L’essor d’un républicanisme patriotique à la fin des révolutions corses

Pour désigner les quatre décennies de 1729 à 1769, plus grand monde ne songerait, aujourd’hui, à évoquer la « révolution corse » au singulier dans la mesure où il est net qu’il n’y a jamais eu une vague révolutionnaire, ni même une dynamique unitaire. La querelle ne concerne pas un détail esthétique car les mots conditionnent notre pensée ; évoquer une révolution invite à appréhender ces quatre décennies comme une séquence autonome et cohérente en ses principes et actions, le tout, mû par une insatiable quête de liberté. Si l’usage du terme « liberté » rassemble en apparence, il occulte, en réalité, des dynamiques contradictoires. Plus qu’une guerre d’indépendance au sens contemporain du terme, les révolutions corses de 1729-1769 ont davantage été, pour les notabilités, une tentative d’établir un rapport de force armé avec la Sérénissime République en vue d’obtenir une revalorisation de leur statut au sein du Domaine ; en d’autres termes, les élites corses qui s’engagent dans la révolte ne le font pas pour quitter le Domaine, mais pour mieux y être.

Le milieu révolutionnaire corse présente des subtilités peu souvent exploitées par l’historiographie : si tous les Corses n’ont pas été des révolutionnaires, tous les révolutionnaires n’ont pas été des paolistes et, de la même façon, tous les paolistes ne l’ont pas été de la même manière. Les révolutions corses forment un moment d’émergence de patriotismes pluriels qui, tous, mettent en leur cœur l’intérêt de la Nation ; or, une telle fin échappe aux définitions objectives. La vision du bien commun procède du ressenti des femmes et des hommes, de leurs convictions, de ce qu’ils pensent être le bon cheminement que doivent emprunter les Corses. La centralité de la thématique de l’unité dans le discours révolutionnaire est un agir face à la réalité politique qu’est la désunion des révoltés. L’union politique n’a souvent été qu’une façade et a souvent été davantage instaurée par les armes que par l’adhésion idéologique. Les acteurs sont, de surcroît, animés par une multiplicité de visions qui se traduisent par une pluralité de partis et d’influences. Il en va de même pour le groupe des « paolistes » qui est perçu par les contemporains comme un ensemble traversé par deux tendances. Dans une lettre publique rédigée en 1761, un notable philo-loyaliste du Delà-des-Monts adressée à ses semblables du Deçà prend le soin de distinguer la fazione paolina, c’est-à-dire les partisans du parti familial des De’Paoli puis ceux de la fazione pasqualina qui suivent Pascal, en tant qu’homme et chef personnel.

Les pages qui suivent se consacrent à une première ébauche de réflexion selon une méthodologie prosopographique[1] : qui ont été les paolistes lors du « moment paolien » ? Quels ont été ces individus qui ont fait du paolisme un vecteur de leur engagement politique ? Ajoutons une réflexion qui découle de la précédente : si le « moment paolien » se signe indiscutablement par l’instauration d’un système républicain, celui-ci s’accompagne d’un ensemble de valeurs civiques ; elles ne sont pas prônées ex abrupto. Le discours républicain est un agir, une réponse discursive aux vices et travers humains présents dans la société corse. Prôner la liberté n’a de sens que dans une société où celle-ci serait entravée, et, il en va de même pour toutes les vertus civiques : faire de la virtù – en tant que dévotion pour le « bien commun » – une valeur cardinale témoigne d’une société où prime l’intérêt individuel.

Notre article ne va pas s’attarder ni sur les discours paolistes, ni sur la phase de conquête et d’accession au pouvoir par Pascal Paoli qui nous sont, aujourd’hui, connus[2]. Notre réflexion portera sur ceux qui rendent possible l’action paoline sur le terrain et, pour ce faire, l’« État-alternatif » – tel que défini dans ma thèse[3] – porte son attention sur des individus habitués au maniement des armes et disposant d’une connaissance du terrain, notamment des présides contre lesquels les rebelles ont porté toute une série d’actions depuis le début de la décennie. Comme l’a écrit Carlo Bitossi, une « histoire politique est aussi, nécessairement, une histoire d’hommes politiques »[4], et, nous allons nous attacher aux parcours d’individus qui ont adhéré au paolisme en différentes temporalités. Si les autorités génoises ont constaté une propagation du patriotisme semblable à une maladie contagieuse comme les proches du capitaine Susini de Porto-Vecchio incontagiati par les Corsicani sentimenti[5], la diffusion du patriotisme ne dépend pas des règles de la circulation épidémique, mais plutôt de la réception des discours rebelles par les populations. Expliquer l’engagement des Corses exclusivement par le patriotisme revient à ne pas dire grand-chose face de la richesse que peut présenter une vie au sein d’une société plongée durant quatre décennies de révolutions. L’engagement patriotique doit être réintégré au sein des parcours humains, afin d’en faire émerger les parcours collectifs. Comment l’objet qu’est le patriotisme a-t-il pu devenir la réponse à des parcours de vie pluriels ? Le patriotisme républicain instauré par Pascal Paoli est finalement moins le projet qu’une réponse à une société.

Un besoin d’hommes d’action, le cas des Alessandrini

Dès son élection, le général Pascal Paoli va agréger à sa démarche des individus issus des petites bourgeoisies et plus particulièrement des marins bastiais marginalisés, à l’image des deux frères bandits Giacomo et Antonio (dit « Zaninetto ») Lupo ; ce dernier est réputé comme un être sanguinaire qui aurait « barbarement tué »[6] des Capcorsins perche creduti da lui fedeli al Prencipe ! Tous deux fuient vers les « montagnes » et offrent leurs services aux rebelles et seront à l’origine de l’infructueuse attaque dite de la « Coccia » du 20 janvier 1755. Le schéma de meurtriers qui quittent la ville pour aller dans les « montagnes » ou inversement, est, il faut le dire, monnaie courante. Le patriotisme, qu’il soit national ou loyaliste, servira fréquemment de justification à des actes qui sortent nettement de ce cadre. Pensons au cas des assassins de Paolo Costantini[7] de Saint-Florent qui, après leur crime… vont s’installer à Patrimonio et s’engager auprès du Gouvernement national. Pensons aussi à Santino Santini de Canari[8] ou encore Francesco Corti qui, dès le début de la révolte, ne fuit pas Corte seul… mais accompagné de sa famille de vingt-cinq personnes[9] !

