\u2019hui, est de mettre en place un syst\u00e8me permettant de v\u00e9rifier, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, o\u00f9 nous en sommes sur le plan \u00e9conomique et ce que l\u2019on pourrait faire pour am\u00e9liorer concr\u00e8tement les conditions de vie des gens.<\/p><p>Vous parliez tout \u00e0 l\u2019heure de retour \u00e0 l\u2019emploi et d\u2019acc\u00e8s au cr\u00e9dit. Tr\u00e8s bien, mais encore faut-il regarder la r\u00e9alit\u00e9 en face. Quand on vit avec le SMIC, acheter une voiture, par exemple, suppose souvent de se tourner vers un v\u00e9hicule d\u2019occasion. Il faut dire les choses telles qu\u2019elles sont. Derri\u00e8re cela, il y a aussi tout le syst\u00e8me bancaire. Prenons un exemple tr\u00e8s concret : les CDI dans l\u2019\u00c9ducation nationale. J\u2019en parle en tant qu\u2019enseignant. Le jour o\u00f9 les banques comprendront qu\u2019un CDI dans l\u2019\u00c9ducation nationale n\u2019a, dans les faits, presque aucune valeur, elles n\u2019accorderont m\u00eame plus de cr\u00e9dit pour acheter une voiture \u00e0 celles et ceux qui en b\u00e9n\u00e9ficient. Ce sont des mots que l\u2019on pose, comme \u00e7a : contractualisation, stabilit\u00e9, emploi. Mais, dans la r\u00e9alit\u00e9, cette contractualisation recouvre souvent des emplois sous-pay\u00e9s pour un m\u00eame travail, et ce n\u2019est pas normal.<\/p><p>Il faut donc aller vers un syst\u00e8me d\u2019innovation, comme vous le dites, et il faut le mettre en place. Mais la premi\u00e8re des innovations, c\u2019est le dialogue : dialoguer, mettre les interlocuteurs autour de la table. C\u2019est aussi l\u2019un des r\u00f4les des syndicats : faire valoir les droits des travailleurs, mais aussi d\u00e9fendre leurs conditions de travail. Car tout cela entra\u00eene des cons\u00e9quences, sur les personnes, sur les accidents de la vie, et plus largement sur l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9. Au fond, pour nous, l\u2019innovation commence autour d\u2019une table, avec des interlocuteurs capables d\u2019\u00e9changer.<\/p><p><strong>Intervention de Louis Ducreux, repr\u00e9sentant de la CFDT<\/strong><\/p><p>Lorsqu\u2019on pense \u00e0 l\u2019innovation sociale, n\u00e9cessairement cela induit une notion de progr\u00e8s social.<\/p><p><strong>Intervenante dans le public &#8211; Marie-Jos\u00e9e Salvadori, repr\u00e9sentante de l&rsquo;union r\u00e9gionale CFDT de la Corse<\/strong><\/p><p>Pour r\u00e9sumer ce qui a \u00e9t\u00e9 dit, il appara\u00eet d\u00e9j\u00e0 que, pour faire de l\u2019innovation, encore faut-il que certaines conditions soient r\u00e9unies. Or, de toute \u00e9vidence, tout le monde semble s\u2019accorder \u00e0 dire qu\u2019il n\u2019existe pas aujourd\u2019hui les conditions d\u2019un v\u00e9ritable dialogue social : il est tr\u00e8s d\u00e9ficitaire. On peut citer \u00e0 ce titre l\u2019ITRC, l\u2019indemnit\u00e9 de trajet en Corse, qui constituait \u00e0 l\u2019origine une v\u00e9ritable innovation. En effet, elle a permis d\u2019obtenir un droit qui n\u2019existe pas sur le continent : une compensation destin\u00e9e \u00e0 pallier l\u2019absence de mobilit\u00e9 collective organis\u00e9e pour les salari\u00e9s vivant \u00e0 plus de 20 kilom\u00e8tres de leur domicile. C\u2019\u00e9tait quelque chose d\u2019important, d\u2019innovant, et nous avons m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 en obtenir l\u2019extension, c\u2019est-\u00e0-dire la possibilit\u00e9 de l\u2019appliquer sur le continent. Mais force est de constater que, pour diverses raisons &#8211; la p\u00e9riode Covid notamment &#8211; cette indemnit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 interrompue, et il a fallu ren\u00e9gocier. Aujourd\u2019hui, cela fait d\u00e9j\u00e0 trois ou quatre fois que le repr\u00e9sentant des employeurs, le MEDEF, demande le report de la r\u00e9union cens\u00e9e r\u00e9\u00e9valuer cette indemnit\u00e9. Pourtant, cette r\u00e9union est importante. En ce sens, on peut parler d\u2019un \u00e9chec de l\u2019innovation.