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La nature joue un rôle essentiel dans la société corse. De quelqu'un qui oublie ses racines, ne dit-on pas : « Ùn cunnosce più a filetta » ? Cette exposition explore les liens entre l'homme et le végétal dans une société corse majoritairement agro-pastorale jusqu'à la seconde moitié du XXe siècle, sous l'angle de l'ethnobotanique et de l'ethnolinguistique.
Genèse de l'exposition

Un patrimoine vivant menacé d'oubli

Pendant des siècles, les Corses ont entretenu avec les plantes de leur territoire une relation profonde, faite de savoirs transmis oralement de génération en génération. Médecine, alimentation, construction, musique, croyances; le végétal était au cœur de chaque geste du quotidien.

C'est ce patrimoine immatériel, aujourd'hui fragilisé, que cette exposition cherche à documenter, valoriser et transmettre à travers le prisme croisé de l'ethnobotanique et de l'ethnolinguistique.

Démarche scientifique

Croiser les disciplines pour révéler les savoirs

Ce projet est né d'une collecte de terrain menée auprès des derniers dépositaires de ces savoirs. Chaque panneau croise données linguistiques, sources ethnographiques et analyses botaniques, sous l'angle de l'ethnobotanique et de l'ethnolinguistique. Les noms corses des plantes sont eux-mêmes des archives. La démarche interdisciplinaire vise à rendre accessibles des connaissances jusqu'ici éparses, en les ancrant dans leur contexte insulaire et méditerranéen. Cette exposition est le fruit d'un partenariat entre le Réseau Canopé de Corse, l'Université de Corse et le Conservatoire Botanique National de Corse (CBNC) de l'Office de l'environnement de la Corse, et a été financée par la Collectivité de Corse.

L'équipe dérrière l'exposition
Equipe Scientifique
Muriel Poli
Conception scientifique
Université de Corse - LISA UMR 6240
Marie-Françoise Saliceti
Conception scientifique
Université de Corse
Anne-Solen Gourdon
Conception scientifique
Conservatoire Botanique National de Corse
Caroline Favier-Vittori
Contribution
 
Isabelle Istria
Illustrations botaniques
 
Fabienne Terrone-Cianfarani
Scénographie & graphisme
Réseau Canopé de Corse
Zéïnab Aly Camara
Conception graphique
Etudiante · Università di Corsica
Neuf façons qu'avait la Corse de vivre avec ses plantes
Les panneaux de l'exposition
Chaque panneau explore un usage différent du végétal dans la société corse traditionnelle, de la berceuse chantée au chevet des enfants jusqu'aux nasses tressées par les pêcheurs. Un même territoire, neuf regards.