Page 1

Aussi accusés de meurtre sur Capcorsin, les frères Giovan Andrea et Luc’Ottavio Alessandrini ; ceux-là n’appartiennent pas seulement aux bandits puisqu’ils sont des notables originaires de Canari mais installés à Oletta, où ils se lient avec les Rivarola. Les Alessandrini sont une famille émergente au moins depuis la fin du xviie siècle puisqu’ils étaient parvenus à arracher des avantages auprès de Luc’Ottavio Fieschi, feudataire de Canari. Gio Gilio Alessandrini, parent de la fratrie précitée, parvient à implanter la famille dans Bastia puisqu’il y loue un appartement, à côté de la confrérie San Carlo ainsi que de la maison d’Alessandro Farinole. Lors du « moment paolien », leur notabilité est telle que le lieutenant du Cap Corse Giuseppe Maria Pietrasanta tentera de les affaiblir en les frappant aux finances : il intimera aux notaires de fouiller dans leurs registres à la recherche de leurs propriétés et clients. Eu égard à leur connaissance du terrain, c’est un des frères Alessandrini qui mène l’offensive dans le Cap Corse en septembre 1756 aux côtés de Pietro Boccheciampe et de Tiburzio Morati afin de prélever la taglia, l’impôt de base du Regno di Corsica ; les rapports rédigés par les Capcorsins laissent davantage observer des hommes violents prélevant l’accato que des révolutionnaires apportant quelconque liberté. Le fait qu’une telle action soit menée par des notables bien connus de la région choque les contemporains : l’identité du Gouvernement national est encore faible au regard des partis familiaux, et leurs actes semblent être une violence gratuite et l’imposition est vue comme une « exaction ». Le 18 septembre, Carlo Maria Franceschini témoigne que « la troupe corse »[10] est venu le menacer, « moi et les nôtres », de nuit. Un autre note même que le Cap Corse s’est transformé en une « maison sans patron » !

Pour le reste, les Alessandrini font carrière dans l’institution paoline jusqu’au Conseil d’État en 1765[11] pour Lucc’Ottavio et en 1767[12] pour son frère Gian Andrea, qui avait été lieutenant de Canari pour le compte de Marzia Imperiale, seigneur du lieu, peu avant l’arrivée de Paoli. Après plusieurs missions en Balagne[13], Gian Andrea sera le cassiere du Magistrato de la juridiction de Bastia en 1764[14]. Il faut toutefois dire que même si les Alessandrini sont dans le camp des Nationaux, ils jouent, malgré tout, un jeu très personnel puisque lorsque la Nation se prépare à la guerre lors de l’été 1768, la fratrie vend des navires à des Français ! Ils seront d’ailleurs parmi les plus riches du département en l’An xiii[15] ; un des prochains enjeux de la présente recherche serait de réinterroger plus globalement les parcours familiaux sur un temps long afin de pouvoir observer les mobilités intergénérationnelles.

Une fratrie à la confluence des intérêts, le cas Arena

Toutefois, si les Alessandrini sont un cas d’envergure, d’autres sont plus intéressants pour observer les moments de bascule, comme celui des Arena de Saint-Florent. L’étude se découple sur deux niveaux générationnels. Vers 1731, deux frères Arena sont actifs : un chanoine nommé Giuseppe, philo-rebelle identifié parmi les membres de la cellule corse de Livourne[16] qui est un personnage disposant d’un panel d’activités : des commerciales au moins attestées en 1743, mais l’homme est aussi remuant puisque profitant le 19 septembre 1751 des 1 200 lires de la dot de sa sœur Maria Grazia pour rembourser Simone de Nonza… d’une créance personnelle datant de 1723, du temps où il s’était rendu à Rome[17] (pour ses études ? le document ne précise pas). On lui connait également un frère Anton Giuseppe qui, avant la révolte, est condamné aux galères le 20 mars 1726[18] puis banni du royaume. Il compte, par la suite, parmi les premiers chefs rebelles avant d’assez rapidement basculer dans le camp loyaliste ; d’aucuns affirment qu’il se serait contractuellement engagé auprès des Génois à assassiner Giacinto Paoli. En 1746, il est cependant assassiné par trois hommes – qu’il faut dire proches des réseaux Paoli, corroborant les dires précédents – : Giuseppe Gentile de Nonza, Anton Francesco Galeazzini ainsi que le chef rebelle du Nebbio, Tiburzio Murati. Suite à cet épisode, les fils d’Anton Giuseppe nourrissent contre ces trois notables une rancœur certaine ; d’autant plus que leur oncle – par proximité ou pression ? –, les oblige à déclarer le 14 avril 1750 passer l’éponge sur le meurtre du père et que, face à l’absence de preuve, toutes les inimitiés doivent cesser ; le chanoine prive donc ses neveux devant notaire de la vengeance.