<\/p><p>Sur la question du revenu universel, il faut rappeler que nous sommes dans un d\u00e9partement qui conna\u00eet un taux particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9crochage scolaire. Ce que notre organisation d\u00e9fend au niveau national, et qui pourrait \u00eatre appliqu\u00e9 assez facilement en Corse, c\u2019est l\u2019id\u00e9e d\u2019un revenu destin\u00e9 aux plus jeunes. J\u2019ai vu qu\u2019il \u00e9tait question d\u2019un dispositif \u00e0 partir de 18 ans, mais, selon nous, cela pourrait intervenir plus t\u00f4t, d\u00e8s 16 ans. L\u2019id\u00e9e serait d\u2019accorder un revenu d\u2019accompagnement \u00e0 ces jeunes, en lien avec les missions locales, afin de leur donner les moyens d\u2019entrer d\u00e9cemment dans le monde du travail, avec des formations capables de casser les m\u00e9canismes du d\u00e9crochage et de leur permettre de retrouver une vie sociale, puis de s\u2019ins\u00e9rer dans la vie \u00e9conomique.<\/p><p>Il y a donc l\u00e0 une vraie piste \u00e0 creuser : comment rompre cette spirale infernale de jeunes qui d\u00e9crochent, se retrouvent sans formation et finissent par errer sans perspective ? C\u2019est une question centrale. Car les salari\u00e9s de demain sont les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui, et il faut agir de mani\u00e8re volontariste sur ce sujet.<\/p><p>Concernant les territoires z\u00e9ro ch\u00f4meur, les t\u00e9moignages entendus ce matin peuvent effectivement para\u00eetre encourageants. Mais nous avons aussi constat\u00e9 qu\u2019\u00e0 la base de ces dispositifs, il y a un b\u00e9n\u00e9volat tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9. Sans b\u00e9n\u00e9volat, cela peut devenir difficile. Il faut donc continuer \u00e0 travailler sur les moyens de le soutenir. On peut imaginer des formations pour les b\u00e9n\u00e9voles afin d\u2019encourager davantage de personnes \u00e0 s\u2019engager. Car, dans nos organisations comme dans les associations avec lesquelles nous sommes en contact, nous constatons une v\u00e9ritable difficult\u00e9 \u00e0 recruter ou \u00e0 renouveler le b\u00e9n\u00e9volat. Former, accompagner et inciter au b\u00e9n\u00e9volat pourrait donc aider au d\u00e9veloppement de ce type de dispositifs, m\u00eame si rien ne garantit que cela suffira.<\/p><p><strong>Intervention de Jean-Guy Talamoni, co-responsable scientifique \u00ab\u00a0Nouvelles lumi\u00e8res et innovation sociale\u00a0\u00bb<\/strong><\/p><p>Sur ce point, vous avez mis le doigt sur un probl\u00e8me essentiel. D\u2019abord, le d\u00e9crochage, qui frappe particuli\u00e8rement la Corse. Ensuite, la question du b\u00e9n\u00e9volat, qui est, elle aussi, absolument majeure. On se rend compte qu\u2019il existe l\u00e0 un v\u00e9ritable gisement pour nos soci\u00e9t\u00e9s. Beaucoup de personnes seraient pr\u00eates \u00e0 s\u2019engager b\u00e9n\u00e9volement dans un cadre associatif. Dans certaines structures, comme Corsica Sulidaria, il n\u2019y a que des b\u00e9n\u00e9voles. Il existe bien d\u2019autres exemples. Il ne s\u2019agit donc pas de pointer du doigt ceux qui fonctionnent diff\u00e9remment, mais de reconna\u00eetre qu\u2019il existe des potentialit\u00e9s immenses d\u00e8s lors qu\u2019on sollicite les gens et qu\u2019on leur propose une formation adapt\u00e9e.