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01 Impennà
Le végétal dans la littérature orale
Le végétal est une source millénaire d'inspiration dans la littérature orale corse : légendes, proverbes, dictons et chansons aux auteurs souvent anonymes. Les berceuses traditionnelles (e nanne) magnifient la nature. Dans A nanna di u bambinu, Paul-Mathieu de la Foata accompagne l'endormissement de l'enfant du parfum de la violette, du thym et de la menthe. Des espèces comme la bruyère (a scopa) ou le bleuet (fior d'alisu) nourrissent aussi le patrimoine musical corse.
a scopa - bruyère fior d'alisu - bleuet a viola - violette u timu - thym
02 Sunà
La musique et les instruments traditionnels
La musique populaire accompagne les coutumes de la communauté corse : fêtes religieuses, fêtes païennes, travaux agricoles, mariages, deuils. Les instruments dits « éphémères » flûtes en roseau (a pirula, a cialamella), trompette en écorce de châtaignier (a tromba), crécelle (a ragana), guimbarde (a riverbula), sont fabriqués à partir de plantes et résistent difficilement au temps. Les instruments à cordes sont faits d'érable, de noyer ou de poirier.
a canna - roseau u castagnu - hâtaignier l'aceru - érable u nuciaru - oyer
03 Crede
Croyances et traditions liées aux plantes
De nombreux végétaux sont liés aux coutumes locales, aux calendriers religieux catholiques et aux croyances païennes. L'olivier, l'immortelle, le millepertuis et l'orpin sont réputés protéger du feu et de la tempête. La bruyère, maudite depuis un épisode biblique, est bannie des églises. L'arbousier, qui aurait caché Marie et Jésus, est vénéré. Le buis orne l'arche de la mariée. Des asperges sauvages décorent la crèche de Noël.
u bussu - buis u bacu - arbousier a scopa - bruyère u fiori di San Ghjuvanni - millepertuis
04 Edificà
Les plantes dans la construction
La Corse dispose de diverses essences réparties selon l'altitude. Le châtaignier est le bois le plus utilisé pour charpentes, planchers et meubles. Le hêtre servait pour les chaises. Le genévrier (u ghjineparu) et l'aulne sont réputés imputrescibles dans l'eau et servent à fabriquer linteaux et roues de moulins. Des arbustes épineux : aubépine, prunellier, genêt, confectionnaient des haies naturelles impénétrables pour les parcelles cultivées.
u castagnu - châtaignier u ghjineparu - genévrier l'alzu - aulne u faghu - hêtre
05 Curà
Les plantes médicinales
Avant les médicaments de synthèse, les plantes sauvages soignaient les maux du quotidien. La mauve (a malva), le sureau (u sambucu), la violette et la ronce ont des propriétés apaisantes. Des plantes diurétiques comme la pariétaire ou l'arba sciappapetra traitaient les calculs rénaux. Pour brûlures et rhumatismes, on utilisait le millepertuis (u fiori di San Ghjaseppu), l'achillée (l'arba santa) et les orties. Aujourd'hui, le marché des plantes médicinales est en plein essor.
a malva - mauve u sambucu - sureau l'arba santa - achillée a vitriola - pariétaire
06 Curà l'animali
Soigner les animaux par les plantes
En Corse, la phytothérapie vétérinaire s'est transmise de génération en génération chez les éleveurs. Une décoction de frêne entretenait la santé des animaux. Le suc de l'hellébore (a nocca) servait de désinfectant sur les plaies. Les bergers fabriquaient la peula, un goudron de genévrier pour tuer les parasites. Pour la lactation, on donnait du lierre aux chèvres. Lors des mises-bas, on recourait au buplèvre (u tristacu) et au daphné garou (u pateddu).
u frassu - frêne a nocca - hellébore a lellara - lierre u pateddu - daphné garou
07 Cucinà
Les plantes dans la cuisine traditionnelle
Les plantes sauvages comestibles (arbigliule) ont longtemps inspiré la cuisine populaire corse. Cueillies dans la campagne, elles formaient la base de la tarte aux herbes (a torta / a bastella / a sciaccia erbosa), de la soupe ou de la salade. Parmi elles : coquelicot, menthe, silène, bourrache, pissenlit, ortie. Des aromates comme le romarin, le laurier, la nepita, le fenouil et la camomille accompagnent viandes et sauces. Myrte, arbouse, prunelle et gentiane servent à confectionner confitures et alcools.
a murta - myrte u bacu - arbouse a nepita - menthe sauvage u finochju - fenouil
08 Nutrisce l'animali
Nourrir les animaux par les plantes
Dans la tradition agro-pastorale, les plantes sont connues et nommées selon leurs propriétés pour les animaux. Le lupin (u lupinu) était cueilli, battu puis moulu pour nourrir les porcs. L'orge, la vesce et la clématite servaient de fourrage. La férule, consommable verte, devient toxique et mortelle une fois sèche. Le daphné garou est hautement toxique pour l'homme malgré ses baies appréciées des perdrix. Ces savoirs ont nourri de nombreuses expressions en langue corse.
u lupinu - lupin a ferula - férule u pateddu - daphné garou a nocca - hellébore
09 Custruice
Fabriquer des objets avec les plantes
Les arbres et arbustes du maquis fournissent la matière première pour les objets du quotidien. Les bergers confectionnaient des formes à fromage (e fattoghje) en jonc, des seilles en genévrier et des tabourets de traite (a prevula) en férule. Les balais étaient faits de bruyère, les paniers d'osier, les matelas de feuilles de maïs ou d'asphodèle. Le bois d'aulne servait à fabriquer sabots et roues de moulins. Le myrte permettait de tresser nasses de pêche et aiguilles à remailler les filets.
u ghjuncu - jonc a scopa - bruyère a murta - myrte l'asfoldu - asphodèle