À la fin de la décennie 1750, les fils d’Anton Giuseppe (Francesco Antonio, Anton Matteo[19], Gio Batta ainsi que Giuseppe[20]) atteignent la majorité et chacun commence ses activités. Anton Matteo, par exemple, apparaît comme plutôt philo-loyaliste en tant que marchand et négociant à Saint-Florent où il obtient même la gestion de la gabelle en janvier 1757[21], l’homme est bien inséré dans la sociabilité économique de la façade occidentale puisqu’il prête 400 lires au capitaine Stefanopoli d’Ajaccio en avril 1760[22]. Deux autres de ses frères Giuseppe et Gio Batta sont chargés de la responsabilité de faciliter la désertion de soldats génois ; ce dernier est surtout reconnu pour être un entrepreneur et constructeur de la tour de Fornali[23]. Mais, il serait insuffisant de dire que les Arena ont un pied dans les deux camps, puisqu’ils disposent d’un relai dans un troisième… en effet, Francesco Antonio, l’aîné, est consul impérial ! En novembre 1760, les Génois le savent lié avec Antonio Rivarola ainsi que l’abbé Luigi Zerbi et, qu’ensemble, ils achètent fusils et poudre à Livourne[24]. En février 1761, il participe même à l’assaut de San Pellegrino où, selon les Ragguagli, il cherche à démontrer sa valeur tout comme lors de l’attaque de Centuri[25] ; il reçoit même 6 000 lires en raison des frais personnellement engagés.

Si Pascal Paoli était pourtant bien informé des craintes de la fratrie craignant les répercussions des Génois[26], Francesco Arena est cependant arrêté en 1762[27] alors qu’il transporte du sel sur un navire battant pavillon impérial[28]. Or, une fois l’homme arrêté et maintenu en prison, les Génois ont fait un faux pas. Que faire d’un consul étranger, prisonnier, coupable et dangereux pour le préside que les rebelles ont manqué d’emporter à l’été 1760 ? C’en était déjà trop mais les autorités décident de pousser jusqu’au bout. Ils le font torturer, puis – selon les paolistes – lui font connaître une « mort cruelle »[29] lors de la dernière nuit de juin 1762 ; telle est la version qui, de suite, se diffuse et sera rapportée par le consul Ignazio Petroni. La réalité se révèle davantage nuancée : l’opération est décidée à contrecœur lors d’une session du Minor Consiglio et après consultation de trois théologiens – parmi lesquels le jésuite Giuseppe Maria Farina élu théologien de la République en 1755 en remplacement de Solari – qui légitime et justifie ce que l’on désigne comme l’« extinction » d’Arena. L’opération est, semble-t-il, réalisée contre les autorités installées sur l’île comme en témoigne une série de rapports pris dès le 1er juillet lorsque le sotto castellano Tommaso Biglietto déclare voir, lors de sa visite matinale, Arena respirer avec grandes difficultés. Il remarque aussi plusieurs contusions au visage, sous l’œil droit. Un peu plus tard dans la même journée, le commissaire général bastiais fait état de la mort de Francesco Antonio pour cause naturelle ; le consul impérial Petroni à Bastia notera qu’après un épisode aussi grave, le soutien envers les rebelles se fait de plus en plus légitime.

Il n’en demeure pas moins vrai que les Ragguagli dell’Isola di Corsica ont, sans aucun doute, contribué à faire de l’homme une cible. Pascal Paoli a-t-il pensé que le statut de consul le protègerait ? Il reste qu’au sortir de cette affaire, c’est le Gouvernement national qui en sort grandi : la Sérénissime s’est rendu coupable d’un acte qui fait grand bruit et qui lui donne le mauvais rôle. Les paolistes profitent également du passage de l’ensemble de la famille Arena du côté des rebelles : si la fratrie jouait d’un peu toutes les dynamiques politiques en amont, tous passent désormais du côté des rebelles. Ayant quitté Saint-Florent pour l’Île-Rousse, ils restent profondément liés avec la finance livournaise et faciliteront l’accès au marché balanin à plusieurs entrepreneurs et financiers toscans, parmi lesquels Domenico Tosi venu en Balagne acheter d’importantes quantités d’huile ; enfin, faut-il le préciser, les réseaux mis en avant sont ceux des familles alliées aux Arena. Si, à la différence des Alessandrini, ils n’occupent aucune charge nationale durant le « moment paolien », ils se lancent dans une ascension économique puisque considérés comme parmi les plus « opulents » de Balagne en 1770. Le 6 octobre 1778, ils demandent l’autorisation pour faire venir cinq ou six familles de navigateurs italiens pour travailler avec eux et, lors de la vente des biens nationaux à la fin du siècle, ils rachètent 32 % des terres du district de Calvi. Le « moment paolien » leur permet donc de passer d’une famille de très faible importance à l’une des principales.

Ces quelques cas de paolistes témoignent du profil des individus que l’on peut trouver, peu après son élection, au côté de Pascal Paoli. Ces hommes, dira-t-on, « multifonctions » misent sur la carte collective nationale, tout en jouant des stratégies individuelles et familiales. Si beaucoup sont liés au parti Paoli dont ils tirent fonctions et revenus, ils le sont par contexte davantage que par idéologie, au point qu’il nous est difficile de distinguer les hommes de parti des hommes de patrie.

Inventer un discours d’engagement, le cas Grimaldi

Face à de tels et d’instables individus, on comprend l’intérêt porté par Paoli au renouvèlement de son assise politique parmi les populations. Sa grande problématique – à l’instar de tous les autres pouvoirs politiques – est d’alimenter la guerre en hommes[30]. Le patriotisme et la dévotion pour le commun n’ont pas été l’unique vecteur d’engagement dans l’action et beaucoup furent – comme les cas précités – intéressés ; d’où l’importance prônée à la promotion de patriotes sincères et intègres. Les valeurs civiques du républicanisme s’opposent à ces hommes portés par l’intérêt. L’argent et les armes ne font cependant pas tout, il est impératif de disposer d’un mécanisme qui encourage l’individu dans le combat et, lors des premiers temps du « moment paolien », le général s’appuie, faute de mieux, majoritairement sur les mécanismes traditionnels de l’engagement, à savoir le réseau des notables-chefs de parti. Une lettre cosignée par Clemente Paoli, Gian Quilico, Gian Bastiano Buttafoco, Ignazio Domenico Baldassari du 20 août 1762 insiste sur le besoin que leurs « amis » se joignent à eux dans la lutte[31].