<\/p><p>Il faut \u00e9galement d\u00e9construire cette id\u00e9e de l\u2019agent \u00e9conomique uniquement guid\u00e9 par son int\u00e9r\u00eat personnel, une id\u00e9e qui a fini par s\u2019imposer comme une v\u00e9rit\u00e9 indiscutable alors qu\u2019elle est tr\u00e8s contestable. Non, les gens ne fonctionnent pas seulement \u00e0 partir de leur int\u00e9r\u00eat individuel. Il existe aussi une capacit\u00e9 de don, de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, d\u2019engagement. Bien s\u00fbr, on ne peut pas toujours demander aux m\u00eames, ni leur demander tout. Mais cette disposition existe bel et bien.<\/p><p>De la m\u00eame mani\u00e8re, le m\u00e9c\u00e9nat ne se r\u00e9sume pas toujours \u00e0 une logique int\u00e9ress\u00e9e. Il peut fonctionner comme un syst\u00e8me gagnant-gagnant, certes, mais on rencontre aussi de v\u00e9ritables philanthropes, c\u2019est-\u00e0-dire des personnes qui donnent de leur argent, de leur temps, de leurs comp\u00e9tences et de leurs moyens sans attendre le moindre retour. Le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019on a fini par nous faire croire que cela n\u2019existait pas, que tout engagement cachait n\u00e9cessairement un int\u00e9r\u00eat. Or c\u2019est faux. Et c\u2019est bien pour cela qu\u2019il est central de prendre conscience de ce potentiel repr\u00e9sent\u00e9 par le b\u00e9n\u00e9volat, puis de l\u2019accompagner par la formation et la sollicitation. Ce n\u2019est pas toute la solution, mais c\u2019en est ind\u00e9niablement une part.<\/p><p><strong>Intervention dans le public \u2013 Marie-Jeanne Nicoli, pr\u00e9sidente du CESEC<\/strong><\/p><p>Je vais apporter un \u00e9clairage peut-\u00eatre un peu en d\u00e9calage avec la question du dialogue social, mais qui ouvre une piste int\u00e9ressante. \u00c0 travers les travaux men\u00e9s collectivement, notamment des travaux prospectifs, la question du rapport au travail a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9e. Ce n\u2019est pas exactement la m\u00eame chose que le dialogue social, mais c\u2019est un sujet proche. Une piste m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre explor\u00e9e : celle des modalit\u00e9s d\u2019organisation du travail, en particulier dans l\u2019\u00e9conomie sociale et solidaire, avec soci\u00e9t\u00e9s coop\u00e9ratives.<\/p><p>Le fait que les salari\u00e9s soient propri\u00e9taires de leur outil de travail modifie en profondeur leur rapport au travail. C\u2019est une voie int\u00e9ressante, car elle peut aussi favoriser l\u2019ouverture, comme on l\u2019a vu par exemple avec la Friche de la Belle de Mai, o\u00f9 l\u2019on trouve une forme de tiers-lieu permettant la mutualisation, les projets communs et de nouvelles mani\u00e8res de travailler ensemble. Il ne s\u2019agit pas forc\u00e9ment de polyvalence, mais plut\u00f4t de projets susceptibles de transformer la relation de la personne \u00e0 son travail, \u00e0 son salaire et \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 ma\u00eetriser davantage sa situation.<\/p><p>Cette piste avait \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e comme particuli\u00e8rement int\u00e9ressante, m\u00eame si elle n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 v\u00e9ritablement travaill\u00e9e. Elle ne r\u00e9pond pas exactement au sujet de d\u00e9part, mais elle constitue malgr\u00e9 tout, \u00e0 mon sens, une piste d\u2019innovation importante.