Le levier de l’engagement personnel – comme le fruit d’une décision individuelle et raisonnée – n’est donc pas inexistant, mais n’apparaît pas comme le principal. Le marquis de Cursay avait bien décrit ce fonctionnement en janvier 1749 en écrivant que les notables disposaient « chacun [de] trente hommes qu’ils dirigent au combat »[32] ; d’ailleurs, pour désigner les partisans d’un chef, on emploie le terme de seguacci, littéralement « ceux qui suivent ». Le 31 janvier 1762, Nicodemo Pasqualini – proche de la famille Paoli via le Rostino et qui tirera grand profit de son engagement – interpellait le général sur l’importance de se baser sur des hommes « d’autorité et bien suivis »[33] ; d’autant plus que les bandits, en particulier ceux de Vezzani, sont capables d’organiser une guerre bien efficace contre les paolistes et ont même manqué d’emporter la vie de Clemente Paoli[34] ! Le chevalier de Saint-Louis Ignazio Domenico Baldassari notera, quant à lui, que les troupes nationales exercent dans des conditions bien précaires[35], constat qu’il réitère quelques semaines plus tard[36].

C’est ici que se produit la rencontre d’une problématique politique avec un homme, Leonardo Grimaldi, neveu du célèbre prédicateur Isaia ; notons que ses sermons sont publiés en 1758 à Lucques[37] par Leonardo – dont on sait qu’il est un homme d’imprimerie car gestionnaire de la Stamperia camerale – pile au moment où la Giustificazione della rivoluzione di Corsica[38] est donnée à la presse sous les faux lieux de fabrication que sont Corte et Oletta. Eu égard à plusieurs trajets réalisés en Terraferma, il est tout à fait légitime d’associer à Leonardo la charge du suivi éditorial de cette œuvre. Pour le reste, sans tomber dans de trop longs détails, disons qu’il est un franciscain originaire du Campoloro et sera chargé de l’enseignement des mathématiques à l’université de Corse. Leonardo occupe, dans le groupe des paolistes, le rôle d’Orticoni durant les premières révolutions, à savoir celui de justificateur théologique et d’idéologue puisqu’il avancera de nombreuses idées que l’on associe aujourd’hui au néologisme qu’est le « paolisme » ; or, cette pensée est davantage le fait d’une réflexion collective qu’exclusivement celle de Paoli.

Comme le confessait le général, « notre motif principal […] doit être de continuer à nous gagner les âmes » et, au travers de trois imprimés publiés de manière synchrone en 1760 dont l’attribution a longtemps fait faux débat – La Corsica a suoi figli[39], La Corsica a suoi figli sleali[40] ainsi que le Ragionamento sacro-civile agl’invitti guerrieri di Corsica[41] –, Grimaldi reprend le schéma des poèmes patriotiques du premier semestre 1731[42] et place dans la bouche d’une femme personnifiant la Nation corse des paroles adressées à ses enfants que sont les populations. La Nation comme « mère commune à tous » s’inscrit dans un imaginaire pluriel : des Catilinaires de Cicéron, de la terre nourricière de Pline l’Ancien jusqu’aux contemporains des révolutions corses. Alors qu’Andrea Colonna Ceccaldi et Luigi Giafferi instrumentalisaient le patriotisme pour récupérer le contrôle de la furie populaire, Grimaldi, lui, fabrique un patriotisme autonome en incitant à l’engagement et en lui associant des valeurs positives. Sa grande idée, justifiant son rôle de « théologien de la Nation », est que quiconque perd la vie dans la guerre de libération accède tant au Paradis céleste qu’à la gloire des héros antiques.

L’ancien évêque de Sagone et désormais de Vintimille Pier Maria Giustiniani[43] qualifie cette proposition d’hérétique[44] – qu’il croit lire dans la Giustificazione ! – mais elle dérive bel et bien de ce triptyque ; en fait, il faut dire que concevoir la mort patriotique comme l’ultime devoir catholique n’est pas une nouveauté puisque appartenant à un fonds d’idées occidentales de même qu’à la culture judéo-chrétienne, notamment en l’exemple des Maccabées[45]. Elle appartient aussi à une actualité éditoriale comme issues des œuvres de Marc’Anto Aluigi[46] ou encore de Felice Tempia[47] mais, de surcroît, à nombre d’idées typiques du républicanisme italien[48]. Le discours grimaldien aura tant d’efficacité que les populations corses seront décrites par certains comme presque fanatisées par Paoli puisqu’on va le comparer à un Cromwell, à un Savonarole et même à un Mahomet[49] ! Ce que ces comparaisons révèlent, c’est avant tout le caractère illégitime du pouvoir établi des Nationaux. En dépit d’une efficacité toutefois certaine, ce discours sera délaissé par l’État à partir de 1763, date de l’entrée en circulation de la monnaie nationale. Mieux que la promesse du Paradis, les soldi quotidiens permettent aux individus de quitter la clientèle d’une notabilité au profit d’un État devenu principal employeur de l’île. En plus des fonds provenant des métaux d’objets liturgiques fondus à la zecca, les paolistes profitent de sommes venues de Terraferma de par l’action de lobbying des patriotes : Giulio Matteo Natali, l’auteur du Disinganno intorno alla guerra di Corsica, porte avec lui près de 70 000 sequins romains à Paoli durant l’hiver 1755 ; le docteur Antonietti de Corte, informateur régulier de la République, notera, à cette occasion, que Paoli a tant d’argent qu’il « dépense et paye comme un banquier »[50] !

Alors que le patriotisme et le paolisme forment des concepts distincts, Leonardo Grimaldi fabrique un discours qui confond les deux en un ; or, une telle opération est mal perçue de la haute notabilité tant du Deçà-des-Monts que du Delà qui y voit une usurpation despotique des intérêts de la Nation. L’action de Paoli est sévèrement critiquée puisqu’elle déséquilibre l’organisation traditionnelle de la politique ; une telle novità visant à mécaniser la virtù ainsi qu’à encourager la dévotion jusqu’au sacrifice ultime redistribue la valeur sociale non plus en fonction de la casa et du lignage, mais selon le mérite individuel. Cette société en crises se réinvente dans une forme particulière de républicanisme.

Ceux qui se découvrent patriotes ? Le cas Masseria

L’État agit donc comme un catalyseur de patriotismes divergents et, en certains lieux, contradictoires ; si l’on pourrait y déceler une faiblesse, il faut plutôt dire que c’est une force permettant de rassembler. L’« État-alternatif » s’affirmant peu à peu durant la décennie 1760, il est fécond d’étudier ceux qui viennent, d’eux-mêmes, s’adjoindre aux patriotes. Les moments de bascule dans le camp rebelle disposent d’une signification sociétale ; d’où la question : comment ces individus se sont-ils découverts patriotes ? Le terme « découvert » est un mot double, dont j’assume l’emploi car « se découvrir », c’est retirer le voile de la dissimulation pour se révéler, au grand jour, patriote. C’est celui qui, quotidiennement, fait mine d’être un bon Ajaccien puis qui, d’un jour à l’autre, se dévoile patriote et perd sa vie en tentant de surprendre la citadelle d’Ajaccio ; ce cas n’est pas fictif, il renvoie à l’expérience de Giuseppe Maria Masseria en octobre 1763. Mais quand, lui-même, s’est-il « découvert » patriote ? L’action patriotique ne dérive pas, on l’a dit, de l’expression d’un sentiment naturel ou inné, mais est un objet sujet à historicisation. Notre problématique n’est pas, on l’a déjà écrit, de discuter de la sincérité du sentiment, mais d’examiner ce que signifie le patriotisme dans un parcours de vie. Comment l’engagement rebelle – ou dira-t-on la mise puisqu’il s’agit tout proprement d’un pari risqué sur l’avenir – s’inscrit-il comme une possibilité sérieuse et cohérente ?

Pour le cas de Masseria, la proximité familiale avec Santo Folacci a souvent été invoquée selon une forme de déterminisme. Giuseppe Maria est bel et bien maritalement lié à une famille engagée dans le camp rebelle puisque son épouse Angela Maria Folacci est la sœur d’Annibale d’Eccica Suarella et devient donc cousin par alliance avec Santo Folacci, le pilier du paolisme dans la région ajaccienne et notoirement rebelle depuis la fin de la décennie 1740. Folacci est, de son aveu, un homme de parti[51] et il compte parmi les individus de confiance de Paoli dans le Delà-des-Monts puisque commissaire général dans la région. Or, la famille ne fait pas tout et il est plus avantageux de réintégrer l’avocat-notaire dans son milieu social[52]. Giuseppe Maria se révèle être un citadin appartenant à une petite bourgeoisie active et désireuse de jouer un rôle dans la société, qui se trouve bloquée par ce qu’elle désigne comme la « noblesse citoyenne », à la fois pauvre et inefficace. Autour de Masseria gravitent commerçants et artisans réunis autour des confréries et d’università, poumons économiques de la société locale. En 1759, l’homme se rend même auprès du Magistrato di Corsica[53] au nom des conciari afin de demander l’interdiction des cuirs étrangers et, derrière l’idée – dira-t-on – protectionniste, se dévoile un projet aussi présent parmi l’università des pêcheurs de Bastia[54]. Rajoutons qu’à Ajaccio, l’influence française a été, pour diverses raisons, moins efficace qu’à Bastia et, par ce fait, les sentiments de la bourgeoisie locale se tournent plus tôt vers le Gouvernement national. L’inflexion patriotique des Bastiais apparaît vers 1765-1766 tandis que dès l’été 1763 à Ajaccio – autrement dit, peu après la bataille de Furiani à l’été – ; l’adhésion aux idées nationales est donc différenciée en fonction des régions.

Quant au parcours individuel de Masseria, plusieurs documents témoignent d’un cheminement qui n’est, en rien, linéaire. En 1748, il rédige une lettre dans laquelle il se déclare de tout cœur loyaliste[55], une nouvelle fois le 2 février 1759 en faveur du rebelle Antonio Colonna et de sa sœur Bianca[56] qui tentent de négocier leur ralliement auprès des autorités génoises, avançant une mise en gage de 6 000 lires ainsi qu’en hypothéquant leurs biens dans Ajaccio. Il est, malgré tout, sous le regard des Génois qui le soupçonnent de collusion avec les révoltés puisque arrêté et perquisitionné en avril 1758[57]. En janvier 1761, il est encore un vrai loyaliste puisqu’on le voit proposer au Magistrato di Corsica de lever une troupe d’une centaine d’Ajacciens, un projet évalué à environ 15 840 lires par an[58]. Outre la protection de la cité, cela permettrait – selon son propre argumentaire – de récupérer les tours stratégiques de Capitello et Girolata et, bien évidemment, celui qui se trouverait à la tête de cette troupe serait… Masseria lui-même. Il est donc clair que l’homme navigue en fonction des opportunités ; lui et ses amis patriotes ne se tournent du côté national qu’une fois que toutes les voies de recours professionnels et politiques auprès de la Sérénissime sont épuisées. Masseria participe et est utilisé par un groupe d’intérêts financiers qui s’oppose avec les Anciens mais qui, il faut le dire, ne bougera pas lors de la tentative du 17 octobre 1763. Cette action est assurément réalisée dans la précipitation du fait d’une trahison puisque l’attaque aurait dû se passer de nuit ; ceci expliquant la non-réaction des paolistes au-dehors de la ville.