<\/p><p><strong>Intervention de Jean-Guy Talamoni, co-responsable scientifique \u00ab\u00a0Nouvelles lumi\u00e8res et innovation sociale\u00a0\u00bb<\/strong><\/p><p>Ce n\u2019est pas du tout hors sujet. En r\u00e9alit\u00e9, m\u00eame si cela existe depuis longtemps, la question des coop\u00e9ratives reste pleinement pertinente. Les coop\u00e9ratives existent depuis longtemps, certes, mais elles n\u2019en constituent pas moins une modalit\u00e9 d\u2019organisation profond\u00e9ment ext\u00e9rieure, sur le plan philosophique, \u00e0 l\u2019id\u00e9e ultralib\u00e9rale et \u00e0 la logique capitaliste, m\u00eame si elles se d\u00e9veloppent depuis toujours dans un environnement capitaliste.<\/p><p>\u00c0 cet \u00e9gard, on peut penser aux travaux d\u2019Erik Olin Wright, universitaire am\u00e9ricain disparu il y a peu, qui a consacr\u00e9 un ouvrage important \u00e0 la notion d\u2019utopies r\u00e9elles. Il y d\u00e9crit diff\u00e9rentes formes de ce qu\u2019il appelle l\u2019\u00ab \u00e9rosion du capitalisme \u00bb. Son id\u00e9e est la suivante : le syst\u00e8me f\u00e9odal n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 du jour au lendemain par le syst\u00e8me capitaliste. Il y a eu une \u00e9volution progressive, jusqu\u2019au moment o\u00f9 le syst\u00e8me f\u00e9odal a perdu sa position dominante. Selon lui, il pourrait en aller de m\u00eame pour le syst\u00e8me actuel, dont nous percevons aujourd\u2019hui de plus en plus clairement les d\u00e9fauts majeurs. Ce syst\u00e8me ne dispara\u00eetra peut-\u00eatre pas brutalement, mais il peut \u00eatre progressivement fragilis\u00e9 par des initiatives de ce type. Les coop\u00e9ratives en font partie, bien s\u00fbr : elles ne sont pas nouvelles, mais elles m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre renforc\u00e9es. On peut aussi penser \u00e0 certaines exp\u00e9riences plus r\u00e9centes ou plus visibles. Wikip\u00e9dia, par exemple, a compl\u00e8tement boulevers\u00e9, voire d\u00e9truit, le march\u00e9 traditionnel de l\u2019encyclop\u00e9die. L\u00e0, nous sommes face \u00e0 un syst\u00e8me radicalement oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019esprit du capitalisme ultralib\u00e9ral. Cela a fonctionn\u00e9 au-del\u00e0 de ce que beaucoup imaginaient, y compris pour ceux &#8211; notamment des entreprises &#8211; qui dominaient auparavant ce march\u00e9.<\/p><p>Tout cela montre que ces exp\u00e9riences, mises bout \u00e0 bout, comptent. On parle des coop\u00e9ratives, de Wikip\u00e9dia, peut-\u00eatre demain du revenu universel, des territoires z\u00e9ro ch\u00f4meur de longue dur\u00e9e. Cet ensemble de d\u00e9marches peut d\u00e9j\u00e0 am\u00e9liorer concr\u00e8tement la vie des individus, tout en pr\u00e9parant autre chose pour demain. Bien s\u00fbr, il peut aussi se produire des ruptures beaucoup plus brutales. Compte tenu de la mani\u00e8re dont \u00e9volue la situation actuelle, nul ne peut exclure que surviennent, dans six mois, dans un an ou dans deux ans, des bouleversements plus radicaux. Mais cela, personne ne peut le pr\u00e9voir. En attendant, il faut pr\u00e9parer la soci\u00e9t\u00e9 de demain. C\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit au fond : pr\u00e9parer l\u2019avenir \u00e0 travers des formes d\u2019innovation sociale.