Les notaires, à l’instar de Masseria, sont au carrefour de plusieurs groupes et milieux de sociabilités et leurs cas sont souvent instructifs du profil des paolistes. Pensons au Bastiais Giuseppe Maria Massesi dont les ceppi révèlent une clientèle qui est une bourgeoisie intermédiaire et émergente : on y aperçoit les Gaffori (qui déclarent des marchandises perdues jusqu’en 1745), les Limperani liés aux Buttafoco et Baldassari, les università des pêcheurs et des marins qui forment un milieu économique très actif, mais aussi les Brignole de Bastia-Moriani qui occupent des charges dans la confrérie Sainte-Croix et qui seront des financiers proches de Pascal Paoli. Massesi[59] basculera finalement précocement dans le camp français… à l’image des milieux économiques qu’il fréquentait, et, en particulier des marins bastiais[60]. On le voit, l’étroitesse du milieu que constitue la Corse facilite le décrochage et le basculement d’individus d’un camp à l’autre.

Quand le patriotisme devient un agir social

In fine, les cas Masseria et Massesi témoignent du profil des membres de cette société bouillonnante, vivante et agissante mais qui ne peut se réaliser du fait des notabilités urbaine et rurale qui se recroquevillent afin de préserver leurs monopôles. Ne pouvant guère trouver leur place au sein de la hiérarchie sociétale de cette Corse-génoise, ces hommes deviennent sensibles au discours patriotique national. L’engagement dépasse le discours sur le commun, il devient un discours sur eux-mêmes ; dans cette société en crises, s’engager pour la patrie, c’est incarner un agir, une contestation contre un ordre social qui les refoule et qui les maintient au-dehors. Dès lors, le patriotisme devient une modalité d’exercice de sa propre vie ; d’où, aussi, le fait que nombre d’individus aient un intérêt vital dans le paolisme car, sans le paolisme, ils n’existent pas dans la société. Défendre le paolisme, c’est se défendre soi-même. Et, si beaucoup de ces hommes mourront dans la défense nationale à Ponte Novo et après, peu des cadres paolistes en feront de même. Ceux qui théorisent la mort comme l’engagement patriotique ultime ne la rencontreront pas ; Leonardo Grimaldi, par exemple, poursuivra sa carrière en Corse sans ne jamais être inquiété.

Avec Pascal Paoli, on l’a compris, ce qui change c’est surtout l’arrivée aux fonctions d’une nouvelle génération et, d’une certaine manière, lorsqu’il invoque dans la Constitution de novembre 1755 ce popolo « légitimement maître de lui-même », il marque une révolution profondément moderne… tout en ayant de plurielles racines médiévales tant les acteurs qui émergent avec lui forment une jeune garde économique. En convertissant le principe unificateur du Royaume par celui du « peuple », la décision majoritaire devient, tout en étant un objet façonné par le pouvoir, une boussole dictant l’orientation politique. Dorénavant, de larges parts des populations sont intégrées dans le processus de fabrication de la décision, et, en se plaçant comme l’obligé de cette dernière, le général Paoli dispose d’un poids considérable contre la notabilité qui l’a porté au pouvoir. Il trahit, en quelque sorte, les « Grands » qui l’ont porté à la Magistrature suprême en refusant d’être l’homme de paille qu’un Gaffori avait accepté d’être. Au fond, il n’est guère étonnant qu’une partie du corps de la Nation ait considéré que l’« Incorporation » de la Corse à la Couronne de France en date du 25 septembre 1770 ait été une bonne manière de terminer la révolution. Deux visions du monde politique se sont opposées, mais les révolutions se terminent par une consulta traditionnelle et coutumière réalisée selon des modalités héritées du monde médiéval. Ce 25 septembre 1770 marque la fin de l’histoire politique du royaume de Corse et, par-là, la disparition d’un ensemble de pratiques, d’institutions et de schémas mentaux de la notabilité corse qui n’avaient jamais été remis en cause du temps de Gênes ; ce sont les élites corses qui décident d’abandonner leur logiciel mental, mais pas les Français qui ne les y obligent.

Le républicanisme patriotique qui émerge entre 1755 et 1769 n’est, finalement, pas celui de l’ensemble des Corses, mais celui d’un parti auquel s’agrègent de nombreux acteurs du monde économique ; d’où, aussi, leur juridisme ainsi que leur pensée imprégnée du contrat synallagmatique. En bref, le temps où Paoli a exercé son action politique n’a pas seulement été un moment d’éphémère unité, mais il a surtout été le jaillissement de crises, d’oppositions structurelles et de patriotismes pluriels. Si ce « peuple » était un projet politique, l’expression, elle, en est un de ses vestiges. Si tous les Corses ne parleront plus que de l’intérêt du « peuple », ils continueront de proposer des directions opposées. Le « moment paolien » des crises révolutionnaires corses a été, d’une certaine manière, bien davantage qu’un moment politique, puisqu’il a été la crise originelle du patriotisme corse.

Page 6

[1] Pour la réflexion prosopographique, on peut se référer à la synthèse de Pierre-Marie Delpu, « La prosopographie, une ressource pour l’histoire sociale », dans Hypothèse, 2015, pp. 263-274.

[2] Incontestablement, cf. Antoine-Marie Graziani, Pascal Paoli, Père de la patrie corse, Paris, Tallandier, 2016 ; ainsi que l’édition de la correspondance de Pascal Paoli éditée par Antoine-Marie Graziani et Carlo Bitossi, Ajaccio-Rome, Éditions Alain Piazzola/Istituto Storico Italiano per l’Età Moderna e Contemporanea, 7 volumes, 2003-2019.

[3] Ces travaux s’inscrivent dans le prolongement de mes recherches postdoctorales, « La Corse entre trois souverainetés, 1750-1770. Dynamiques politiques, intellectuelles et ambitions personnelles durant le “moment paolien” des crises révolutionnaires corses », Thèse pour le doctorat en histoire moderne, Université de Corse – Università degli studi di Genova, 2022, 1408 p.

[4] Carlo Bitossi, Il governo dei magnifici. Patriziato e politica a Genova fra cinque e seicento, Genova, ECIG, 1990, p. 19.

[5] Archivio di Stato di Genova (désormais ASGe), Corsica, 433, Memoria per l’Eccmo Magistrato di Corsica, le 25 août 1766.

[6] ASGe, Archivio Segreto, 2093, Nota di quelli che in Genova… (vers mai-juin 1761).

[7] Archives de la Collectivité de Corse, Bastia (désormais A2CBa), 3E6/20, Ceppo de Francesco Camillo Bizzarelli, ff° 46r°-46v°.

[8] Qui fuit Canari à cause des vendette et rejoint l’armée génoise, cf. ASGe, Senarega, Colleggii Diversorum, 288, Esposizione dell’Illre Magistrato di Corsica, le 19 août 1760.

[9] ASGe, Corsica, 955, Supplique de Francesco Corti, 23 mai 1765.

[10] A2CBa, 38J10, Lettre de Carlo Maria Franceschi, le 14 septembre 1756.

[11] A2CBa, GC, 45, mai 1765.

[12] Ibid., juillet 1767.

[13] ASGe, Corsica, 424, Lettre de Bernardo Ottone, le 12 mai 1759.

[14] A2CBa, GC, 126, Lettre du 28 août 1764.

[15] A2CBa, 3M3, Liste des 600 les plus imposés du département du Golo, 23 ventôse an XIII.

[16] Paolo Calcagno, « Livorno, los corsos y un caso di tolerancia al contrabando de guerra en el complicado juego político-diplomático de la década 1730 », dans Cuadernos de Historia Moderna, 47, 2022, pp. 509-527.

[17] Ibid., ff° 124v°-125r°.

[18] ASGe, Corsica, 421, Per Anton Giuseppe Arena, 1726.

[19] Père du Bartolomeo actif durant la Révolution française. Voir notamment [Anonyme], Lettera di un anonimo ovvero osservazioni critiche sulla risposta, fatta da Filippo Masseria alla prima lettera di Bartolommeo Arena, sd. [mais vers 1790], sl., p. 11. (Non sapete voi ch’esse fruttarono al loro padre, Anton Matteo Arena, una somma considerevole, per aver consegnato con abominevole tradimento al Generale che comandava la divisione della Balagna, le chiavi delle barriere dell’Isolarossa ? […] Che tutti i fratelli Arena hanno potuto più facilmente mettervi in esecuzione, e confutenze, e soperchierie d’ogni genere ?).

[20] Altro figlio pupillo… à donc bien distinguer de l’oncle, le chanoine.

[21] A2CAj, 5FG218, 1757 a 10 gennaro in San Fiorenzo, note di tutto quello… la gabella di S. Fiorenzo [jusqu’au 7 juin 1757].

[22] A2CBa, 3E6/20, Ceppo de Francesco Camillo Bizzarelli, ff° 17r°-17v°.

[23] Ragguagli dell’Isola di Corsica / Échos de l’île de Corse, 1760-1768, Première époque, Édition critique établie par A.-M. Graziani et Bitossi C., Ajaccio, Éditions Alain Piazzola, 2010, pour le mois de janvier 1761 ; voir également Antoine-Marie Graziani, Les Tours génoises de Corse. Sentinelles de la mer, xvie-xviiie siècles, Éditions Alain Piazzola, Ajaccio, 2019, p. 78.

[24] ASGe, Senarega, Colleggii Diversorum, 288, Relation des Inquisiteurs d’État, le 24 novembre 1760.

[25] Ragguagli dell’Isola di Corsica… op. cit., pour le mois de décembre 1760.

[26] Niccolò Tommaseo, Lettres de Pasquale Paoli, Traduction de l’italien et commentaires par Évelyne Luciani, Ajaccio, Albiana, 2020 [1846], pp. 155-156.

[27] Cette même année, Francesco avait demandé au patron Carlo Fiorentini de transporter des marchandises jusqu’à Centuri. ASGe, Archivio Segreto, 2100, Al Nome di Dio e cosi sia, addì 5 maggio 1762, Portoferraio…

[28] ASGe, Archivio Segreto, 2100, Copia di biglietto del’abbate Zerbi di Livorno all’abbate Carlo Rostino in data de 24 giugno 1762 ; voir également dans Ibid., Copia di lettera dell’abbate Zerbi di Livorno al Pasquale de Paoli in data de 24 giugno 1762.

[29] Ragguagli dell’Isola di Corsica… op. cit., pour le mois de juillet 1762.

[30] Ilya Berovitch, Motivation in war. The Experience of Common Soldier in Old-Regime Europe, Cambridge, Cambridge University Press, 2017.

[31] A2CBa, GC, 125, Lettre de Casabianca, Buttafoco, Baldassari et Paoli, le 20 août 1761. (Invitiamo vari amici à rinforzar la presente marcia…)

[32] Les chefs de Corse, note-t-il, « sont liés par un serment affreux, sont les plus riches et les meilleurs de l’île ; ils ont chacun trente hommes, et dès que quelque parti se lève pour traiter avec la République, il est écrasé avant d’être sur pied ». Cité dans Christian Ambrosi, La Corse insurgée et la seconde intervention française au xviiie siècle (1743-1753), Grenoble, Imp. Allier, 1950, p. 133.

[33] A2CBa, GC, 133, Lettre de Nicodemo Pasqualini, le 31 janvier 1762.