<\/p><p><strong>Intervention de Louis Ducreux, repr\u00e9sentant de la CFDT<\/strong><\/p><p>\u00c0 ce propos, on peut aussi mentionner les tiers-lieux. Il en existe partout en Corse, mais ils sont sans doute encore trop peu connus. Il faudrait mieux les faire conna\u00eetre pour permettre aux gens de s\u2019y rencontrer davantage. On voit \u00e9galement \u00e9merger des initiatives locales tr\u00e8s concr\u00e8tes, comme certains jardins agricoles port\u00e9s dans une logique presque associative, avec des pratiques raisonn\u00e9es, sans pesticides. Tout cela rel\u00e8ve aussi de l\u2019innovation sociale.<\/p><p><strong>Intervention dans le public<\/strong><\/p><p>Pour reprendre ce qui a \u00e9t\u00e9 dit \u00e0 plusieurs reprises, il est clair que, pour faire de l\u2019innovation sociale, il faut un dialogue social de qualit\u00e9. Or, pour qu\u2019il y ait dialogue &#8211; qu\u2019il soit social ou d\u2019une autre nature &#8211; encore faut-il parler la m\u00eame langue. C\u2019est l\u00e0 l\u2019un des probl\u00e8mes : les repr\u00e9sentants patronaux et les repr\u00e9sentants syndicaux ne parlent souvent pas le m\u00eame langage, faute de culture commune en mati\u00e8re de dialogue social.<\/p><p>Les organisations syndicales forment leurs repr\u00e9sentants \u00e0 la n\u00e9gociation. Certaines organisations patronales font de m\u00eame. Mais ces formations se d\u00e9veloppent s\u00e9par\u00e9ment, selon des r\u00e9f\u00e9rences diff\u00e9rentes, et l\u2019on ne parle donc pas toujours du m\u00eame dialogue. Ce qu\u2019il faudrait, c\u2019est r\u00e9unir dans une m\u00eame salle des repr\u00e9sentants des salari\u00e9s et des repr\u00e9sentants du patronat, afin de les acculturer ensemble \u00e0 la n\u00e9gociation collective. Lorsqu\u2019on le fait &#8211; et cela a pu \u00eatre exp\u00e9riment\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 l\u2019Aract &#8211; on constate que la qualit\u00e9 du dialogue social s\u2019am\u00e9liore tr\u00e8s nettement.<\/p><p>D\u2019ailleurs, des formations vont prochainement \u00eatre mises en place \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Corse pour transmettre cette culture de la n\u00e9gociation collective aux futurs employeurs et entrepreneurs, issus de cette Universit\u00e9, notamment \u00e0 travers le CFA universitaire. C\u2019est une piste importante, car pour pouvoir s\u2019entendre, il faut d\u2019abord disposer d\u2019un langage commun.<\/p><p><strong>Intervention dans le public <\/strong><\/p><p>J\u2019ai une autre pr\u00e9occupation au sujet de l\u2019innovation sociale dans le domaine du travail. Dans l\u2019histoire, la seule force capable d\u2019innover dans ce domaine a \u00e9t\u00e9 le syndicalisme. Si l\u2019on pense \u00e0 la S\u00e9curit\u00e9 sociale, aux cong\u00e9s pay\u00e9s ou \u00e0 l\u2019ensemble des grandes avanc\u00e9es sociales, ce sont presque toujours les repr\u00e9sentants des travailleurs qui ont port\u00e9 ces innovations. Il a \u00e9t\u00e9 dit avec justesse qu\u2019une innovation n\u2019a r\u00e9ellement de sens que si elle constitue un progr\u00e8s social.