[34] Ibid. (Ieri mattina, spedii un pedona dal Signore Clemente in Vezzani ; mai non essendovi potuto entrare si n’è questo punto ritornato ; poiche i banditi ano occupate tutte le bocche, ed accampati i nostri in detto luogo di Vezzani ; onde loro Signori pensino alle pronte spedizioni, e da che vi siano alla testa uomi d’autorità, e di seguito. Si dice che vi ne sia a quest’ora morti, e feriti de nostri ; come anche da sicari…)

[35] A2CBa, GC, 125, Lettre d’Ignazio Domenico Baldassari, le 25 juin 1762.

[36] Ibid., Lettre du 18 juillet 1762.

[37] Isaia Grimaldi, Prediche quaresimali consecrete… Opera postuma coll’aggiunta d’un compendioso Ragguaglio dell’autore, Lucques, 1758.

[38]  [Don Gregorio Salvini], Giustificazione della rivoluzione di Corsica e della ferma risoluzione presa da’ Corsi di non sottomersi mai più al dominio di Genova, [Corte et Oletta], 1758.

[39] [Leonardo Grimaldi], La Corsica a suoi figli, Campoloro, Per Domenico Ascione, Impressore Camerale, 1760.

[40] [Leonardo Grimaldi], La Corsica a suoi figli sleali, Campoloro, Per Domenico Ascione, Impressore Camerale, 1760.

[41] [Leonardo Grimaldi], Ragionamento sacro-civile agl’invitti guerrieri di Corsica, Campoloro, Per Domenico Ascione, Impressore Camerale, 1760.

[42] Pour ne citer qu’un seul exemple, ASGe, Archivio Segreto, 3001, Il popolo ubbidiente alla Corsica sua madre.

[43] En ce qui concerne Pier Maria Giustiniani, se conférer à Antoine-Marie Graziani, « “Si è risposto a Lutero e si risponde ogni giorno agli eretici”, Pier Maria Giustiniani l’antijustificateur », dans Quaderni della Società Ligure di Storia Patria, 2019, pp. 681-704.

[44] ASGe, Archivio Segreto, 1467, Lettre de Pier Maria Giustiniani au Père Giustiniani, mars 1760.

[45] Philippe Buc, Guerre sainte, martyre et terreur, les formes chrétiennes de la violence en Occident, Paris, Gallimard, 2016.

[46] Marc’Antonio Aluigi, Il militare istruito nelle virtù morali con dodici lettere, Roma, Stamp. Girolamo Mainardi, 1759.

[47] [Felice Tempia], Il modello di un soldato, secondo lo spirito del Vangelo, proposto alle persone di guerra nella vita del cavaliere Gioanni Sclarandi…, a cui si aggiunge un opuscolo di S. Ferrando…, sopra i doveri di un capitano cristiano, Torino, Davico, 1761.

[48] Christin Olivier, La cause des autres. Une histoire du dévouement politique, Paris, Presses universitaires de France, 2021.

[49] [Samuel Auguste André David Tissot], De la santé des gens de lettres…, Lausanne, 1768, p. 121.

[50] A2CBa, 1J345, Lettre de Giuseppe Maria Doria, 18 septembre 1755.

[51] Folacci mentionne expressément de « son parti » notamment dans A2CBa, GC, 2, Lettre de Santo Folacci, sm. 1760.

[52] Sur le milieu ajaccien, il nous faut impérativement nous référer à Antoine-Marie Graziani, L’Ajaccio des Bonaparte (1514-1793), Ajaccio, Éditions Alain Piazzola, 2018.

[53] ASGe, Corsica, 124, Lettre de Gio Agostino Paravisini, Filippo Rossi, Gio Batta Colonna, Paolo Francesco Peraldi, le 30 octobre 1759.

[54] Je renvoie à Erick Miceli, « La Corse, d’une île “semi-ouverte » à “fermée” ? (xviiie siècle) », dans Carnet de recherche, Gouverner les îles. Territoires, ressources et savoirs des sociétés insulaires. Méditerranée, Atlantique, Pacifique (xvie-xxie siècle), Hypothèses, 6 avril 2023, https://gouviles.hypotheses.org/1444.

[55] ASGe, Corsica, 676, Litterarum diversorum, Lettre de Giuseppe Maria Masseria, le 16 juillet 1748.

[56] ASGe, Archivio Segreto, 2089, Lettre de Giuseppe Maria Masseria, le 2 février 1759.

[57] ASGe, Corsica, 431, Lettre de Tomaso Spinola, le 2 mai 1758.

[58] ASGe, Corsica, 401, Progetto del Notario Giuseppe Maria Masseria per la formazione di una compagnia locale in Ajaccio, janvier 1761.

[59] Ragguagli dell’Isola di Corsica, « seconde époque », num. xxv, Lettre de Bastia, le 13 novembre 1768. (Si dice che sia stato fatto morire tutto il rimanente della Famiglia del Massesi, il quale come si accennò fu giustiziato per aver congiurato contro la persona del Sig. Generale de’ Paoli…)

[60] Une fois de plus, cf. « La Corse, d’une île “semi-ouverte » à “fermée” ? (xviiie siècle) », art. cit.

Facebook
Twitter
LinkedIn

D'autres articles

Pasquale Paoli et sa documentation sur les régimes mixtes de l’Antiquité

Qu’est-ce que les révolutionnaires corses du XVIIIe siècle ont cherché dans la documentation antique à propos des régimes mixtes et, surtout, qu’y ont-ils trouvé ? C’est une question que l’on abordera en la circonscrivant à des limites raisonnables, c’est-à-dire à un personnage, Pasquale Paoli, et à sa…

Échanges avec Vincent Peillon

Jean-Guy TALAMONI
Merci, Vincent Peillon, pour cette conférence qui ouvre des pistes et présente des idées nouvelles, à plusieurs titres. Il serait intéressant qu’il y ait un échange avec les collègues qui sont présents à ce colloque. D’autant que…