<\/p><p>Le probl\u00e8me, aujourd\u2019hui, c\u2019est que l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9, de l\u2019\u00e9conomie et du syst\u00e8me qui la structure a un peu marginalis\u00e9 le travail tel qu\u2019il \u00e9tait organis\u00e9 auparavant. La cr\u00e9ation de valeur ne repose plus majoritairement sur le travail humain. Et m\u00eame lorsqu\u2019il s\u2019agit de travail humain, celui-ci n\u2019est plus structur\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019au cours du XXe si\u00e8cle, lorsque l\u2019entreprise constituait un cadre collectif donnant aux travailleurs une v\u00e9ritable force d\u2019intervention. En Corse, cela est particuli\u00e8rement visible. On parle beaucoup des tr\u00e8s petites entreprises, mais il faut aussi prendre en compte tous ceux qui travaillent hors des formes classiques : les ind\u00e9pendants, les travailleurs \u00e0 la t\u00e2che, parfois les travailleurs non d\u00e9clar\u00e9s, ou simplement tous ceux qui ne sont pas salari\u00e9s directs d\u2019un employeur. Le travail n\u2019est plus organis\u00e9 comme il l\u2019\u00e9tait autrefois, et cela affaiblit la capacit\u00e9 collective des travailleurs \u00e0 porter des innovations et \u00e0 imposer des progr\u00e8s sociaux.<\/p><p>Pour autant, il est difficile d\u2019identifier aujourd\u2019hui d\u2019autres forces capables d\u2019assumer ce r\u00f4le que les syndicats. D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il serait utile de d\u00e9velopper, au minimum entre les organisations syndicales &#8211; et, si possible, avec l\u2019appui de la puissance publique &#8211; une r\u00e9flexion plus globale, qui ne se limite pas \u00e0 la seule d\u00e9fense des salari\u00e9s, mais englobe l\u2019ensemble de celles et ceux qui travaillent.<\/p><p>Il faut penser notamment aux personnes devenues les victimes de politiques de l\u2019emploi qui, pour faire baisser artificiellement les chiffres du ch\u00f4mage, ont pouss\u00e9 certains \u00e0 s\u2019installer comme auto-entrepreneurs sans qu\u2019ils en aient les comp\u00e9tences ou les moyens. Aujourd\u2019hui, on voit des personnes en grande difficult\u00e9, \u00e9cras\u00e9es par les charges li\u00e9es \u00e0 ce statut, priv\u00e9es en plus des protections sociales qu\u2019elles auraient pu conserver autrement. Cela ne concerne pas seulement les auto-entrepreneurs, cela vaut pour tous ceux qui travaillent \u00e0 la t\u00e2che, pour tous ceux qui ne sont pas directement salari\u00e9s d\u2019un employeur, mais qui travaillent malgr\u00e9 tout et tentent simplement de vivre de leur activit\u00e9.<\/p><p>Je pense que les syndicats peuvent porter une dynamique que d\u2019autres acteurs ne sont pas en mesure d\u2019assumer. Ils sont les seuls \u00e0 avoir, dans leur raison d\u2019\u00eatre m\u00eame, la d\u00e9fense des travailleurs. Ce sont donc eux qui peuvent imaginer des innovations permettant \u00e0 tous ceux qui travaillent de b\u00e9n\u00e9ficier de conditions de travail correctes.<\/p><p>Je vais prendre des exemples tr\u00e8s simples. Aujourd\u2019hui, on d\u00e9pense parfois beaucoup d\u2019\u00e9nergie et de moyens pour former \u00e0 la gestion des personnes qui n\u2019ont ni l\u2019envie ni la capacit\u00e9 de devenir gestionnaires. Or, si l\u2019on consacrait ces m\u00eames moyens \u00e0 leur fournir un service gratuit de gestion, on ne d\u00e9penserait sans doute pas davantage, mais on offrirait une solution concr\u00e8te \u00e0 des gens qui savent parfaitement exercer leur m\u00e9tier, manier une truelle ou une pioche, mais ne savent pas forc\u00e9ment utiliser un logiciel de comptabilit\u00e9, tenir un tableur Excel ou \u00e9tablir une facture. Autrement dit, il faudrait r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que la soci\u00e9t\u00e9 peut mettre en place pour permettre \u00e0 ceux qui travaillent dur simplement pour vivre de pouvoir r\u00e9ellement vivre de leur travail.<\/p><p><strong>Intervention de Jean-Guy Talamoni, co-responsable scientifique \u00ab\u00a0Nouvelles lumi\u00e8res et innovation sociale\u00a0\u00bb<\/strong><\/p><p>Bien s\u00fbr, les syndicats ont un r\u00f4le \u00e9vident \u00e0 jouer, mais les responsables politiques devraient eux aussi s\u2019y int\u00e9resser. Cela devrait relever de leur comp\u00e9tence g\u00e9n\u00e9rale. Certains s\u2019y int\u00e9ressent, il faut le reconna\u00eetre, m\u00eame si ce n\u2019est peut-\u00eatre pas encore suffisant.<\/p><p><strong>Intervention de Louis Ducreux, repr\u00e9sentant de la CFDT<\/strong><\/p><p>Une autre id\u00e9e importante a ensuite \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9e : lorsqu\u2019on parle d\u2019innovation sociale, il faut aussi penser au territoire.<\/p><p><strong>Intervention de Charles Casabianca, repr\u00e9sentant de la CGT<\/strong><\/p><p>Le b\u00e9n\u00e9volat a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9, et \u00e0 juste titre. Plus largement, c\u2019est tout le milieu associatif qui agit sur le terrain. Or, aujourd\u2019hui, ce sont surtout les personnes qui ne sont plus en activit\u00e9 qui peuvent s\u2019investir dans le b\u00e9n\u00e9volat, parce qu\u2019elles disposent du temps n\u00e9cessaire. Ceux qui travaillent, eux, ont beaucoup plus de difficult\u00e9 \u00e0 le faire. D\u00e8s lors, on pourrait imaginer un syst\u00e8me dans lequel les personnes qui s\u2019engagent b\u00e9n\u00e9volement tout en travaillant b\u00e9n\u00e9ficieraient d\u2019une forme de reconnaissance, ou dans lequel l\u2019entreprise recevrait une contrepartie lui permettant de lib\u00e9rer du temps pour ses salari\u00e9s engag\u00e9s. Cela permettrait de transmettre des savoirs, des savoir-faire, des comp\u00e9tences professionnelles. C\u2019est aussi une forme d\u2019innovation : donner du temps aux gens sans que cela se traduise pour eux par un manque \u00e0 gagner. En somme, mettre en place un syst\u00e8me v\u00e9ritablement gagnant-gagnant.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div data-particle_enable=\"false\" data-particle-mobile-disabled=\"false\" class=\"elementor-element elementor-element-922f1c3 e-con-full e-flex e-con e-parent\" data-id=\"922f1c3\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Visionner \/ T\u00e9l\u00e9charger la version PDF Avec les repr\u00e9sentants des organisations syndicales\u00a0: M. Jean Brignole du STC\u00a0; M. Charles Casabianca de la CGT\u00a0; M. Louis Ducreux de la CFDT\u00a0; Mme Marie-Jeanne Nicoli, Pr\u00e9sidente du CESEC. (M. Charles Zuccarelli, du MEDEF, \u00e9tant excus\u00e9). Intervention de Jean-Guy Talamoni, co-responsable scientifique \u00ab\u00a0Nouvelles lumi\u00e8res et innovation sociale\u00a0\u00bb La manifestation [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5489,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[44],"tags":[],"class_list":["post-5478","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-numero8"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5478","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5478"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5478\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5909,"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5478\/revisions\/5909"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5489"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5478"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5478"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/m3c.universita.corsica\/lumi\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5478"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}